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	<title>Les Dossiers du Net</title>
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		<title>Les Dossiers du Net</title>
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		<title>Peut-on faire de la science politique sans faire de la science m&#233;diatique ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Bourdon</dc:creator>

<category domain="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97">Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent</category>

		<dc:subject>Expertise</dc:subject>

		<description>La question a sans cesse &#233;t&#233; abord&#233;e et discut&#233;e lors des r&#233;centes campagnes &#233;lectorales. Aujourd'hui encore par le journaliste Daniel Carton dans son dernier ouvrage. J&#233;r&#244;me Bourdon d&#233;laisse les analyses superflues pour &#233;voquer l'enjeu &#233;pist&#233;mologique des sciences sociales, et pr&#233;ciser la nature d'une activit&#233; de chercheur, soumise aux exigences interdisciplinaires (texte initialement publi&#233; dans Le mensuel de l'Universit&#233;, juillet/ao&#251;t 2007)
&lt;br /&gt;J&#233;r&#244;me Bourdon est Ma&#238;tre de Conf&#233;rences, directeur du d&#233;partement de Communication &#224; l'Universit&#233; de Tel-Aviv, chercheur associ&#233; au Centre de Sociologie de l'Innovation, Ecole des Mines de Paris.

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.dossiersdunet.com/IMG/arton1048.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;75&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l&amp;rsquo;&#233;vidence, la science politique doit &#234;tre m&#233;diatique parce que, plus que tout autre discipline des sciences sociales, elle a &#233;t&#233; concern&#233;e par les m&#233;dias et par la m&#233;diatisation du domaine dont elle traite. La m&#233;diatisation du social a concern&#233; tr&#232;s t&#244;t, au premier chef, le politique. Et donc les sciences politiques ont aussi &#233;t&#233; m&#233;diatiques, d&amp;rsquo;embl&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pouvoir n&amp;rsquo;existe pas sans repr&#233;sentation, et le pouvoir moderne, qu&amp;rsquo;il soit d&#233;mocratique, autoritaire ou dictatorial, s&amp;rsquo;exerce toujours, du moins en partie, par les m&#233;dias. La science politique est n&#233;e, &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle, avec le premier essor d&amp;rsquo;une presse nationale v&#233;ritablement massive, notamment en France. Depuis, on ne conna&#238;t pas un sp&#233;cialiste de science politique qui ignore totalement les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les sp&#233;cialistes des &#233;tudes &#233;lectorales, sous-disciplines de la science politique, y consacrent m&#234;me une part importante de leur activit&#233;. Ils ont sans doute &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; s&amp;rsquo;y int&#233;resser. Dans les ann&#233;es soixante, &#224; l&amp;rsquo;heure o&#249; s&amp;rsquo;affirme une s&#233;miologie qui se donne pour programme, sous l&amp;rsquo;&#233;gide de Barthes, d&amp;rsquo;analyser les productions des m&#233;dias de masse, commencent &#224; &#234;tre publi&#233;es de fa&#231;on parall&#232;le des monographies sur les grandes &#233;lections en France qui incluent toutes un chapitre de l&amp;rsquo;expert &#171; m&#233;dias &#187; de la science politique. Mais, tr&#232;s loin des &#233;lections, les institutions, les partis, toutes les formes du collectif politique doivent s&amp;rsquo;analyser dans leur rapport &#224; la m&#233;diatisation - y compris lorsqu&amp;rsquo;elle est d&#233;sir&#233;e, difficile, perp&#233;tuellement manqu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, il est des domaines de la science politique qui sont moins m&#233;diatiques que d&amp;rsquo;autres. Le travail de l&amp;rsquo;administration se faisait, et se fait toujours, au jour le jour, relativement loin des m&#233;dias. La sociologie des &#233;lites politiques, de leur recrutement social, de leur carri&#232;re, n&amp;rsquo;ob&#233;it pas principalement &#224; des logiques m&#233;diatiques. Et pourtant : les d&#233;cisions de l&amp;rsquo;administration se prennent d&#233;sormais aussi en fonction de leur cons&#233;quences m&#233;diatiques ; ou encore, dans les strat&#233;gies des &#233;lites, le rapport aux m&#233;dias occupe d&#233;sormais une place essentielle, qu&amp;rsquo;il ne faut peut-&#234;tre plus dire &#171; croissante &#187;. Le clich&#233; de la m&#233;diatisation croissante cache aussi des &#233;volutions complexes, des changements d&amp;rsquo;appr&#233;hension, d&amp;rsquo;apprentissage, de combinaison entre les m&#233;dias, tout ph&#233;nom&#232;ne qu&amp;rsquo;il est trop facile de dissimuler en parlant d&amp;rsquo;un &quot;plus&quot; de m&#233;diatisation, pour s&amp;rsquo;&#233;pargner l&amp;rsquo;analyse de la notion m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, pas de science politique sans science m&#233;diatique. Certes. Mais la r&#233;ponse ne peut &#234;tre aussi simple. Car la question pr&#233;suppose que l&amp;rsquo;on sache ce que sont ces deux &#171; sciences &#187;. Commen&#231;ons par le m&#233;diatique, pour le dire tout &#224; trac : il n&amp;rsquo;y a pas, en ce sens, de science m&#233;diatique. J&amp;rsquo;affirme malgr&#233; des tentatives anciennes et r&#233;centes d&amp;rsquo;asseoir une discipline du m&#233;diatique disposant d&amp;rsquo;une probl&#233;matique absolument originale par rapport au reste des sciences sociales. Fondamentalement, de McLuhan &#224; R&#233;gis Debray et la m&#233;diologie, ces tentatives sont fond&#233;es sur le d&#233;terminisme technologique et n&#233;gligent le tissu d&amp;rsquo;interactions qui conditionnent l&amp;rsquo;invention et l&amp;rsquo;appropriation des m&#233;dias (comme de tout autre objet technique). De surcro&#238;t, et au-del&#224; des m&#233;dias et de la suppos&#233;e &#171; science m&#233;diatique &#187;, les sp&#233;cialisations universitaires et les partages disciplinaires, on le sait, sont souvent command&#233;s par des logiques institutionnelles, des n&#233;cessit&#233;s de carri&#232;re et de publication, plus que par des logiques &#233;pist&#233;mologiques de d&#233;veloppement de la connaissance. Pour un ph&#233;nom&#232;ne transversal par exemple comme les m&#233;dias, cette contradiction est patente. Car il n&amp;rsquo;est pas d&amp;rsquo;activit&#233; sociale importante qui n&amp;rsquo;ait sa part m&#233;diatique, il n&amp;rsquo;est presque pas de groupe social, voire de ph&#233;nom&#232;ne, qui ne puisse s&amp;rsquo;analyser ind&#233;pendamment de son image m&#233;diatique. M&#234;me les groupes qui vivent loin des m&#233;dias sont confront&#233;s au probl&#232;me de la repr&#233;sentation : l&amp;rsquo;absence d&amp;rsquo;acc&#232;s aux m&#233;dias sera v&#233;cue comme une souffrance ou une exclusion - ou revendiqu&#233;e comme une sp&#233;cificit&#233;. Bref, nul ne conna&#238;t l&amp;rsquo;indiff&#233;rence. Et l&amp;rsquo;Internet permet d&#233;sormais &#224; chaque groupe de se construire une image m&#233;diatique - &#224; tout le moins l&amp;rsquo;illusion d&amp;rsquo;une image, une sorte de solipsisme m&#233;diatique ou chacun ou presque peut r&#234;ver de projeter une image dont il est parfois le principal et narcissique consommateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si donc la science politique ne doit pas ignorer les m&#233;dias, elle ne doit le faire en les approchant comme des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s particuliers qui viennent s&amp;rsquo;ajouter &#224; la science politique et demandent des outils particuliers fournis par les sp&#233;cialistes (ou les pseudo-sp&#233;cialistes) du m&#233;diatique. Elle doit faire plus simple : consid&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;diatiques comme d&amp;rsquo;embl&#233;e politiques, s&amp;rsquo;int&#233;resser au m&#233;diatique &#224; travers des questions plus g&#233;n&#233;rales qui touchent au m&#233;diatique autant qu&amp;rsquo;au politique - aux deux ensemble, et les d&#233;bordent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Analyser par exemple des productions m&#233;diatiques avec les outils de la s&#233;miotique ou de la po&#233;tique et de la rh&#233;torique, s&amp;rsquo;int&#233;resser &#224; l&amp;rsquo;univers journalistique &#224; travers la sociologie des professionnels, r&#233;fl&#233;chir aux effets ou &#224; l&amp;rsquo;influence sur le public avec la psychologie sociale ou la philosophie politique. Le d&#233;bat entre Walter Lippman (The Phantom Public, 1925) et John Dewey (The Public and its Problems, 1927, en r&#233;ponse au pr&#233;c&#233;dent) sur la possibilit&#233; m&#234;me de la d&#233;mocratie n&amp;rsquo;appartient pas plus au &quot;politique&quot; qu&amp;rsquo;au &#171; m&#233;diatique &#187;. Il pose une question philosophique sur la possibilit&#233; m&#234;me de la d&#233;mocratie, toujours pertinente, et qui a plus &#224; nous apprendre que la &#233;ni&#232;me analyse, obs&#233;d&#233;e par le probl&#232;me de l&amp;rsquo;influence, des effets sur le public de la variation de mimique du pr&#233;sentateur du journal. Ce type m&#234;me de question politico-m&#233;diatique &#224; courte vue oublie les pr&#233;suppos&#233;s et les inqui&#233;tudes dont elle est n&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pr&#233;cisons : ici, le refus de la sp&#233;cialisation, et la revendication d&amp;rsquo;un retour &#224; des sources philosophiques communes aux disciplines, ne sont pas un plaidoyer pour l&amp;rsquo;&#171; interdisciplinarit&#233; &#187;. On fait d&amp;rsquo;autant plus facilement l&amp;rsquo;&#233;loge de l&amp;rsquo;interdisciplinarit&#233; que plus personne ne sait ce que ce terme veut dire. L&amp;rsquo;interdisciplinarit&#233; suppose qu&amp;rsquo;il y ait, &#224; un moment donn&#233;, des disciplines clairement partag&#233;es, dont il convient, dans un deuxi&#232;me temps, de s&amp;rsquo;&#233;loigner, pour faire de &#171; l&amp;rsquo;interdisciplinarit&#233; &#187;. C&amp;rsquo;est peut-&#234;tre vrai au plan institutionnel. Pour d&#233;marrer une carri&#232;re, il se faut se couler dans le moule de la discipline. Mais, dix ou vingt ans apr&#232;s, pour obtenir des cr&#233;dits de recherche, il faut s&amp;rsquo;affirmer interdisciplinaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le crit&#232;re classique (par exemple, dans un appel d&amp;rsquo;offres pour des projets de recherche) est la participation de membres d&amp;rsquo;universit&#233;s de disciplines diff&#233;rentes : un historien, un litt&#233;raire, un &#171; communiquant &#187; travaillent ensemble, c&amp;rsquo;est de l&amp;rsquo;interdisciplinarit&#233; ! Donc, soyez politologues ou communicant stricts &#224; vingt ans, devenez &#171; interdisciplinaires &#187; &#224; trente ou plus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;ambition scientifique que nous r&#233;clamons ici est bien diff&#233;rente de l&amp;rsquo;interdisciplinarit&#233; n&#233;e des logiques institutionnelles. Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;associer la sp&#233;cialisation &#224; la fois &#233;troite mais temporaire que r&#233;clame un projet de recherche avec un souci beaucoup plus g&#233;n&#233;ral de conceptualisation qui doit f&#233;conder ce moment de sp&#233;cialisation. Cela est, devrait &#234;tre, le mod&#232;le d&amp;rsquo;un projet de recherche, tout particuli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; instable et sans cesse recompos&#233;e o&#249; nous vivons - la m&#233;diatisation &#233;tant un aspect, mais pas le seul, de ce processus de recomposition permanente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, pour bien faire des sciences sociales (qu&amp;rsquo;elles soient politiques ou m&#233;diatiques), il faut peut-&#234;tre ne pas ignorer les m&#233;dias, mais surtout savoir associer &#224; la fois l&amp;rsquo;&#233;troite sp&#233;cialisation que r&#233;clame la focalisation sur un objet (une th&#232;se sur le Parlement doit conna&#238;tre les rouages de l&amp;rsquo;institution, les syst&#232;mes &#233;lectoraux, le recrutement des &#233;lites), et le retour aux questions les plus g&#233;n&#233;rales (sur la repr&#233;sentation politique, sur le public) qui permet de f&#233;conder la recherche du particulier. Il faut non seulement analyser son objet soigneusement, en bon sp&#233;cialiste, mais s&amp;rsquo;en inqui&#233;ter, en bon philosophe, le d&#233;monter, le remonter, se demander &#224; quoi il est connect&#233;, parfois donc &#224; des domaines et des d&#233;bats qui para&#238;tront bien lointains au sp&#233;cialiste. Bref, &#224; chacun de trouver le d&#233;licat &#233;quilibre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour utiliser une m&#233;taphore cin&#233;matographique, il faut ne pas perdre de vue l&amp;rsquo;objet, mais changer la focale, l&amp;rsquo;angle, la cam&#233;ra, et puis &#233;largir le champ, faire cohabiter l&amp;rsquo;objet avec quantit&#233;s d&amp;rsquo;artefacts inattendus. Donc, faire du politique avec du m&#233;diatique, bien s&#251;r, mais surtout ne pas cr&#233;er une nouvelle sp&#233;cialisation, &#171; la communication politique &#187;, avec ses d&#233;partements, ses revues acad&#233;miques, ses r&#233;f&#233;rences cod&#233;es &#224; des auteurs que seuls les hyper-sp&#233;cialistes du nouveau domaine lisent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, le chercheur en sciences politiques ne saurait, certes, ignorer les m&#233;dias, comme beaucoup d&amp;rsquo;autres sp&#233;cialistes des sciences sociales, mais pas se laisser fasciner par eux, et ne pas oublier de faire, tout simplement, osons le dire, car le mot &#233;tait l&#224;, deux fois, au centre de la question, de la science.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>&quot;Storytelling&quot; : ces histoires que construit le pouvoir</title>
		<link>http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article1049</link>
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		<dc:date>2008-04-07T14:59:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Artus </dc:creator>

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		<dc:subject>Point de vue</dc:subject>

		<description>Avec &quot;Storytelling&quot;, Christian Salmon signe un essai d&#233;capant sur la nouvelle &quot;arme de distraction massive&quot;, devenue gr&#226;ce &#224; la mondialisation et &#224; la f&#233;rocit&#233; cynique des communicants, l'arme de destruction r&#234;v&#233;e du march&#233; : quand &quot;l'art de raconter des histoires&quot; devient l'art de &quot;formater les esprits&quot; pour les ali&#233;ner. Ce n'est pas de la fiction : le &quot;storytelling&quot; manage le monde depuis les ann&#233;es 90. Entretien (23/11/2007)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un monde o&#249; le rapport au r&#233;el oscille majoritairement entre t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; et cha&#238;nes tout-info, la fiction semble devenue une norme sous-jacente, un besoin, une &#233;chappatoire. De nos jours, un roman ou une s&#233;rie t&#233;l&#233; fonctionnent surtout s&amp;rsquo;il est &quot;vrai&quot; (dilemme pour les &#233;diteurs). Aujourd&amp;rsquo;hui, un discours politique ne touche que s&amp;rsquo;il appara&#238;t comme une histoire h&#233;ro&#239;que plut&#244;t que comme une litanie (Graal de tous les communicants politiques).