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La tauromachie comme une culture

Expertise

lundi 1er mars 2004, par Irène Languin

  • Source du document : Jeune Chambre Economique de Genève
    Auteur : Irène Languin
    Descriptif : La JCE (Jeune Chambre Economique) est une association neutre, indépendante et apolitique. Elle favorise la prise de conscience et l’acceptation des responsabilités civiques de ses membres et constitue un lieu privilégié où sont possibles diverses expériences personnelles, en particulier celles de la vie d’un groupe et le travail d’équipe (commissions). C’est aussi une possibilité d’agir, de prendre des décisions et d’assumer des responsabilités en dehors du domaine familial ou professionnel. La JCI offre à ses membres la possibilité d’assumer de nouvelles responsabilités en participant à un travail d’équipe, elle propose une formation par l’action avec des contacts humains enrichissants, elle offre une ouverture internationale ainsi que l’opportunité de se rendre utile par des réalisations concrètes pour le bien de la communauté.

Cette conférence a été prononcée le 25 février 2003 lors d’une soirée culturelle et récréative organisée par le SENIORS’ club JCEG. Elle retrace l’historique de la corrida, présente les différentes parties constituant le spectacle et s’achève sur une mise en perspective de la corrida comme d’un rite esthétique.

3 parties :
- Historique de la corrida
- Le spectacle, techniques et protagonistes du combat
- Mise en perspective : la corrida « hors de la vie courante » , rite esthétique

Historique

Interprétations les plus diverses sur l’origine de la corrida, absence totale de sources écrites avant le XIème.
Plusieurs hypothèses :
- 1) les Maures, explication de l’époque moderne arrangeante pour l’Eglise, mais aucune traces de survivance d’une pratique tauromachique dans les pays musulmans.
- 2) en Crète, témoignages picturaux de l’époque minoenne (env. 2000 av. JC) de jeux taurins prenant racine dans le mythe du Minotaure.
- 3) Culte du taureau dans l’antiquité représenté par Mithra au début de notre ère, culte originaire de Perse, rival du christianisme naissant : le dieu Mithra capture un taureau sauvage après une longue lutte, ce dernier s’enfuit et Mithra se voit imposer par le dieu-Soleil de sacrifier l’insoumis : il immole alors le taureau, et du sang de celui-ci surgit la vigne, de ses chairs les céréales et de sa semence toute la lignée des animaux...

Donc rien n’est sûr, mais depuis les premières représentations préhistoriques, le taureau est le plus présent des animaux dans une lutte contre l’homme, l’aurochs et d’ailleurs identifié par les spécialistes comme l’ancêtre direct et certain des actuels toros de combat, l’ultime aurochs sauvage disparaît au XVIIème dans les forêts d’Europe centrale.
Le taureau fût domestiqué à partir de 8000 av. JC - 1er animal d’élevage apprivoisé par l’homme - puis fût un objet de culte constant dans toutes les civilisations méditerranéennes, animal le + déifié. Donc rapport étroit homme-taureau depuis la naissance de l’humanité.

Jules César introduit l’aurochs, qu’il chassait en Thessalie, dans un combat de gladiateurs matinal pendant lequel on excitait le taureau à coups d’aiguillons et où l’on se livrait à des acrobaties devant lui. Au Moyen-Âge, les taureaux et les fiestas sont mentionnés dans quelques chansons de gestes, notamment pour le passage dans la ville de Burgos, sur le chemin de St-Jacques, de Louis VII roi de France et au même moment le roi espagnol Alphonse le Sage constitue un code de droit (1263) où il est écrit que celui qui reçoit de l’argent pour aller combattre du bétail est taxé d’infamie : 1ère trace de rémunération.

Mais c’est au moment de la Reconquête vers le Nord de l’Espagne à partir du XIème que la noblesse va donner son essor à ces jeux d’adresse et de bravoure. Il s’agir d’abord d’une variété de jeux équestres lors desquels le caballero, assisté dans son combat par 2 à 4 laquais défie le toro avec une lance, ritualisation et esthétisation du combat militaire. Une cape sert à détourner l’assaut du toro le cas échéant. Les figures tenues pour les plus brillantes s’imposent vers le XVIIème, le caractère ostentatoire du spectacle s’affirme, la corrida est démonstration du prestige social, la mise en scène se complexifie : on donne des corridas à l’occasion de célébrations exceptionnelles telles que couronnement, mariages princiers, béatifications de saints (notamment Thérèse d’Avila & Ignace de Loyola).

