Stagflation, vous avez dit ? Autant s’y habituer

Lundi 15 mars 2004, par Stephen S. Poloz // La décroissance : un modèle économique d’avenir ?

Les récents signaux économiques en provenance des États-Unis font revivre à certains économistes le cauchemar de la « stagflation », horrible combinaison d’une inflation galopante et d’une décroissance économique. D’aucuns soutiennent que si l’inflation augmente, la Réserve fédérale n’aura d’autre choix que d’appliquer sa politique d’augmentation des taux d’intérêt, malgré l’essoufflement de la croissance, ce qui n’aurait rien de bon pour la bourse.

Le terme « stagflation » est né dans les années 70, quand les chocs pétroliers de l’OPEP ont entraîné un fléchissement de l’économie combiné à une augmentation de l’inflation. Pendant près de dix ans, les marchés boursiers ont été particulièrement frileux, tant du côté des obligations que de celui des actions.

En revanche, en 1998-1999, la situation était tout à fait inverse. L’inflation, déjà faible, ne cessait de reculer tandis que la croissance économique flirtait avec les étoiles. On pourrait, dans ce cas, parler d’« expansion déflationniste » pour bien faire ressortir l’opposition par rapport à la « stagflation ».

Beaucoup ont attribué la combinaison idyllique d’une inflation en recul et d’une croissance économique soutenue à l’investissement dans les nouvelles technologies. Il y a sans doute du vrai là-dedans, puisque les investissements ont stimulé la productivité, fouetté la concurrence, comprimé les prix et fait progresser l’économie. Malheureusement, les rumeurs rassurantes qui avaient sonné le glas des cycles économiques se sont avérées grossièrement exagérées.

Les cycles conjoncturels sont encore vivants et ils se portent bien. Notre parcours économique du début des années 70 au début des années 90 a été dominé par la nécessité de juguler l’inflation, ce qui nous a entraînés dans quelques récessions occasionnées par les politiques de l’époque. Maintenant que l’inflation est faible, nous devons veiller à ce qu’elle ne redécolle pas : en augmentant les taux d’intérêt pour calmer les ardeurs de l’économie, dès que celle-ci donne des signes de surchauffe inflationniste, et en les réduisant pour stimuler l’économie dès que la croissance semble sur le point de ralentir et d’entraîner l’inflation vers son point mort. Autrement dit, nous devons continuer à composer avec des cycles conjoncturels classiques... Ce n’est pas une nouvelle guerre contre l’inflation, mais une bataille qui se poursuit pour maintenir l’inflation à son niveau bas.

Voyons ce que ces cycles pourraient donner dans notre cas. Il faut six à neuf mois pour que l’augmentation des taux d’intérêt commence à freiner l’économie, puis il faut encore six à neuf mois pour que la croissance économique ait une incidence sur l’inflation. C’est pour cela qu’on se retrouve souvent dans une des deux situations suivantes, qui sont historiquement inusitées : 1) période où la croissance économique progresse sur un fond d’inflation faible due à l’effet bénéfique du cycle antérieur de faiblesse économique (expansion déflationniste comme en 1999), ou 2) période où la croissance économique ralentit pendant que l’inflation continue d’augmenter, dans le sillage d’une conjoncture soutenue (stagflation comme à l’heure actuelle).

Ainsi, nous allons ressentir quelques symptômes de « stagflation » en 2001, mais ils disparaîtront en même temps que l’actuel cycle économique, plus tard cette année. Celle-ci sera, par ailleurs, très nettement différente de la stagflation structurelle prolongée que nous avons connue dans les années 70. En outre, la Réserve fédérale sait maintenant qu’elle ne peut rien faire pour combattre l’inflation, pas plus aujourd’hui que dans les prochains mois.

Résultat, la Réserve fédérale se prépare à contrôler l’inflation à terme de 12 à 18 mois, inflation qui sera fortement influencée par la croissance économique des six à neuf prochains mois. Voilà pourquoi - si la bourse et la confiance des consommateurs continuent de s’éroder - la Réserve fédérale réduira encore les taux d’intérêt et inondera le système de liquidité tant que les voyants ne repasseront pas au vert.

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