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans &quot;Storytelling&quot;, l&amp;rsquo;ex-pr&#233;sident de l&amp;rsquo;ancien &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/storytelling-ces-histoires-que-construit-le-pouvoir#name&quot;&gt;Parlement international des &#233;crivains&lt;/a&gt;, Christian Salmon, retrace la g&#233;n&#233;alogie de cette nouvelle doctrine (&quot;l&amp;#39;art de raconter des histoires&quot;), aujourd&amp;rsquo;hui devenue &quot;arme de distraction massive&quot; &#224; m&#234;me non seulement de formater notre rapport &#224; la r&#233;alit&#233;, mais de fabriquer le r&#233;el. Le fin du fin de la propagande du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis les ann&#233;es 90, les politiques ont mis la main sur l&amp;rsquo;arme. &quot;Storytelling&quot;, c&amp;rsquo;est un monde : un polar, un manuel de r&#233;sistance, un ouvrage d&amp;rsquo;analyse, un livre d&amp;rsquo;histoire contemporaine. Une &#233;tude &#224; la fois tr&#232;s pointue et ais&#233;e d&amp;rsquo;approche. Christian Salmon, qui conna&#238;t le r&#233;el comme la fiction, et les chercheurs comme les &#233;crivains, y livre un d&#233;cryptage de la communication capitaliste et politique. Qui, aujourd&amp;rsquo;hui, ne diff&#232;rent gu&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;Les marques s&amp;#39;attribuent les pouvoirs qu&amp;#39;avant on cherchait dans la drogue&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le &quot;storytelling&quot; est apparu dans les ann&#233;es 90. Aux Etats-Unis, pour commencer. A cette p&#233;riode, &quot;le tournant narratif des sciences sociales co&#239;ncide avec l&amp;#39;explosion d&amp;#39;Internet et les avanc&#233;es des nouvelles techniques d&amp;#39;information et de communication&quot;. Une nouvelle fois, la communication entre les individus mutait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais l&#224;, on allait passer du capitalisme de capitaine d&amp;rsquo;industrie &#224; un lib&#233;ralisme sans visage devenu nomade et indolore. Les rep&#232;res cessaient d&amp;rsquo;exister. Ce n&amp;rsquo;est plus notre rapport au monde qui allait changer, mais notre perception du monde. C&amp;rsquo;est &#224; ce moment que les multinationales ont d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie consistant &#224; passer de la marque au logo, dans la fa&#231;on de concevoir leurs publicit&#233;s. Changeant notre perception de la marque, son pouvoir de narrativit&#233;, son attrait... et donc sa force d&amp;#39;impact, et donc sa force de vente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Du logo, on passe aux stories&quot;, &#233;crit Salmon. &quot;C&amp;#39;est l&amp;#39;av&#232;nement de la consommation comme seul rapport au monde&quot;, &quot;les marques s&amp;#39;attribuent les pouvoirs qu&amp;#39;autrefois on cherchait dans la drogue, dans les mythes&quot;. L&amp;rsquo;acte de consommer devient alors &quot;un exercice de communication, voire de communion, plan&#233;taire&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Auparavant, les &quot;marketteurs&quot; avaient pour mission de faire de la promotion, &#224; pr&#233;sent, ils doivent utiliser leurs marques respectives pour am&#233;nager la vision du monde que se fait le consommateur. Qui, dans le m&#234;me temps, doit faire face &#224; la transformation du milieu du travail. Du concept m&#234;me de travail : on passe de la notion de carri&#232;re et d&amp;rsquo;emploi &#224; la flexibilit&#233; et &#224; l&amp;rsquo;absence d&amp;rsquo;emploi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela va susciter une &quot;surench&#232;re de propositions visant &#224; provoquer une remobilisation &#233;motionnelle, un regain d&amp;#39;engagement&quot; de la part des managers modernes, qui rivalisent de trouvailles pour habituer le salari&#233; &#224; ce nouveau &quot;mode d&amp;rsquo;emploi&quot;... passant par la consommation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;La fiction romanesque et cin&#233;matographique avait compris ce qui se tramait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est alors que, dans son livre, Salmon interpelle la fiction romanesque et cin&#233;matographique, qui selon lui avaient compris ce qui se tramait avant m&#234;me que les chercheurs n&amp;#39;aient ou le formuler. Par exemple, Don De Lillo et son roman &quot;Joueurs&quot;, o&#249; l&amp;#39;auteur imaginait une entreprise dont l&amp;#39;objet &#233;tait le management de la douleur. Et Salmon de remarquer que certaines ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els (les call centers indiens, par exemple) sont des exemples m&#234;me de l&amp;rsquo;&#233;volution d&amp;rsquo;un monde qui cherche &#224; trouver des sc&#233;narios r&#233;alisables plus que des solutions viables.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Lillo -dont, au passage, le lecteur fran&#231;ais aura des nouvelles d&#233;but 2008- a prouv&#233;, et tous ses romans depuis &quot;Joueurs&quot; l&amp;rsquo;illustrent, qu&amp;rsquo;on ne peut plus ais&#233;ment raconter des histoires dans une soci&#233;t&#233; envahie de s&#233;ries, de &quot;stories&quot;, dans une civilisation o&#249; le moi &#233;motionnel des individus est, &#224; pr&#233;sent, r&#233;cup&#233;r&#233; et utilis&#233; par les marketteurs et les communicants politiques, et non plus sollicit&#233; par les auteurs de fiction.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes, &#233;crit Salmon, pass&#233; dans une civilisation &quot;d&amp;rsquo;injonction au r&#233;cit&quot;. C&amp;rsquo;est ici le point nodal de toutes ces d&#233;monstrations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le 11 Septembre, sc&#233;naristes et dirigeants se concertent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Evidemment, le 11 Septembre est un tournant dans l&amp;rsquo;histoire moderne. Comme une incursion de fiction dans le r&#233;el. La r&#233;ponse du pouvoir am&#233;ricain. Peu apr&#232;s l&amp;rsquo;attentat, il y e&#251;t une r&#233;union entre hauts responsables am&#233;ricaines et quelques sc&#233;naristes (le co-sc&#233;nariste d&amp;rsquo;&quot;Apocalypse Now&quot;, le sc&#233;nariste de &quot;Die Hard&quot;, le r&#233;alisateur de &quot;Grease&quot;...), o&#249; il leur fut demand&#233; d&amp;rsquo;imaginer les sc&#233;narios d&amp;rsquo;une attaque terroriste et les r&#233;pliques &#224; apporter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des cr&#233;ateurs qui travaillent sur comment pr&#233;venir le r&#233;el... et inventer des r&#233;pliques. Comme, par exemple, la guerre. Et comment la l&#233;gitimer. Cela ne vous dit rien ? C&amp;rsquo;est ici un des multiples exemples de &quot;storytelling de guerre&quot; du livre. Et la France ? Si &quot;Sarkozy joue sa pr&#233;sidence comme on joue dans un film&quot;, les dirigeants sont encore au stade du bricolage en mati&#232;re de storytelling.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le Pentagone et Hollywood travaillent ensemble, ce n&amp;rsquo;est pas le monde qui change. C&amp;rsquo;est le r&#233;el. La distinction entre le vrai et le faux. On a froid dans le dos quand, par exemple, on lit le t&#233;moignage de cet ancien &#233;ditorialiste du Wall Street Journal, qui restitue une conversation avec un conseiller de Bush en 2002.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celui-ci lui reprochait un papier, qui prouvait son appartenance &#224; la &quot;communaut&#233; r&#233;alit&#233;&quot;, alors que c&amp;rsquo;&#233;tait &#224; eux, au sommet du pouvoir, de cr&#233;er la r&#233;alit&#233;. Pendant que d&amp;#39;autres &#233;tudiaient la r&#233;alit&#233; cr&#233;&#233;e par le pouvoir, le pouvoir en fa&#231;onnait d&amp;rsquo;autres...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les &quot;story spinners&quot;, fin du fin du marketing politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Eux, c&amp;rsquo;est &quot;l&amp;rsquo;empire&quot;. Gr&#226;ce aux figures -apparues sous Nixon et r&#233;apparues sous Reagan, puis en force sous Clinton et Bush- des &quot;spin doctors&quot; et autres &quot;story spinners&quot;, les gouvernants sont aujourd&amp;rsquo;hui capables de vendre leurs valeurs, donc leur r&#233;alit&#233;, comme une marque. Fin du fin du storytelling marchand adapt&#233; &#224; la politique...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est sous Reagan qu&amp;rsquo;on a invent&#233; &quot;le candidat qui pourrait &#234;tre n&amp;#39;importe qui, n&amp;#39;importe quel acteur d&amp;#39;Hollywood, qui peut &#234;tre &#233;lu &#224; condition qu&amp;#39;il ait une histoire &#224; raconter, une histoire qui dise aux gens ce que le pays est et comment il le voit&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est alors que les d&#233;mocrates, habitu&#233;s &#224; raconter des litanies, sont distanc&#233;s par les r&#233;publicains qui, eux, ont appris &#224; raconter des histoires (par exemple, Bush sauv&#233; de l&amp;rsquo;alcool par la religion) &#224; la fois digressives (jouant sur l&amp;rsquo;h&#233;ro&#239;sation am&#233;ricaine) et manipulatrices.