Parallèlement à cette pratique tauromachique nobiliaire existent également des jeux taurins populaires, des spectacles violents à vocation ludique où l’aspect carnavalesque est souvent très présent : ce sont des jeux villageois lors desquels on pratiquait l’encierro, qui consiste à faire courir des toros dans les rues de la ville selon un itinéraire réglementé, au grand amusement de la foule malgré un nombre effrayant d’accidents mortels. Les bêtes aboutissaient alors dans un espace clos où les garçons de la localité les défiaient au moyen d’une cape, ou alors on mutilait un toro en le transperçant de coups de lance ou de harpon, il était ensuite achevé par la foule ou les chiens.

Mais c’est réellement dans les abattoirs des villes espagnoles et du sud-ouest de la France que naît la tauromachie moderne. Les abattoirs sont à l’époque le lieu de convergence des populations rurale et urbaine à l’occasion de provision de bétail et de viande. Des employés de ces abattoirs s’amusent à « courir » les toros malgré les interdictions décrétées par les édiles de la ville (ça rend la viande moins bonne). Les toitures des bâtiment servent de strapontins aux spectateurs (hommes et femmes malgré la puanteur du lieu : consécration). C’est là en réalité que se forment les 1ers toreros et 2 ou 3 siècles de pratique quotidienne façonnent les techniques d’esquive qui vont engendrer le toreo de cape et de muleta. Il reste un texte datant du XIIIème rédigé par Hugues de Broc alors qu’il tente de réglementer la puissante corporation des carnassers (bouchers) de Bayonne : « Item et pareillement, il est établi et défendu aux dits bouchers de ne lâcher taureau, boeuf ni vache pour les fair courir en ville, avec des chiens ou autrement, sans l’autorisation du dit Maire ou de son lieutenant, sous peine de perdre les bestiaux et autres amendes arbitraires à la discrétion du dit lieutenant et de réparer les dommages ».

Entre 1730 et 1750 la corrida émerge et se constitue, le roi Philippe V accorde en 1731 à une confrérie des plus vieux lignages de Séville le privilège d’organiser des corridas. La corrida atteint sa forme définitive dès le XVIIIème et n’évoluera ensuite que dans le sens d’une violence plus cachée (exemple : introduction en 1928 du caparaçon ou peto). Les 1ers toreros parcourent le pays en bandes mêlant vauriens, aventuriers, brigands et nobles encanaillés, vendant leurs services aux localités organisatrices de jeux taurins lors de fêtes religieuses principalement (début du mundillo). Dans le dernier tiers de ce XVIIIème, 3 hommes vont opérer la synthèse des pratiques taurines et faire triompher la corrida telle qu’on la connaît actuellement : 3 personnages mythiques, Joaquin Rodriguez « Costillares » (fils du tripier de Séville, dont les abattoirs deviennent vite l’université taurine par excellence), Pedro Romero et Pepe Hillo. Ils excluent de l’arène les non-professionnels, débarrassent le spectacle de ses encombrantes attractions burlesques et donnent à la tragédie son unité de ton.

