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Déremboursement des médicaments : des économies à la clé ?

L’Oeil de DDN

samedi 27 mars 2004, par Christine Mounier

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    Auteur : Christine Mounier

Officiellement, le déremboursement de certains médicaments vise un double objectif, d’abord faire le ménage parmi tous les produits pharmaceutiques disponibles, afin d’éviter que soient remboursées par la Sécurité Sociale des spécialités au service médical rendu (SMR) jugé insuffisant, voire inexistant, et surtout permettre à la Caisse d’Assurance Maladie de faire des économies. Et c’est surtout sur ce point que les avis divergent. Car si tout le monde, ou presque, s’accorde pour reconnaître que la Sécurité Sociale n’a pas à rembourser des médicaments peu efficaces, ou pour lesquels il existe des spécialités moins chères, plus efficaces et aux effets secondaires moindres, il en va tout autrement sur les économies à attendre d’une telle mesure, et sur les risques de dérapages sociaux qu’elle peut entraîner.

En effet, baisser fortement le taux de remboursement, voire ne plus rembourser du tout, certains médicaments qui visent à réduire l’inconfort engendré par « les troubles ou affections sans caractère habituel de gravité » [1] - toux, rhumes, états grippaux... - ou à les prévenir (comme l’homéopathie), ne risque-t-il pas de détourner une partie de la population de l’accès aux soins non indispensables, et du fait d’une baisse de la prévention et d’un nombre croissant de petites pathologies non ou mal soignées, de voir se développer des pathologies plus graves, car non prises à temps, alors qu’elles auraient autrement pu facilement être prévenues ?

De plus, si un nombre important de médicaments n’est plus remboursé, alors même qu’ils ont fait l’objet d’une prescription médicale, la tentation ne risque-t-elle pas d’être forte d’économiser une visite chez le médecin, pour recourir directement à l’automédication, avec les risques qu’elle comporte de médicaments non adaptés à la pathologie, ou de médicaments apaisant uniquement les effets de la maladie, sans s’attaquer à sa cause, la laissant éventuellement se développer et s’aggraver ?

Mais il est aussi une question qu’il et difficile d’éviter de se poser : comment est-il possible que des médicaments inefficaces, voire potentiellement nocifs avec des effets secondaires importants, aient pu non seulement recevoir une autorisation de mise sur le marché, mais aussi être remboursés par la Sécurité Sociale ? Voilà qui jette un voile quelque peu inquiétant sur notre système de soin... La revue de défense des consommateurs Que Choisir laisse aussi entendre que la politique de déremboursement de certains médicaments ne va pas sans ménager les intérêts des laboratoires : « En cas de baisse de remboursement, le transfert de charge se fait sur les mutuelles, les assurances privées et les particuliers. En cas de déremboursement, les laboratoires risquent de perdre gros car les médicaments ne seront plus prescrits. Le ministère aurait voulu préserver les intérêts des laboratoires, français pour la plupart, qu’il ne s’y serait pas pris autrement » [2]. Elle pointe aussi du doigt une autre « incohérence », mettant par là en doute la volonté des pouvoirs publics de « vraiment rationaliser les dépenses de médicaments » [3] : « Autre incohérence, les prix accordés aux récents anti-inflammatoires, Vioxx et Celebrex. Ils ont obtenu des prix très élevés, arguant d’une meilleure tolérance digestive par rapport aux anti-inflammatoires classiques. Peu après, scandale, on apprenait que les laboratoires avaient biaisé leurs résultats et, qu’au final, ces médicaments présentaient les mêmes inconvénients que les autres. Logiquement, les pouvoirs publics auraient dû négocier un prix plus bas avec les fabricants. Ils ne l’ont pas fait [...] » [4].

En dépit de certaines incohérences dans sa mise en œuvre, cette mesure de déremboursement de certains médicaments n’a pourtant rien du scandale de santé publique auquel les vives réactions qu’elle a suscitées pouvaient laisser croire. En effet, il s’agit d’une des conséquences de la réévaluation qui s’est achevée en 2001. Quoi de scandaleux à ne pas vouloir imposer à l’ensemble de la collectivité le coût de médicaments guère plus efficaces qu’un placebo ou même nocifs, et que ceux « dont le SMR n’a pas été classé comme majeur ou important » [5] ne soient pas pris en charge entièrement par la Sécurité Sociale, mais qu’une partie importante de leur coût incombe aux malades ? Car même si ces médicaments peuvent rendre de réels services et soulager les personnes atteintes de pathologies peu graves, leur coût est bien réel pour la collectivité qui, confronté à un déficit majeur, se doit de faire des choix. Mieux vaut que la Sécurité Sociale prenne à sa charge l’intégralité ou la plus grande partie du coût des médicaments pour les maladies longues et coûteuses - ce qui permet de garantir l’accès aux soins pour tous dans les cas les plus graves -, et que le patient / consommateur soit responsabilisé en prenant conscience du coût des soins, et qu’il y participe financièrement, selon qu’il juge que soigner des affections mineures relève ou non pour lui d’une priorité.

Du coup, se soigner sera sans doute perçu comme plus onéreux qu’aujourd’hui, avec le risque que les gens veulent « rentabiliser » leur complémentaire santé ou leur mutuelle, et se refusent à toute automédication en consultant systématiquement leur médecin pour obtenir une ordonnance au moindre besoin de médicaments. On voit là l’effet pervers qu’une telle mesure pourrait avoir sur les dépenses de la Sécurité Sociale.

S’il peut y avoir une certaine légitimité à dérembourser nombre de médicaments, à vouloir responsabiliser les patients en leur faisant supporter une partie du coût des soins dont ils bénéficient, cette mesure suffira-t-elle pour autant à résoudre le problème du déficit de la Sécurité Sociale ? Le débat est ouvert...