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est ainsi qu&amp;#39;en 1992, Clinton recrutera comme directeur de la communication celui -David R. Gergen- qui avait eu cette fonction sous... Reagan. A pr&#233;sent, le discours officiel s&amp;rsquo;adresse au coeur plus qu&amp;rsquo;&#224; la raison, &#224; l&amp;rsquo;&#233;motion plus qu&amp;rsquo;&#224; l&amp;rsquo;opinion. Le pouvoir ex&#233;cutif devient un pouvoir d&amp;rsquo;&quot;ex&#233;cution&quot; du sc&#233;nario pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un monde o&#249; r&#233;alit&#233; et fiction copulent et cohabitent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Reagan &#224; Bush, et donc &#224; Karl Rove, du Watergate &#224; l&amp;rsquo;Irak, c&amp;rsquo;est ici la partie la plus int&#233;ressante de l&amp;rsquo;analyse de Salmon dans son d&#233;cryptage des limbes de la politique moderne. Celle d&amp;rsquo;un monde o&#249; r&#233;alit&#233; et fiction copulent et cohabitent. Dans notre rapport au r&#233;el et &#224; l&amp;rsquo;imaginaire. Ici, c&amp;rsquo;est non seulement le r&#233;el qui est en danger, mais aussi le futur. Salmon pr&#233;cise : &quot;Le monde de demain sera le r&#233;sultat d&amp;#39;une lutte entre les narrations impos&#233;es et les contre-narrations lib&#233;ratrices.&quot;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Evidemment, tout cela n&amp;rsquo;arrive pas qu&amp;rsquo;aux autres. Salmon conclut le livre en traitant du nouvel ordre narratif en France. Si Sarkozy et sa &quot;plume&quot; (Henri Guaino) ne font pour l&amp;rsquo;instant que copier/coller le storytelling &#224; la yankee, entre autres en d&#233;tournant le r&#233;cit gaullien et des figures qu&amp;rsquo;ils d&#233;centrent de leurs origines (Guy M&#244;quet), le danger peut survenir &#224; tout moment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et Salmon de conclure en en appelant &#224; la mise en forme (artistiques, politiques, culturelles) de &quot;pratiques symboliques visant &#224; enrayer la machine &#224; fabriquer des histoires, d&#233;focalisant, en d&#233;synchronisant ses r&#233;cits&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;Les artistes sont pr&#233;venus, et ont d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; lutter&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rarement, dans les essais r&#233;cemment parus en France, un ouvrage n&amp;rsquo;aura &#224; ce point autant coll&#233;, incrust&#233;, ing&#233;r&#233;, sa propre &#233;poque, et &#233;t&#233; &#224; ce point urgent et n&#233;vralgique. C&amp;rsquo;est peut-&#234;tre la raison pour laquelle, depuis la parution de ce livre qui est un succ&#232;s, Christian Salmon est sollicit&#233; par des r&#233;dactions (dont, s&amp;rsquo;amuse-t-il, celle du Monde) pour donner des conf&#233;rences aux journalistes. Il explique aussi que &quot;les artistes sont pr&#233;venus, et ont d&#233;j&#224; commencer &#224; lutter&quot; : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#9658;&lt;a name=&quot;parlement&quot;&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Le &quot;Parlement des &#233;crivains&quot;, un r&#233;seau de villes refuges&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Fond&#233; en 1993, avec l&amp;rsquo;appui de plus de 300 intellectuels, le Parlement international des &#233;crivains &#233;tait une association &#224; but non lucratif ayant pour objet d&amp;#39;organiser une solidarit&#233; avec les &#233;crivains menac&#233;s, &#224; travers un r&#233;seau de 31 villes refuges situ&#233;es en Europe, en Am&#233;rique latine, en Am&#233;rique du Nord et en Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Suite &#224; des divergences id&#233;ologiques, et &#224; un voyage controvers&#233; en Palestine en 2003 (l&amp;rsquo;Espagnol Sarramago y compara Ramallah &#224; Auschwitz), Salmon d&#233;cida de cesser l&amp;rsquo;activit&#233; du PIE.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;Storytelling, La machine &#224; fabriquer des histoires et &#224; formater les esprits&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; de Christian Salmon - &#233;d. La D&#233;couverte - 236p., 18&#8364;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em&gt;Interview enregistr&#233;e &#224; la r&#233;daction le 13 novembre.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Storytelling, la machine &#224; fabriquer des histoires et &#224; formater les esprits</title>
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		<dc:creator>Bombix</dc:creator>

<category domain="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97">Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent</category>

		<dc:subject>Point de vue</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'appuyant sur des exp&#233;riences et un corpus de travaux apparus aux &#201;tats-Unis &#224; la fin des ann&#233;es 80, et qui s&#233;vissent aujourd'hui dans les domaines du marketing, du management et de la communication politique, Storytelling s'applique &#224; d&#233;crire et &#224; d&#233;gager les effets d'une nouvelle doctrine de propagande, bas&#233;e sur un art de raconter des histoires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les hommes ont toujours aim&#233; raconter et entendre des histoires. Cependant, une diff&#233;rence capitale distingue le storytelling de l'ancien art du r&#233;cit si essentiel &#224; la litt&#233;rature. Tandis qu'auparavant l'art de la fiction &#233;tait un art des possibles pour l'homme, le storytelling cl&#244;t notre imaginaire et organise son assujettissement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Storytelling, de Christian Salmon se d&#233;ploie comme une enqu&#234;te sur le nouvel ordre narratif mondial (13/11/2007)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97" rel="directory"&gt;Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.dossiersdunet.com/IMG/arton1050.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;75&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le possible et l&amp;rsquo;impossible : nouvelles fronti&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un article paru dans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/em&gt; en septembre 2003, Samuel Blumenfeld opposait, &#224; propos de l&amp;rsquo;&#233;lection de l&amp;rsquo;acteur Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie, la politique au cin&#233;ma.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;La politique est la gestion du possible. Le cin&#233;ma est, au contraire, l&amp;rsquo;art de l&amp;rsquo;impossible. Rien n&amp;rsquo;est plus &#233;loign&#233; du cin&#233;ma que la politique. Le processus d&#233;mocratique est long, p&#233;nible, irritant et frustrant. Il refl&#232;te le d&#233;sordre de la vie. Les films, ceux de Schwarzenegger en particulier, vont toujours droit au but. Ils ignorent les m&#233;andres et les scories et se dirigent avec assurance vers une r&#233;solution. Le pouvoir des films d&amp;rsquo;action tient pr&#233;cis&#233;ment &#224; de tels raccourcis. Ils rendent la r&#233;alit&#233; moins am&#232;re et le fantasme plus r&#233;el.&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh1&quot; name=&quot;nh1&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb1&quot; title=&quot;[1] Samuel Blumenfeld, Un vote pour une image plut&#244;t que pour un candidat, (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette analyse est tout &#224; fait juste, &#224; cette nuance pr&#232;s qu&amp;rsquo;elle appartient peut-&#234;tre d&#233;sormais au pass&#233;. Elle &#233;tait valable &#224; une &#233;poque, d&#233;sormais r&#233;volue, qui autorisait encore un partage net entre fantasmes et r&#233;alit&#233;. Aujourd&amp;rsquo;hui, alors que la politique et les arts de l&amp;rsquo;imaginaire &#8211; parmi lesquels le cin&#233;ma tient une place de premier ordre &#8211; sont &#233;troitement imbriqu&#233;s, cette distinction s&amp;rsquo;efface. Comme on peut l&amp;rsquo;observer parfois au bord de la mer par temps couvert, il devient de moins en moins possible de distinguer les eaux du r&#233;el du ciel de l&amp;rsquo;imaginaire. Cette zone grise est produite par &#171; la machine &#224; raconter &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De quoi s&amp;rsquo;agit-il ? Pour le comprendre, prenons un exemple caract&#233;ristique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ashley&amp;rsquo;s story &#187;, ou les miracles de &#171; la machine &#224; raconter &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les sp&#233;cialistes