La corrida actuelle et ses acteurs

La corrida est la conjonction d’une stratégie anatomique très savante et d’un sens théâtral aigu qui maintient le suspense nécessaire à l’éclatement de son dénouement.
Elle débute à l’heure (rare en Espagne !) au moment où le président, assis dans la loge principale de l’arène aux côtés de ses assesseurs en donne le signal. Annoncés par une trompette, 2 cavaliers vêtus d’un costume de policier de style Philippe II entrent alors (alguaciles), ils sont chargés d’appliquer et de faire respecter le règlement sous le contrôle de la présidence. Apparaît ensuite la procession des toreros suivis de leurs cuadrillas respectives (picadores et peones) pour le paseo, ils saluent la présidence.
Puis le toro surgit dans l’arène. Le combat s’organise en 3 temps, les tercios, qui selon le règlement ne dépassent pas les 5 minutes chacun :
a) Le 1er est le tercio de la pique (tercio de varas) : après que les peones ont fait quelques passes qui permettent au matador d’évaluer le comportement de l’animal, le picador, annoncé lui aussi par les clarines sur ordre du président entre en piste (réminiscence de la joute équestre aristocratique). Il se place en périphérie de la piste et attend la charge du toro préalablement placé bien en face par des passes de cape : ses 2 rôles sont de réguler par une blessure au garrot le port de tête du toro, ce qui rend les passes et la mise à mort praticables, et de mesurer la force et la bravoure de l’animal. Ce tercio est le plus controversé de tous car malheureusement souvent soumis à la fraude par ses exécutants.
b) Le 2ème tercio est celui des banderilles. Il a un caractère presque exclusivement esthétique, il permet aussi au toro de reprendre son souffle après l’effort de la pique. Le nombre de pose de ces bâtonnets ornés de papiers de couleur est fixé à 3 paires, toutes demeurant placées haut dans le garrot et sur un espace pas plus large que la paume de la main. Cette suerte est généralement effectuée par les subalternes du torero mais le maestro a toute licence d’exécuter lui-même la pose de banderilles s’il désire briller davantage.
c) Vient la 3ème phase du combat, le tercio de muerte ou de muleta (nom donné à l’étoffe de flanelle rouge utilisée alors, par opposition à la cape, jaune et rose). C’est le point culminant de la corrida, le moment d’immortalité du matador (ce tercio lui a donné son nom, matar = tuer). Après quelques série de passes arrive le « moment de vérité », celui de la mise à mort. Le torero lève l’épée en se préparant à frapper le toro tandis que de sa main gauche il tient la muleta prête à dévier le dernier coup de corne. L’estocade doit être fulgurante et frapper en la cruz (à gauche de la colonne vertébrale, entre la 3ème et la 4ème vertèbres) en pénétrant jusqu’à la poignée.

Si le combat a été honorable et si la mort a été infligée dans les règles, le public ovationne le torero et agite des mouchoirs blancs pour demander une récompense. Le président accorde alors 1 ou 2 oreilles, la queue dans les cas exceptionnels en sortant à son tour respectivement 1, 2 ou 3 mouchoirs blancs. Le matador et ses peones font un tour de piste sous les acclamations des spectateurs s’ils ont été brillants ou rentrent dans le callejon sous les huées si le public est mécontent de leur prestation. La dépouille du toro est attelée à des mules et effectue elle aussi un tour de piste si l’animal s’est montré brave et vaillant. Dans de très rares cas, le toro est gracié avant sa mise à mort si le président ou le matador jugent qu’il est d’un courage exceptionnel. Il est alors soigné et servira de reproducteur pour l’élevage jusqu’à sa mort.

Protagonistes : toro, torero, public et mundillo

Le toro qui arrive dans l’arène doit être en parfaite santé, bien “ présenté ” càd de belle prestance, bien « armé » avec des cornes parfaitement intactes et de belle forme. Un public averti exige un toro de respect, sur lequel repose la crédibilité du combat. Il y a à ce propos des lois très strictes votées par le parlement espagnol qui réglementent le poids et l’âge du toro de combat (arènes de 1ère catégorie : 469 kgs et 5 « herbes » minimum). Ce descendant de l’aurochs est très agressif de nature, on a essayé depuis le Moyen-Âge d’améliorer ses qualités par des croisements pour obtenir la race de toros de combat idéale. Les toros castillans et andalous en particulier ont les qualités morales qui rendent le combat possible, elles sont au nombre de 4 : bravoure (agressivité), noblesse (charge droite et franche), caste (vigueur au combat) et suavité (sans vice qui le pousserait à donner des coups de cornes désordonnés dans le leurre).

Le torero est une figure mythique. Souvent issu d’un milieu modeste, quelque fois fils de bourgeois séduit par le prestige et les dangers de l’arène, le torero affiche souvent un mode de vie atypique dû à ses déplacements incessants en groupe. Certains d’entre eux, surtout à l’époque romantique, furent connus pour leurs frasques, dépensiers, buveurs, fréquentant tavernes, filles de joie et brigands, menant une vie fastueuse et finissant parfois très pauvres. Ils sont à notre époque plus rationnels et probablement mieux conseillés, ce sont de véritables athlètes qui, s’ils ne succombent pas à la corne, accumulent de solides fortunes qu’ils investissent bien souvent dans l’élevage à leur retraite et continuent ainsi à vivre leur passion.
Ce sont les toreros doués qui ont imposé leur style à la corrida, ils ont également célébré le mariage de l’intelligence et des Beaux-arts avec la tauromachie (exemple : Belmonte avec Lorca et Hemingway, on vit bien souvent Picasso, Cocteau, Welles dans les arène de France et de Navarre...).

