Coût du réchauffement climatique : la finance fait pression sur les entreprises
Dimanche 26 novembre 2006, par // Coût et conséquences du réchauffement climatique
Les changements climatiques pourraient provoquer une récession mondiale. C’est ce qu’annonce en substance le rapport remis par Nicholas Stern, ancien économiste de la Banque mondiale, au gouvernement de Tony Blair. L’étude de 700 pages évalue tous les impacts probables du réchauffement sur l’économie mondiale, s’élevant à un montant de 6,8 trillions de dollars si les choses restent inchangées. Si ces chiffres spectaculaires ont de quoi surprendre, d’autres études émanant des secteurs de la finance et des assurances, ont déjà fait état du coût excessivement élevé du réchauffement, et notamment des catastrophes naturelles. Concerné au premier chef, le monde de la finance a commencé depuis quelques années à faire pression sur les entreprises pour qu’elles maîtrisent leur « risque carbone » au même titre que d’autres risques liés à la pollution. Récemment, le « Carbon Disclosure Project » (CDP), qui regroupe investisseurs et assureurs, a rendu les résultats de sa 4ème enquête annuelle sur la prise en compte du « risque carbone » par les entreprises. Les 225 investisseurs qui participent au CDP demandent chaque année aux 500 plus grosses entreprises mondiales (celles qui composent l’indice FTSE 500) d’expliquer comment elles prennent en compte le réchauffement climatique dans leurs activités, au moyen d’un questionnaire abordant la production, l’innovation, les consommations d’énergie, etc. Pour la première fois, en 2006, cette enquête a été étendue aux 120 grandes entreprises françaises appartenant à l’indice SBF 120. Le bilan de leurs réponses est assez mitigé, puisque 45% des entreprises sollicitées ont accepté de répondre. Par ailleurs, la qualité des informations fournies montre que bon nombre d’entre elles n’ont pas encore pris conscience de ces enjeux, ou qu’elles estiment que leur secteur d’activité n’est pas forcément concerné par rapport à ceux qui sont soumis à une forte contrainte carbone, comme les transports et l’énergie, par exemple. Le fait que ces questions soient posées par une coalition d’actionnaires pesant ensemble plus de 31,5 mille milliards de dollars d’actifs, que le protocole de Kyoto ait été mis en œuvre en 2005 ainsi que le système de quotas européens, ne semblent donc pas constituer des facteurs assez efficaces pour que les grandes entreprises françaises soient à même d’indiquer quel est le volume de leurs émissions de gaz à effet de serre, leur politique de gestion du risque climat ou encore les innovations qu’elles envisagent de développer… Pourtant, les grands investisseurs institutionnels se sentent de plus en plus concernés par le sujet, comme le confirme une enquête menée auprès d’une quarantaine de fonds de pension européens gérant 585 milliards de dollars, qui montre que 83 % d’entre eux pensent que le changement climatique peut avoir un impact sur les performances financières des entreprises.
Coût pour les assureurs
Du côté des assureurs, la pression sur les entreprises s’intensifie aussi, compte-tenu des coûts auxquels le secteur doit faire face. L’Association des assureurs britanniques (ABI) a déjà averti que les coûts mondiaux des tempêtes dues au changement climatique augmenteront probablement de 75% pour atteindre 27 milliards de dollars par an dans les 70 prochaines années. D’ici 2040, le coût moyen des ouragans passera pour les seuls Etats-Unis de 9,5 milliards de dollars à 11.4 milliards. Lors « d’une mauvaise année », les ouragans aux USA coûteront quelques 71 milliards de dollars d’ici 2040. L’activisme actionnarial, lui aussi, s’est emparé ces dernières années de la question climatique. Aux Etats-Unis, notamment, des coalitions d’investisseurs déposent, lors des assemblées générales, des résolutions pour que les entreprises s’expliquent sur leurs actions. Ainsi, la CERES (Coalition for Environmentally Responsible Economies) et l’ICCR (Interfaith Center on Corporate Responsibility) ont coordonné et déposé plusieurs dizaines de résolutions, en 2005, pour obtenir des engagements de la part d’entreprises appartenant à des secteurs fortement exposés. Ces deux groupes d’investisseurs - qui font partie d’une plus large campagne d’actionnaires sur le réchauffement climatique -, ont déjà obtenu des engagements de cinq compagnies d’électricité (AEP, Southern, Cinergy, TXU et Reliant) et de trois pétroliers (ChevronTexaco, Valero et Devon). AEP et Cinergy ont ainsi accepté d’évaluer les impacts de leurs émissions de GES dans un rapport et de créer un comité constitué d’administrateurs indépendants, chargés de surveiller l’élaboration du rapport.
Pression des actionnaires
Aux Etats-Unis, les investisseurs utilisent de plus en plus les assemblées générales comme lieu de mobilisation sur le climat. Exemple de cette pression exercée « de l’intérieur », plusieurs investisseurs institutionnels américains et européens de premier plan, dont les actifs s’élèvent à près de 400 milliards de dollars, ont apporté leur soutien aux résolutions des actionnaires d’ExxonMobil exigeant que le pétrolier, pourtant réfractaire de longue date à la contrainte carbone, analyse et communique davantage sur les risques financiers posés par le changement climatique. Les actionnaires, qui détiennent globalement plus de 3,5 milliards de dollars du capital d’ExxonMobil, regroupent entre autres les trésoriers publics et les principaux fonds de pension des états de Californie, du Connecticut, de Caroline du Nord et de la ville de Londres. Enfin, 2006 se révèle être une « bonne année » pour les actionnaires américains, qui ont eu beaucoup de succès en matière de changement climatique lors des assemblées générales. Plus de 24 résolutions liées au climat ont été présentées à des sociétés américaines, dont un grand nombre a été retiré après que les sociétés aient accepté d’en tenir compte. Les actionnaires de Dominion Resources ont ainsi voté majoritairement en faveur d’une résolution demandant davantage d’analyse et de diffusion des impacts financiers sur le changement climatique. Une résolution similaire des actionnaires de Peabody Energy a été retirée après que la société ait accepté de préparer un rapport comportant une analyse du risque climatique. De même, l’Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC) a annoncé son intention d’user de sa puissance financière pour influencer les gouvernements et les entreprises à agir contre les changements climatiques.