de communication politique sont unanimes pour souligner le r&#244;le majeur dans la derni&#232;re campagne pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine de 2004 (&#224; l&amp;rsquo;issue tr&#232;s incertaine, faut-il le rappeler ?) d&amp;rsquo;un clip vid&#233;o, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Ashley&amp;rsquo;s story&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh2&quot; name=&quot;nh2&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb2&quot; title=&quot;[2] On peut visionner ce clip &#224; cette adresse&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]. D&amp;rsquo;un co&#251;t exhorbitant - 6,5 millions de dollars &#8211; le succ&#232;s fut tel que le clip est devenu depuis lors un objet d&amp;rsquo;&#233;tude pour les chercheurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Ashley&amp;rsquo;s story&lt;/em&gt; est le r&#233;cit de la gu&#233;rison d&amp;rsquo;une victime r&#233;elle du 11 septembre - une petite fille qui a perdu sa m&#232;re - par l&amp;rsquo;intercession de G.W. Bush. Pour John Green, professeur de sciences politiques &#224; l&amp;rsquo;Universit&#233; d&amp;rsquo;Akron dans l&amp;rsquo;Ohio, Ashley&amp;rsquo;s story est un exemple de communication politique tr&#232;s efficace &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;parce qu&amp;rsquo;il racontait une histoire personnelle, traitait d&amp;rsquo;un sujet important, difficile, le terrorisme, et le situait dans un contexte que les gens pouvaient comprendre&lt;/em&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Christian Salmon proc&#232;de &#224; une analyse filmique tr&#232;s fine du clip, laquelle rep&#232;re avec brio les causes de la redoutable efficacit&#233; de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Ashley&amp;rsquo;s story&lt;/em&gt;. Citons seulement la conclusion : &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; La photographie d&amp;rsquo;Ashley dans les bras de Bush se donne &#224; lire comme une image sainte, une ic&#244;ne du conservatisme compassionnel. L&amp;rsquo;histoire d&amp;rsquo;Aschley emprunte ses codes de narration &#224; la parabole &#233;vang&#233;lique ; c&amp;rsquo;est le r&#233;cit d&amp;rsquo;un haut fait, celui d&amp;rsquo;une rencontre m&#233;morable suivie d&amp;rsquo;une gu&#233;rison miraculeuse.&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh3&quot; name=&quot;nh3&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb3&quot; title=&quot;[3] Christian Salmon, op. cit&#233;, p.116&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;montage&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet exemple est particuli&#232;rement int&#233;ressant en ce qu&amp;rsquo;il montre &#171; la machine &#224; raconter &#187; &#224; l&amp;rsquo;&#339;uvre dans une op&#233;ration de propagande. Le r&#233;cit remplace le &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;raisonnement&lt;/strong&gt; par &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;l&amp;rsquo;&#233;motion&lt;/strong&gt;. Il focalise sur un individu et occulte le drame collectif. Enfin, il satisfait la demande de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;sens&lt;/strong&gt; du public ; d&amp;rsquo;une part parce qu&amp;rsquo;il simplifie &#224; l&amp;rsquo;extr&#234;me et &#233;pure le r&#233;el de toute scorie inassimilable, d&amp;rsquo;autre part et surtout parce que, repliant les &#233;v&#232;nements et leurs acteurs sur eux-m&#234;mes dans l&amp;rsquo;orbe d&amp;rsquo;une histoire achev&#233;e, celle-ci, &#224; la mani&#232;re d&amp;rsquo;une &#339;uvre d&amp;rsquo;art qui nous ressemblerait bien que nous ne lui ressemblions pas, demeure forclose dans son aura de myst&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est le philosophe Walter Benjamin qui nous livre la cl&#233; pour comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne. Dans un texte de 1931 extr&#234;mement pertinent, il oppose &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;l&amp;rsquo;information&lt;/strong&gt; &#224; la &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;narration&lt;/strong&gt;. &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque matin&lt;/em&gt; &#233;crit-il, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;on nous renseigne sur tout ce qui s&amp;rsquo;est pass&#233; &#224; la surface du globe, et cependant nous sommes pauvres en histoires surprenantes. Cela tient &#224; ce qu&amp;rsquo;aucun &#233;v&#232;nement n&amp;rsquo;arrive plus jusqu&amp;rsquo;&#224; nous sans &#234;tre accompagn&#233; d&amp;rsquo;explications. Autrement dit, &#224; peu pr&#232;s rien de ce qui advient ne profite &#224; la narration, presque tout sert &#224; l&amp;rsquo;information. Pour une bonne part, l&amp;rsquo;art du narrateur tient &#224; ce que l&amp;rsquo;histoire qu&amp;rsquo;il nous rapporte se passe de toute explication.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Produire du sens, sans fournir d&amp;rsquo;explications&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t d&amp;rsquo;une bonne histoire, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;elle produit du sens, sans fournir d&amp;rsquo;explication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est exactement la fonction du mythe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le succ&#232;s du storytelling n&amp;rsquo;est pas isolable de l&amp;rsquo;&#233;poque qui le voit na&#238;tre. Tandis que les identit&#233;s se dissolvent sous les effets de la mondialisation [&lt;a id=&quot;nh4&quot; name=&quot;nh4&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb4&quot; title=&quot;[4] cf. John et Jane, film d&amp;#39;Ahluwalia, et son &#233;vocation par C. (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;], on continue de faire l&amp;rsquo;apologie du mouvement et du changement. Or, d&#233;sormais, aucun but n&amp;rsquo;est assignable puisque nous sommes &#224; &#171; la fin de l&amp;rsquo;histoire &#187; ; se manifestent d&#232;s lors de nouvelles exigences de structuration de nos exp&#233;riences. Sur les philosophies de l&amp;rsquo;histoire d&#233;funtes, naissent et se d&#233;veloppent de nouvelles mythographies.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La saga du storytelling&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Christian Salmon nous raconte la saga du storytelling - dont les promoteurs sont devenus de v&#233;ritables &#171; gourous &#187; et monnaient tr&#232;s cher le Nouvel &#201;vangile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le premier chapitre&lt;/strong&gt; traite du marketing : il d&#233;crit comment les technologies qui permettent d&amp;rsquo;&#233;couler les marchandises se sont d&#233;plac&#233;es en une quinzaine d&amp;rsquo;ann&#233;es du produit au logo, puis des logos aux stories. De l&amp;rsquo;image de marque (brand image), qui domina le marketing des ann&#233;es 1980, &#224; l&amp;rsquo;histoire de marque (brand story), qui s&amp;rsquo;imposa &#224; partir de 1995. Un changement qui implique l&amp;rsquo;apparition d&amp;rsquo;un nouveau lexique dans lequel l&amp;rsquo; &#171; audience &#187; a remplac&#233; les consommateurs et les &#171; s&#233;quences narratives &#187;, les &#171; campagnes &#187; publicitaires.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 2&lt;/strong&gt; retrace l&amp;rsquo;invention du storytelling management au milieu des ann&#233;es 1990, charg&#233; de mobiliser les &#233;motions par la pratique des r&#233;cits partag&#233;s. Ce discours s&amp;rsquo;adresse surtout aux cadres : il a pour fonction de mettre en r&#233;cit les valeurs d&amp;rsquo;autonomie et de responsabilit&#233;, de leadership et d&amp;rsquo;innovation, de flexibilit&#233; et d&amp;rsquo;adaptabilit&#233;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 3&lt;/strong&gt; d&#233;gage les trois &#233;l&#233;ments constitutifs du n&#233;omanagement des ann&#233;es 2000 : 1) l&amp;rsquo;injonction au changement ; 2) le management des &#233;motions, qui accompagne la constitution d&amp;rsquo;un nouveau &#171; sujet &#187; du capitalisme &#8212; consommateur, salari&#233; ou manager &#8212; en tant que moi &#171; souffrant &#187; et ego &#233;motionnel ; 3) l&amp;rsquo;utilisation des histoires dans la gestion de ce moi &#233;motionnel.