Nouvel dit avoir fait disparaître la technique, c’est faux
Jeudi 24 août 2006, par // Autour des arts premiers du musée Branly
Disons le tout de suite ; je suis une des rares personnes à regretter les anciens bâtiments sur ce site du quai Branly. Non pas ce qu'il y était construit avant, mais plutôt les magnifiques tentes blanches de la Foire internationale d'art contemporain de Paris (FIAC) exposée un temps en ces lieux. Leur couleur, leur légèreté, leur fragilité s'opposaient complètement aux immeubles du quartier et cela même était impressionnant. Les rapports entre la toile blanche des tentes, le bitume au sol et les lests de béton m'émeuvent encore quand j'y songe. 'Urbanistiquement' ces tentes n'étaient pas si absurdes puisque le quartier possédait déjà la tour Eiffel et le Grand Palais, édifices festifs et temporaires eux aussi en leur temps, et pourtant conservés.
Voilà, je tenais à le dire : C'est dit.
Mais puisque le terrain manque à Paris...
Le musée du Quai Branly synthétise les principaux éléments du vocabulaire architectural de l'atelier Jean Nouvel, qu'il a déjà proposé ailleurs sur d'autres édifices c'est vrai, mais jamais aussi bien : une clôture de verre ceinturant le terrain ; un jardin le moins jardin possible ; une entrée comme promenade montant lentement vers un édifice sur pilotis ; une façade carroyée illuminée par des rehauts de couleur vive ; un intérieur homogène d'une géométrie douce et maîtrisée ; etc.
Tout ce que l'on trouve ici ou là, épars, dispersé est repris et maintenant mis en musique. Pour le plaisir d'aller encore plus loin, de tirer plus haut, l'atelier Jean Nouvel dépasse les bornes : les rampes sont encore plus longues, les reflets plus nombreux, les variations plus aléatoires, les couleurs plus vives encore, les noirs plus profonds... De l'architecture.
A l'exception peut-être de l'institut du monde arabe, tous les projets parisiens de l'agence, construits ou non, mêlent l'architecture à la nature. Le musée du Quai Branly n'y fait pas exception. La façade principale du musée est admirable. Seulement faut-il la regarder DEPUIS LA RUE, à travers la paroi de verre clôturant le terrain. Celle-ci estompe et embellit les boîtes colorées et les plonge dans un flamboyant nuage de végétation, d'ombres de reflets. A tout moment vous distinguez mal si vous voyez les arbres dans la rue, leurs reflets ou leur ombre sur la clôture vitrée, les nouvelles plantations du jardin, leurs lumières ou leurs images sur les boîtes brillantes, la végétation artificielle représentée sur l'immense fresque en fond sur la (deuxième) façade et puis encore, à coté, quand on pensait en avoir assez, le mur végétal de Patrick Blanc, d'une nature véritable cette fois. Tout s'entremêle, se confond, se dissout ; l'effet est extraordinaire ! Vraiment, cette clôture si controversée est indispensable.
Car c'est bien elle qui écrase, absorbe et lie ces images. C'est ce que ne semble pas avoir vu le critique Tom Dyckhoff, dans son article pour The Times rapporté par Archicool (non pas taper, pas taper), quand il dit : "This is a building that never quite resolves itself : not fusion food, but a stew of rich, mismatched ingredients."
Un édifice d' "ingrédients riches et mal assortis" ? Ils le sont en effet. Simplement nous ne devons plus nous intéresser à ce qu'ils sont, mais à ce que nous voyons. C'est absolument autre chose.
Et puis il faudrait aussi parler de ce bâtiment administratif végétalisé qui se tord, se ramollit en pénétrant à l'intérieur du terrain, de cette rampe en excroissance blanche épaisse et malheureuse, et surtout de cette immense galerie d'exposition du musée où l'architecte a absorbé tout ce qui n'était pas du Jean Nouvel. Il a dit partout avoir fait disparaître la technique pour laisser toute la place aux oeuvres exposées mais, que l'on se rassure, c'est faux. L'architecture à Branly est tout, aussi technique que la Tour Eiffel proche, la collection des oeuvres en est enveloppée et c'est magnifique.