La foule est également protagoniste du combat. Le torero communique avec elle au moyen de mimiques et de postures, gestes de défi ou de colère. Le public sanctionne la réussite ou l’échec du torero, c’est lui qui immortalise l’artiste. L’ambiance des gradins est toujours très vivante, houleuse si la course a été mauvaise (toutes sortes d’objets volent alors en un accusateur trajet vers le responsable désigné de la catastrophe...) Une corrida sans public n’a pas lieu d’être.

A côté du public élargi des profanes, la corrida a produit une société du spectacle spécifique, le mundillo, lit. petit monde, appelé encore planète des taureaux. Ce microcosme est constitué de 3 catégories de personnes : les toreros, les éleveurs et ceux de la ville (càd directeurs d’arène, tailleurs spécialisés, chirurgiens spécialisés, guichetiers d’arène, etc.). Au bas mot, le mundillo compte 50000 personnes et beaucoup d’argent, il pourrait vivre en autarcie complète. description de Benassar : « cet univers étrange, progressivement constitué au cours du XIXème, a ses lois écrites (règlements taurins) et ses lois non écrites, son code d’honneur, son langage parfaitement incompréhensible aux non-initiés, ses costumes sans rapport avec le monde moderne, ses outils dont la panoplie est réduite, une organisation corporative et syndicale, son système propre d’assurance, sa hiérarchie constamment contestée et renouvelée, ses lieux de culte, son imagerie dont affiches, photographies, gravures, peinture, cinéma, assurent la permanence et la variété ».

Conclusion et mise en perspective

La corrida a clairement une nature « hors de la vie courante ». Le jeu se déroule d’ailleurs toujours dans un temps et un espace circonscrits qui en acquièrent une valeur symbolique et quasi-magique.
Le temps c’est celui de la féria, soit que la fête soit cause des corridas ou la corrida cause de la fête, elles sont en tout cas indissociables. Ces fêtes sont toujours liées au religieux (fête de saints), alors que paradoxalement l’Eglise s’est toujours opposée aux jeux taurins qu’elle considère comme païens, c’est d’ailleurs l’un des rares domaines où la pourtant si redoutable église catholique espagnole est restée impuissante à imposer sa volonté. Ces fêtes sont souvent liées à des débordements redoutables dans un climat d’immense liesse populaire qui rappellent très clairement le monde inversé du carnaval (cf. Pampelune). Le lieu c’est tout d’abord l’arène, scène de la mise à mort, à laquelle aboutissent les encierros s’il y en a. L’arène est un monde autosuffisant qui comporte un président, une infirmerie et une chapelle. L’arène est le lieu où l’on surveillait le peuple au XVIIIème (coincé entre les notables placés tout en haut et les forces de l’ordre rangées autour de la piste, comme dans les cirques romains). Les toreros tiennent encore beaucoup à cette canalisation de la foule, car pour être maître du toro, il faut être maître de la piste, l’arène est le lieu où ils exercent leur pouvoir sur le toro et le reste du monde. A partir du XIXème, l’arène devient aussi une tribune politique où libéraux et conservateurs encouragent leurs champions, quitte à les fabriquer comme dans les années 1820 le « monarchiste » Frascuelo et le « républicain » Lagartijo. En outre l’arène, par sa forme arrondie a un caractère très symbolique : lieu de convergence du peuple, de communion, autel où se célèbre le sacrifice. C’est là la limite du jeu et l’entrée dans le rite.
Ce terme de rite est apparu dans le vocabulaire quand les intellectuels s’y sont intéressés, à partir de l’époque romantique (fin XIXème) et ensuite avec Picasso, Garcia Lorca, Hemingway, etc. Par la profusion de symboles qu’ils y ont vu, elle ne pouvait être autre chose qu’une grande célébration mystique entre l’homme et l’animal, entre culture et nature, fortement empreinte de religiosité, et donc un rite. Montherlant affirmait que la corrida est un sacrifice rituel, or je ne souscris pas à cette définition tant la mise à mort adoptée par la corrida est éloignée des pratiques sacrificielles que l’ont connaît encore dans les cultures juive et musulmane (toute 2 courantes en Espagne) et qui consistent en une saignée rapide de l’animal.
J’y vois plutôt un symbole de domination de l’intelligence de l’homme sur la force brutale de l’animal, et par la domination de la bête, l’homme sublime par amour pour son adversaire sa peur en courage. Ce courage est par ailleurs également attribué au toro (termes de « bravoure », de « noblesse »), et il existe dans la littérature tauromachique un phénomène de transcatégorialité (« Brave, le toro est plus qu’un animal », Simon Casas) : le toro passe dans une catégorie supérieure à la sienne, non précisée, qui pourrait être l’humain, le divin ou l’esprit. Le monde taurin aime évoquer la figure mythologique du minotaure. Au niveau de l’esprit, le toro devient allégorie : il représente le mal, et l’homme qui le combat le bien personnifié.
La recherche esthétique à laquelle se sont livrés les toreros renforce cependant sa part rituelle : historiquement, le torero s’est réellement transformé peu à peu de guerrier en artiste. Belmonte fit de la tauromachie un art plastique authentique atteignant à l’universalité. Si tant de peintres depuis Goya ont célébré ce spectacle, c’est qu’esthétiquement, il ne peut qu’éveiller les esprits. Et si la tauromachie a une efficacité sur les esprits, c’est par la beauté qu’elle leur impose, et si le jeu produit de la beauté, il en acquiert une valeur pour la culture. Ainsi la culture naît sous forme de jeu, de compétition, puis repousse le jeu peu à peu en arrière-plan de la civilisation et se cristallise dans le sacré, la poésie, dans l’art tout simplement.