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 4&lt;/strong&gt; traite du lien entre ces nouvelles techniques de mobilisation et l&amp;rsquo;apparition d&amp;rsquo;une nouvelle forme d&amp;rsquo;organisation du travail, mutante, d&#233;centralis&#233;e et nomade, dont l&amp;rsquo;id&#233;al est l&amp;rsquo;adaptation &#224; un environnement changeant et impr&#233;visible et l&amp;rsquo;adaptation de la recherche du profit &#224; des cycles de plus en plus courts.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 5&lt;/strong&gt; est consacr&#233; &#224; l&amp;rsquo;emprise du storytelling sur les discours politiques aux &#201;tats-Unis : il &#233;voque le traumatisme du Watergate, l&amp;rsquo;obsession du contr&#244;le des m&#233;dias par l&amp;rsquo;ex&#233;cutif, l&amp;rsquo;invention des spin doctors sous Ronald Reagan et celle des story spinners sous Clinton. Il envisage enfin comment la &#171; strat&#233;gie de Sch&#233;h&#233;razade &#187; de Karl Rove, sous George W. Bush, a fait du storytelling la cl&#233; de la conqu&#234;te du pouvoir et de son exercice.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 6&lt;/strong&gt; analyse la convergence croissante entre le Pentagone et Hollywood, qui a abouti &#224; la cr&#233;ation, en 1999, de l&amp;rsquo;Institute for Creative Technologies, un studio de production qui regroupe les experts de l&amp;rsquo;arm&#233;e et les meilleurs sc&#233;naristes d&amp;rsquo;Hollywood, devenu en cinq ans le principal d&#233;veloppeur de jeux vid&#233;o destin&#233;s au recrutement et &#224; l&amp;rsquo;entra&#238;nement des militaires.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapitre 7&lt;/strong&gt; r&#233;v&#232;le enfin comment, depuis le 11 septembre 2001, la diplomatie am&#233;ricaine ob&#233;it &#224; une logique de marketing, allant m&#234;me jusqu&amp;rsquo;&#224; recruter &#224; des postes diplomatiques des sp&#233;cialistes du branding charg&#233;s de &#171; vendre l&amp;rsquo;Am&#233;rique au monde comme une marque &#187;.&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh5&quot; name=&quot;nh5&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb5&quot; title=&quot;[5] synopsis de C. Salmon, op. cit&#233;, pp.18-19&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;De Bush &#224; Sarkozy et Royal&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le storytelling, n&#233; aux U.S.A a fait une entr&#233;e fracassante dans la communication politique en France &#224; l&amp;rsquo;occasion de la derni&#232;re campagne pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec Nicolas Sarkozy ou S&#233;gol&#232;ne Royal, ce qui compte d&amp;rsquo;abord, bien avant leurs programmes, c&amp;rsquo;est la &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;story&lt;/em&gt; des candidats. &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Entre ces deux-l&#224;, point de d&#233;bat d&amp;rsquo;id&#233;es, mais une rivalit&#233; mim&#233;tique ... c&amp;rsquo;est &#224; dire un conflit de narration entre deux d&#233;sirs, deux ambitions, deux sympt&#244;mes&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh6&quot; name=&quot;nh6&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb6&quot; title=&quot;[6] C. Salmon, op. cit&#233; p. 204&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] &#187; De ces r&#233;cits au fond si semblables, la cl&#233; pourrait &#234;tre la notion de rupture. Rupture avec le p&#232;re-Chirac et l&amp;rsquo;h&#233;ritage gaulliste pour Sarkozy. Rupture avec l&amp;rsquo;histoire du socialisme et avec &#171; les &#233;l&#233;phants &#187; pour Royal, avec pour horizon le d&#233;sir du pouvoir en soi, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;sir d&amp;rsquo;avenir&lt;/em&gt; sans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;programme&lt;/em&gt;. Et, parce que dans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;la France d&amp;rsquo;apr&#232;s&lt;/em&gt;, s&amp;rsquo;effacent les fronti&#232;res entre vie priv&#233;e et vie publique, il &#233;tait logique que les ruptures au sein des deux couples, avant d&amp;rsquo;&#234;tre des &#233;preuves personnelles et intimes, fussent d&amp;rsquo;abord l&amp;rsquo;occasion d&amp;rsquo;une mise en r&#233;cit r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; par les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi s&amp;rsquo;&#233;claire particuli&#232;rement le r&#244;le jou&#233; par Henri Guaino, conseiller de Sarkozy, qui, dans une d&#233;claration au journal &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, laisse appara&#238;tre qu&amp;rsquo;il a parfaitement retenu la le&#231;on des sp&#233;cialistes am&#233;ricains de storytelling : &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;La politique&lt;/em&gt;, d&#233;clare t-il, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;c&amp;rsquo;est &#233;crire une histoire partag&#233;e par ceux qui la font et ceux &#224; qui elle est destin&#233;e. On ne transforme pas un pays sans &#234;tre capable d&amp;rsquo;&#233;crire et de raconter une histoire.&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh7&quot; name=&quot;nh7&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb7&quot; title=&quot;[7] C. Salmon, op. cit&#233; p. 200&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Guy M&#244;quet&amp;rsquo;s story &#187; ou les hoquets de la machine &#224; raconter&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Endossant la fonction des &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;spin doctors&lt;/em&gt; am&#233;ricains, Guaino a sans doute jou&#233; un r&#244;le fondamental dans l&amp;rsquo;&#233;lection du r&#233;sistible Sarkozy. L&amp;rsquo;utilisation des figures mythiques de la gauche fran&#231;aise s&amp;rsquo;est inscrite dans une strat&#233;gie de r&#233;cup&#233;ration des embl&#232;mes de la gauche, s&amp;rsquo;accompagnant d&amp;rsquo;une d&#233;valorisation et d&amp;rsquo;une d&#233;r&#233;alisation de leur r&#233;f&#233;rentiel. &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; Il y a une mythologie de la gauche, qui n&amp;rsquo;a rien &#224; voir avec les valeurs, mais qui est extr&#234;mement efficace.&lt;/em&gt; &#187; El&#233;mentaire ! ... si l&amp;rsquo;on garde &#224; l&amp;rsquo;esprit ces deux points : 1) on ne s&amp;rsquo;int&#233;resse plus aux &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;id&#233;es&lt;/em&gt; mais aux &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;mythes&lt;/em&gt;, 2) on choisit &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;le mythe efficace&lt;/em&gt;. Ce qui int&#233;resse Sarkozy et Guaino dans la gauche, c&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;ils peuvent en r&#233;cup&#233;rer pour nourrir une mythologie qui servira leurs desseins politiques. Et l&amp;rsquo;on trouve comme par hasard dans les premiers rangs de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;l&amp;rsquo;ouverture&lt;/em&gt; des mythographes comme Kouchner et Lang, ou un a&#232;de comme Max Gallo.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette tentative d&amp;rsquo;un d&#233;tournement de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;l&amp;rsquo;Histoire&lt;/strong&gt; pour nous raconter &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;des histoires&lt;/strong&gt;, l&amp;rsquo;&#233;pisode de la lecture de la lettre de Guy M&#244;quet aura sans doute &#233;t&#233; un moment important. [&lt;a id=&quot;nh8&quot; name=&quot;nh8&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb8&quot; title=&quot;[8] Nous renvoyons les lecteurs &#224; nos deux articles pour le d&#233;tail de cette (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Notons que l&amp;rsquo;&#233;chec relatif de l&amp;rsquo;entreprise est un signe encourageant. Il atteste d&amp;rsquo;une part de la vigueur et de la solidit&#233; des travaux des sp&#233;cialistes d&amp;rsquo;histoire contemporaine, et au-del&#224;, de leur &#233;cho dans le public ; il manifeste d&amp;rsquo;autre part que le r&#233;el n&amp;rsquo;a pas encore tout &#224; fait abdiqu&#233;. Les faits, les petits faits sont t&#234;tus. Sarkozy l&amp;rsquo;aura appris &#224; ses d&#233;pens.