Selon patrick Lelay, pub à la télé
Mercredi 3 novembre 2004, par // La Télé-réalité
Dixit M Patrick Lelay, PDG de TF1 « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible »
Non, toutes les télés ne sont pas de ce type, même si toutes ont de la pub entre (et au milieu de) leurs émissions. Mais cette phrase laisse planer un énorme sous entendu : pour que l’esprit soit « disponible » au moment de la pub, cela suppose qu’on a montré, avant la pub, une émission qui n’accapare pas trop le cerveau, ou, du moins, qui ne laisse pas trop de traces dans les minutes qui suivent, sinon, le téléspectateur pense à ce qu’il vient de voir et son cerveau n’est plus « disponible » ! Cela en dit long sur la façon dont cette chaîne prépare ses programmes. Les dits programmes ne doivent pas trop faire réfléchir ! mais pour que cela ne se voie pas trop, on laisse une goutte de réflexion, en surface, et surtout, pas trop profonde, pour donner l’illusion de la réflexion.
Là, je prends exprès le mot réflexion dans son double sens. La réflexion, telle que la fait un miroir, mais en l’occurrence, un petit miroir, comme celui derrière le pare-soleil de la voiture, juste de quoi se refaire un semblant de beauté, pas de quoi faire une réflexion qui permettrait de se « voir » en entier, et même de voir ce qui nous entoure, c’est trop compliqué !
Et puis, la réflexion au sens de la pensée. Alors là, il ne faut pas y compter du tout. Apprendre aux gens à penser, et puis quoi encore ? Leur expliquer ce qu’il peut y avoir de caché derrière les mots, derrière les images, ils finiraient par décortiquer les pubs, et ça, pas question !
J’ai l’air de donner une leçon, mais je suis bien mal placé pour le faire. Moi qui me crois bien malin, je n’ai pas su « écouter » au delà des mots dans une aventure qui m’est arrivée en 1980.
Je raconte :
Je visitais ce jour là une usine d’équarrissage. On y dépeçait les animaux morts de toute une région. La peau des bêtes était retirée dans un grand hangar à ciel ouvert, puis ce qui restait passait dans une sorte de gigantesque cocotte minute. Après cuisson, on passait les restes dans un container hermétiquement fermé et on versait dessus de l’essence chaude pour récupérer les graisses, graisses destinées à l’industrie des cosmétiques depuis que l’huile de baleine était interdite. Ce qui restait (chair et os sans gras) était alors concassé et regroupé en petits blocs. Je demandais ce que devenaient ces blocs de viande et d’os. Le responsable me répondit que cela partait en nourriture pour les animaux.
Et je me suis contenté bêtement de cette réponse. _ J’aurais dû demander : quels animaux ? et je ne l’ai pas fait ! Si bien que je savais (sans le savoir) depuis 1980 que nos chères vaches, herbivores et ruminantes selon la nature, étaient nourries avec de la viande !
Alors apprendre à écouter, à lire entre les mots, à voir entre les images, c’est pas facile. Et c’est grâce à notre joyeuse ignorance que les publicitaires et les télés ont encore de beaux jours devant elles, et Monsieur Lelay a bien raison, va !