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6 Messages de forum

  • > La tauromachie comme une culture

    23 juillet 2005 17:11, par lucien Gratté
    Pour se mêler d’Histoire, il faudrait un minimum de culture, et non pas repomper les mêmes âneries qui courent depuis des décennies (l’aurochs... les peintures rupestres, etc.) Lulu de Fenouillet

    Répondre à ce message

    • > La tauromachie comme une culture 7 octobre 2005 14:16, par Michèle Breut

      Michele.breut@let.uu.nl

      Lettre ouverte aux députés français. 5 mai 2005 Mesdames et Messieurs les Députés,

      De l’étranger on découvre la paradoxale progression de la corrida en France. Comment se fait-il que cette barbarie inouïe soit tolérée dans ce pays où plus de 80% des citoyens sont contre ? Pour répondre à cette question embarrassante pour moi, qui suis française et démocrate, j’ai étudié ce problème et je suis tombée dans l’enfer des arènes. Cependant je peux dire à mes étudiants que, sur ce point également, la démocratie française fonctionne grâce à la déposition par Madame la Députée Muriel Marland-Militello d’une proposition de loi visant à supprimer le troisième alinéa de l’article 521-1 du code pénal, qui tolère les sévices graves sur animaux pour les corridas et combats de coq lorsqu’il y a une tradition ininterrompue dans une localité. Personne n’ignore comment le lobby de la tauromachie s’est engouffré dans la brèche de cette restriction. Les procès ubuesques à Carcassonne et à Fenouillet portent atteinte à la mémoire du bordelais Montesquieu à qui le monde entier doit le principe de la séparation des pouvoirs.

      Au plan éthique, la légalisation d’un spectacle consistant à jouir du supplice et de la mort d’êtres sensibles, est de toute évidence intolérable. Les psychiatres sont clairs, confirmant le bon sens de tout un chacun : il s’agit de sadisme et de voyeurisme pervers. Au plan politique le consensus devrait donc être très large pour que la France abolisse cet archaïsme hispanique dont les Espagnols modernes eux-mêmes se débarrassent. Ce consensus ne peut que réunir les humanistes autour de la définition la plus simple du concept : « Doctrine qui a pour objet le développement des qualités de l’homme » (Petit Larousse). Le clivage Gauche/Droite ne saurait influer sur cette abrogation qui ne devrait pas vous prendre beaucoup de temps à l’Assemblée. Vous êtes des représentants de la démocratie française issue des principes des philosophes des Lumières, du scientisme et de l’antitotalitarisme d’Auguste Comte pour la IIe République : « L’amour pour principe, l’ordre pour base et le progrès pour but » et de la primauté de l’éducation de la IIIe République, pour faire court.