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Menaces sur l&amp;rsquo;imaginaire&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, &#233;crit Christian Salmon, l&amp;rsquo;art du r&#233;cit qui, depuis les origines, raconte en l&amp;rsquo;&#233;clairant l&amp;rsquo;exp&#233;rience de l&amp;rsquo;humanit&#233;, est-il devenu &#224; l&amp;rsquo;enseigne du storytelling l&amp;rsquo;instrument du mensonge d&amp;rsquo;&#201;tat et du contr&#244;le des opinions : derri&#232;re les marques et les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, mais aussi dans l&amp;rsquo;ombre des campagnes &#233;lectorales victorieuses, de Bush &#224; Sarkozy, et des op&#233;rations militaires en Irak ou ailleurs, se cachent les techniciens appliqu&#233;s du storytelling. L&amp;rsquo;empire a confisqu&#233; le r&#233;cit. C&amp;rsquo;est cet incroyable hold-up sur l&amp;rsquo;imaginaire que raconte ce livre.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une note d&amp;rsquo;espoir cependant appara&#238;t dans l&amp;rsquo;analyse de Salmon. Paradoxalement, elle vient de la litt&#233;rature et du cin&#233;ma ! Les &#233;crivains et les cin&#233;astes qui n&amp;rsquo;ont pas renonc&#233; &#224; l&amp;rsquo;&#233;thique qui commande leur activit&#233; sont en r&#233;alit&#233; aux avant postes pour d&#233;noncer ces manipulations. Salmon cite un &#233;crivain am&#233;ricain, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Don DeLillo&lt;/em&gt; qui d&#233;crit dans ses romans &#171; un univers am&#233;ricain satur&#233; de fiction &#187; (il aurait pu &#233;galement &#233;voquer les romans et nouvelles de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Philip K. Dick)&lt;/em&gt; et dont l&amp;rsquo;oeuvre fonctionne comme une contre-narration qui met en &#233;chec cet univers bidon. Enfin, en terminant son livre, il laisse la parole au cin&#233;aste danois Lars von Trier qui dans un manifeste paru en 2000 assigne au cin&#233;ma le projet de &#171; d&#233;focaliser &#187; ; &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;l&amp;rsquo;ennemi&lt;/em&gt;, affirme gaillardement le cin&#233;aste, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;histoire...&lt;/em&gt; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le d&#233;fi ultime du futur, c&amp;rsquo;est de voir sans regarder : d&#233;focaliser ! Dans un monde o&#249; les m&#233;dias se prosternent devant l&amp;rsquo;autel de la nettet&#233;, et ce faisant vide la vie de toute vie, le d&#233;focalisateur sera le communicateur de notre &#233;poque - ni plus, ni moins !&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh9&quot; name=&quot;nh9&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nb9&quot; title=&quot;[9] cit&#233; par C. Salmon, op. cit&#233; p. 213&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] &#187; Un manifeste qui r&#233;sonne comme un hommage aux analyses de Guy Debord. Celui-ci, dans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle,&lt;/em&gt; n&amp;rsquo;avait-il pas d&#233;crit par avance ces ph&#233;nom&#232;nes et d&#233;mont&#233; leurs ressorts ? &#171; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le spectacle est l&amp;rsquo;effacement des limites du moi et du monde ...le besoin anormal de repr&#233;sentation compense un sentiment torturant d&amp;rsquo;&#234;tre en marge de l&amp;rsquo;existence.&lt;/em&gt; &#187; (&#167; 219)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ajoutera donc pour terminer que &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;la fin du spectacle&lt;/em&gt; co&#239;ncidera aussi avec une r&#233;habilitation de la politique, le jour o&#249; les gens, en ayant assez d&amp;rsquo;&#234;tre en marge de l&amp;rsquo;existence, d&#233;cideront enfin de prendre leur destin en main.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb1&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh1&quot; title=&quot;Notes 1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Samuel Blumenfeld, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Un vote pour une image plut&#244;t que pour un candidat&lt;/em&gt;, Le Monde, 09/10/2003&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb2&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh2&quot; title=&quot;Notes 2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] On peut visionner ce clip &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=LWA052-Bl48&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#224; cette adresse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb3&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh3&quot; title=&quot;Notes 3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Christian Salmon, op. cit&#233;, p.116&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb4&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh4&quot; title=&quot;Notes 4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] cf. &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;John et Jane&lt;/em&gt;, film d&amp;rsquo;Ahluwalia, et son &#233;vocation par C. Salmon, op. cit&#233;, p. 78&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb5&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh5&quot; title=&quot;Notes 5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] synopsis de C. Salmon, op. cit&#233;, pp.18-19&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb6&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh6&quot; title=&quot;Notes 6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] C. Salmon, op. cit&#233; p. 204&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb7&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh7&quot; title=&quot;Notes 7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] C. Salmon, op. cit&#233; p. 200&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb8&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh8&quot; title=&quot;Notes 8&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Nous renvoyons les lecteurs &#224; nos deux articles pour le d&#233;tail de cette affaire : &lt;a href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article923&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Affaire Guy M&#244;quet : usages et m&#233;susages de la m&#233;moire&lt;/a&gt; ainsi que : &lt;a href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article929&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Affaire Guy M&#244;quet : un &#233;chec id&#233;ologique pour Sarkozy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb9&quot; href=&quot;http://www.agitateur.org/spip.php?article943#nh9&quot; title=&quot;Notes 9&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] cit&#233; par C. Salmon, op. cit&#233; p. 213&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;!&#8212; corps_texte &#8212;&gt; &lt;!&#8212; finde_surligneconditionnel &#8212;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt; &lt;/h2&gt; &lt;!&#8212; debut_surligneconditionnel &#8212;&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;R&#233;f&#233;rences : Christian Salmon, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Storytelling, la machine &#224; fabriquer des histoires et &#224; formater les esprits&lt;/strong&gt;, Editions La D&#233;couverte, Cahiers Libres, octobre 2007, 239 pages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot; align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Emergence des &#171; m&#233;dias de masse individuels &#187;</title>
		<link>http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article1051</link>
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		<dc:date>2008-04-07T14:59:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuel Castells</dc:creator>

<category domain="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97">Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent</category>

		<dc:subject>Expertise</dc:subject>

		<description>Il y a plus d'un milliard d'utilisateurs d'Internet, et pr&#232;s de deux milliards d'abonn&#233;s au t&#233;l&#233;phone mobile. Les deux tiers des habitants de la plan&#232;te peuvent communiquer gr&#226;ce &#224; un portable, m&#234;me dans les endroits o&#249; il n'y a pas d'&#233;lectricit&#233;. Il s'est ainsi constitu&#233; une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, re&#231;ue et ressentie individuellement.