      Or, au pays de Montesquieu qui condamnait déjà la cruauté des supplices masqués par des rites officiels, un lobby sectaire réussit à tenir le premier rang des médias pour promouvoir les supplices-spectacles. On sait comment grâce aux anti-corrida français qui, faute d’accéder aux médias, sont de grands internautes ; à vous, élus du peuple, de découvrir pourquoi. L’argumentation des ‘taurins’ s’articule sur la métalepse, mise en avant par Voltaire comme sous-tendant les arbitraires servant de cause aux tyrannies de l’Ancien Régime : « les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes » (Candide). Pour les sadiques sur taureaux, cela nous donne : « les toros bravos ont été faits pour être torturés à mort, aussi les torturons nous ».Voici un sommaire des élucubrations renversantes que mes étudiants et moi avons trouvées dans les textes taurins : ° « L’arène c’est le « cercle magique » où les matadors « officient » selon Francis Marmande publié dans ‘Le Monde’, ceux qui y voient des images insoutenables sont exclus de la secte conséquemment, ils doivent aller régulièrement assister à des corridas pour apprendre à voir : patience car cela peut prendre « une trentaine d’années » ° Les taureaux sont des « fauves » (sic) qui ont une idée fixe : mourir glorieusement dans une arène, conséquemment il faut leur rendre service en les torturant avant et pendant leur fête et ceux qui sont ‘manso’, c’est-à-dire lâches en français, doivent être punis plus cruellement selon les règlements. (comme les lévriers en Espagne quand ils n’ont pas couru assez vite ...) ° Les anti-corrida sont des ayatollahs, des pétainistes, des Goebbels même qui manipulent l’info quand ils joignent à leur courrier une photo de taureau supplicié ...conséquemment les tortionnaires sont des républicains de gauche, modèle Simon Casas, directeur des arènes de Nîmes, grand défenseur de sa France « du respect des droits de l’homme et de la culture » (à propos de la réputation fallacieuse des nazis protecteurs des animaux, voir le rectificatif du professeur Hardouin Fugier ou le témoignage du juif Victor Klemperer : ‘ Ich will Zeugnis ablegen bis zum letzten’, Aufbau-Verlag, Berlin) sur les exterminations d’animaux domestiques par Hitler. ° Les anti-corrida sont des misanthropes qui n’aiment pas les hommes car ils respectent les animaux, (donc du genre Hugo, Zola, Yourcenar, Lévi-Strauss, Albert Jacquard, Jacques Derrida)..., conséquemment les sadiques sur herbivores sont des humanistes ! ° La corrida est pacifique et a des vertus cathartiques, conséquemment il faut la relocaliser large pour reprendre la tradition interrompue et organiser des corridas de bienfaisance à TVA réduite pour que les organisateurs puissent pacifier plus loin. ° La corrida est « l’art des caresses et de la pénétration » dixit Marie Sara qui s’enorgueillit d’ « avoir des couilles » sur France-Culture..., conséquemment les anti-corrida sont « des pédés et des mal-baisées ». Excusez-moi d’adapter ici mon lexique à celui de mes documents-sources. ° Les écoles de la torture sur veaux pour enfants défavorisés sont un projet éducatif pour la jeunesse à problème, conséquemment la CAF les finance, à Tarascon par exemple. ° Les corridas sont ritualisées méticuleusement, conséquemment elles sont un art. (La mise en parallèle avec les ‘Cent vingt jours de Sodome’ de Sade est édifiante : voir les règlements pour assurer l’agonie la plus lente possible. Voir aussi les rapports du FBI sur le lien entre le sadisme et le rituel).

      Les revues taurines montrent que ces gens-là sont devenus insensibles à l’horreur et à la compassion : « ... le premier fauve avale quatre piques (...) Saltillo (un taureau), d’une bravoure inouïe, prit trois longues piques durant 7 mn 40s. Mort bouche fermée... « (ces taureaux) marchent à reculons et fuient en permanence. » Voici un extrait du dossier d’Eric Launet, Fenouillet 2004, qui décrit ainsi ce qui se passe dans les couloirs de l’horreur : « A Fenouillet, cette année, il y avait des taureaux de l’élevage de Miura, éleveur célèbre qui a donné jadis son nom à une Lamborghini. Le premier n’est même pas entré dans l’arène : déclaré intoréable par le vétérinaire. Le second a trébuché dans le couloir d’accès à l’arène, et s’est cassé une patte ! (les taureaux sont maintenant confinés sur de petits espaces et sont obèses, avec des fragilités osseuses). Pour le dégager, comme il n’avait pas encore été à moitié tué par le picador, et qu’il ne se laissait pas tirer de sa mauvaise posture, il a été exécuté dans le couloir à coup d’épées. ».

      En résumant, il semble que le prosélytisme inhérent au sadique ait réussi son parcours triomphal en France puisque les Français qui militent contre ce scandale sont victimes de censure, alors que les médias officiels français font une propagande inversement proportionnelle à l’opinion des citoyens. Jusqu’à quand ? De toute façon, les scandales sous-jacents finiront par éclater : trafic de drogue, règlements de compte, détournement des finances publiques françaises et européennes... C’est, Mesdames et Messieurs les Députés, en vertu de mon respect pour vous et votre fonction et en vertu de mon amour pour la culture française, que j’ai voulu vous informer de mes découvertes en matière de corrida. En rendant illégale une pratique qui l’est déjà au plan éthique et démocratique, vous respecterez la tradition de bon sens qui, depuis Molière, est une tradition française. Je vous prie de croire en ma haute considération,

      Michèle Breut docteur ès lettres, enseignante et chercheur en culture française aux Pays-Bas. http://www.stieren.net/, www.anticorrida.com

      « Depuis une quinzaine d’années, l’ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l’homme et les autres espèces vivantes ; et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s’attaquait pas aussi à lui sur l’autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses pareils n’est qu’un cas particulier du respect qu’il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie ». Claude Lévi-Strauss, Discours prononcé à l’Unesco, 1971

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      • LA CORRIDA COMME UNE PASSION 10 octobre 2005 14:17, par Irène NOËL

        La corrida,vous aimez Monsieur ? Aux premières loges ? Je vous tiens la main : flonflons, couleurs, ors et argent, ambiance du tonnerre, cérémonial impérial ! Le torero apparaît ! Scintillant ! Et soudain... le voilà ! le fauve... énorme, fort, les cornes menaçantes, viril ! Je vous sens gonflé à bloc, c’est grandiose Monsieur ! Les gradins trépident, la bête s’excite. Regardez ! les picadors entrent en jeu... je tressaute. C’est formidable, une pique se plante dans la chair... zmmm olé ! le taureau en prend une deuxième... zmmm olé ! Diable ! que c’est enivrant ce sang qui coule, ces ruisseaux rouges mêlés de poussière et de sueur qui dégoulinent le long du corps tendu de l’animal. J’ai l’impression que votre main tremble, Monsieur, c’est délicieux ! Attention, il va charger. La pique a cisaillé le ligament nucal dites-vous ? Olé, je frémis, c’est majestueux un fauve en position d’attaque, tête baissée ! On va le décorer maintenant ? Je m’extasie : six jolis bâtons enrubannés, bariolés, munis de harpons se fichent violemment dans le garrot, s’y accrochent, se balancent au gré des mouvements du sauvage qui rue comme il râle ! Les plaies sont béantes ! Olé ! le sang jaillit... la terre en est détrempée, poisseuse... Quel frisson Monsieur, quel frisson ! Et voyez maintenant le torero rutilant et la faena de muleta, ce torero si habile, léger comme un souffle d’Eros. Voyez qui dansote, virevolte, tourne et se retourne, fait des passes, au rythme de ses jolies fesses moulées dans une douceur soyeuse et qui vont se faire des couilles en or ! Oh ! pardonnez-moi Monsieur, mais j’en suis toute remuée. Délire général en ce lieu de délices ! Le fauve devient furie, fonce ! Moments interminables, intermin... Ah ! le voilà qui se sent vaincu ! Déjà ? Un quart d’heure à peine ? Il crie, s’agenouille... humble prière, supplication. C’est divin ! Olé... Thanatos rôde dans le cirque où la tension culmine. Et le plaisir paroxysmal atteint les gradins dans un orgasme collectif... Regardez ! Le fauve s’est relevé, le Beau et la Bête entament l’adagio de la dans macabre des Cinq Sens... Entrons en communion, Monsieur, c’est sublime, tout est frémissement, halètement. Prions, prions pour la gloire du torero et le salut du public. Sait-on jamais ! un torero encorné, tableau vivant, surréalisme saisissant, esthétique transcendantale à l’état pur. Eh non, le torero s’approche de la bête. Moment palpitant, volupté du regard, suspense insoutenable... Le silence paralyse le cirque, silence de mort... transpercé subitement d’un éclair tranchant : la dague se lève, vise la bête écharpée, chancelante. Schtang !! le sang gicle par saccades du museau meurtri. Schtang !! lourdement, péniblement, la masse s’est affaissée, quelques meuglements, quelques spasmes encore... les yeux agonisants interrogent le ciel bleu comme le sang, jettent un dernier regard sur l’habit de lumière dont la brillance fait mal, si mal. Un enfant pleure. Quelque part un chien hurle. Et quand la mort pénètre doucement dans ce corps mutilé, je me sens lasse, si lasse... Fanfare, hurlements, applaudissements, rires, houles honteuses. Un épais brouillard sonore m’entoure. Monsieur, s’il vous plaît, prenez-moi par la main, conduisez-moi vers la sortie, j’étouffe, l’air est vicié ici, j’ai la nausée. La corrida, vous aimez Monsieur ? Que dites-vous ? Vous jouez de l’orgue de barbarie ? Je trébuche, je vomis. Excusez-moi... on n’en est pas à une salissure près ! Vous êtes pitoyable...

        Irène NOËL Pédagogue irene.noel@wanadoo.fr

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      • > La tauromachie comme une culture 20 juillet 2007 14:25
        Je réagis à votre texte du 7 octobre 2005 sur la corrida. Et ce d’autant plus, que je trouvais intéressant le texte en référence "la tauromachie comme une culture". Il est en effet toujours facile de critiquer des pratiques lorsqu’elles vous sont étrangères à tous les sens du terme. Depuis mon enfance, j’ai assisté à des corridas dans les arènes de ma ville natale. Je suis attaché à ces évènements et à ces lieux. mais je n’ai pas forcément les mots pour expliquer ce sentiment. Ce sont mes racines. Je ne les explique pas. Heureusement, notre pays est une démocratie où les élus des Français votent les lois et en assurent l’exécution selon leur mandat. De nos jours, il est d’usage d’oublier la rudesse des temps passés, la rudesse de la nature, sous prétexte du progès, de l’hygiène et de l’aseptisation. Au bout de ce raisonnement, on arrive à refuser toute douleur, toute peine, toute souffrance. Or c’est aussi la vie. Devenons tous végétariens et nous ne ferons plus souffrir les animaux. Mais nous n’en serons pas plus humain. Nous sommes des êtres sensibles, les animaux aussi, mais la sensiblerie est infantile. Pourquoi vilipender les corridas et les aficionados ? Donner un avis, oui. S’informer et informer les autres, oui. Pourquoi interdire ? Pour uniformiser la planète ? Pour moi, assister à une corrida n’est pas assister à une torture mais plus à un sacrifice, si l’on cherche à tout prix à qualifier ce spectacle, avec ses codes et ses règlements destinés à encadrer les pratiques. C’est un spectacle vivant. Assiste-t-on au même déchainement, de la part des anti-corridas, envers les pratiques religieuses où l’on sacrifie un agneau par exemple au nom de sa religion ? L’agneau est-il mieux traité ? Ne souffre-t-il pas ? L’immoler pour un dieu est-il plus noble que de le tuer en vertu d’une tradition (païenne celle-ci) ? Parce que votre texte semblait empreint de culture, j’espère que vous lirez mon avis avec recul et discernement.

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    • > La tauromachie comme une culture 20 novembre 2005 10:23, par Greg
      "Pour se mêler d’Histoire, il faudrait un minimum de culture, et non pas repomper ..." trés bien, expliquez nous alors, plustôt que de critiquer.

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      • > La tauromachie comme une culture 20 mai 2006 16:20, par Pilipé (Philippe) 13 ans
        Je donne juste un conseil, très juste et bref : ce n’est pas la peine de donner son avis ou de discuter sur un sujet que l’on ne connaît pas ! C’est maintenant une manie en France de « Parler sans savoir ».

        Voir en ligne : Mon site taurin

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