&lt;br /&gt;L'auteur, Manuel Castells, est professeur de communication, titulaire de la chaire Wallis Annenberg de communication, technologie et soci&#233;t&#233;, &#224; l'Annenberg School for Communication, universit&#233; de Californie du Sud, Los Angeles, Etats-Unis, et directeur du Projecte Internet Catalunya &#224; l'universit&#233; Oberta de Catalogne, Barcelone, Espagne. Auteur, entre autres, de L'Ere de l'information (3 vol.), Fayard, Paris, 1999.
&lt;br /&gt;Article initialement publi&#233; dans le Monde Diplomatique (08/2006)

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&lt;a href="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97" rel="directory"&gt;Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Expertise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.dossiersdunet.com/IMG/arton1051.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;75&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;crayon article-texte-13744&quot;&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;information et la communication ont toujours &#233;t&#233; des vecteurs de pouvoirs dominants, de pouvoirs alternatifs, de r&#233;sistances et de changements sociaux. L&amp;rsquo;emprise sur l&amp;rsquo;esprit des gens &#8211; que la communication favorise &#8211; est un enjeu fondamental. C&amp;rsquo;est seulement en fa&#231;onnant la pens&#233;e des peuples que les pouvoirs se constituent en soci&#233;t&#233;s et que les soci&#233;t&#233;s &#233;voluent, changent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;pression physique ou mentale est certes une dimension importante du pouvoir dominant, mais, si un peuple modifie radicalement sa vision des choses, s&amp;rsquo;il pense autrement et par lui-m&#234;me, il n&amp;rsquo;est pas de pouvoir qui puisse s&amp;rsquo;y opposer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Torturer un corps est bien moins efficace que fa&#231;onner un esprit. Voil&#224; pourquoi la communication est la pierre de touche de la puissance. La pens&#233;e collective (qui n&amp;rsquo;est pas la somme des pens&#233;es individuelles en interaction, mais une pens&#233;e qui absorbe et diffuse tout dans l&amp;rsquo;ensemble de la soci&#233;t&#233;) s&amp;rsquo;&#233;labore dans le champ de la communication. En effet, c&amp;rsquo;est de ce dernier champ que viennent les images, les informations, les opinions, et c&amp;rsquo;est par le biais de m&#233;canismes communicationnels que l&amp;rsquo;exp&#233;rience est diffus&#233;e et transmise &#224; un niveau collectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cela s&amp;rsquo;applique avec plus de force &#224; nos soci&#233;t&#233;s, que les r&#233;seaux de communication traversent &#224; tous les niveaux, du global au local et du local au global. En cons&#233;quence, les relations au pouvoir dominant, &#233;l&#233;ment constituant de toute soci&#233;t&#233; et d&#233;terminant ses &#233;volutions, sont de plus en plus &#233;labor&#233;es dans la sph&#232;re de la communication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la soci&#233;t&#233; contemporaine, la politique rev&#234;t imm&#233;diatement une dimension m&#233;diatique. La mati&#232;re du syst&#232;me politique et m&#234;me les d&#233;cisions qui en &#233;manent constituent une sc&#232;ne pour les m&#233;dias, qui cherchent &#224; obtenir le soutien des citoyens ou, au moins, &#224; att&#233;nuer leur hostilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne signifie pas que le pouvoir se trouve inconditionnellement aux mains des m&#233;dias, ni que le public se d&#233;termine en fonction de ce que ceux-ci leur sugg&#232;rent. Les recherches en communication ont montr&#233; depuis longtemps &#224; quel point le public est &lt;em&gt;actif&lt;/em&gt; et non passif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, les m&#233;dias ont, en interne, des syst&#232;mes de contr&#244;le de leur capacit&#233; &#224; influencer le public. Ils sont avant tout des entreprises soumises &#224; des imp&#233;ratifs de rentabilit&#233;, et doivent faire de l&amp;rsquo;audience ou &#233;tendre leur diffusion. Ils sont en g&#233;n&#233;ral diversifi&#233;s, comp&#233;titifs, et doivent rester aussi cr&#233;dibles que leurs concurrents. Ils s&amp;rsquo;imposent souvent d&amp;rsquo;autres contraintes, en termes d&amp;rsquo;&#233;thique professionnelle ou journalistique (m&#233;diateurs, comit&#233;s d&amp;rsquo;&#233;thique, etc.). Un m&#233;dia n&amp;rsquo;est donc pas simplement vou&#233; &#224; la torsion ou &#224; la manipulation de l&amp;rsquo;information.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous faut cependant centrer notre attention sur deux tendances. D&amp;rsquo;une part, le journalisme militant, engag&#233;, le m&#233;dia comme outil id&#233;ologique. Longtemps, cela fut consid&#233;r&#233; comme un handicap faisant perdre au m&#233;dia ses qualit&#233;s d&amp;rsquo;&#171; objectivit&#233; &#187;, et donc ses acheteurs. Ainsi, les journaux qui se pr&#233;sentent comme &#171; organes de parti &#187; ont pratiquement tous disparu ou connaissent de graves crises de diffusion. Mais les choses paraissent avoir chang&#233; ; le militantisme ou l&amp;rsquo;engagement id&#233;ologique peut devenir un mod&#232;le fort rentable. Par exemple, Fox News, l&amp;rsquo;une des principales cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision des Etats-Unis (filiale de News Corp qui appartient &#224; M. Rupert Murdoch), a conquis une part importante de l&amp;rsquo;audience conservatrice am&#233;ricaine en soutenant sans le moindre souci d&amp;rsquo;objectivit&#233; les th&#232;ses des n&#233;oconservateurs favorables &#224; l&amp;rsquo;invasion de l&amp;rsquo;Irak en 2003.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La seconde tendance, observable aujourd&amp;rsquo;hui, r&#233;side dans la perte d&amp;rsquo;autonomie des journalistes professionnels par rapport &#224; leurs employeurs. C&amp;rsquo;est l&#224; que se joue une grande part du jeu complexe des manipulations m&#233;diatiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une &#233;tude a tent&#233; d&amp;rsquo;expliquer que, &#224; la mi-2004, 40 % des Am&#233;ricains (&lt;a id=&quot;nh1&quot; rel=&quot;footnote&quot; name=&quot;nh1&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nb1&quot; title=&quot;(1) NDLR. Selon une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par l&amp;#39;universit&#233; du Maryland en octobre (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) croyaient encore que M. Saddam Hussein et Al-Qaida travaillaient main dans la main et qu&amp;rsquo;il y avait des armes de destruction massive en Irak. Et cela, un an apr&#232;s que toutes les preuves du contraire ont &#233;t&#233; d&#233;taill&#233;es. Cette &#233;tude a mis en lumi&#232;re les connexions entre la machine de propagande de l&amp;rsquo;administration Bush et les productions du syst&#232;me m&#233;diatique. Et d&#233;montr&#233; que certaines manipulations interviennent sans qu&amp;rsquo;il y ait eu censure ou ordre direct de travestissement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ceci ne constitue pourtant que la part visible de l&amp;rsquo;iceberg. Car l&amp;rsquo;influence la plus d&#233;terminante que les m&#233;dias exercent sur la politique ne proc&#232;de pas de ce qui est publi&#233;, mais &lt;em&gt;de ce qui ne l&amp;rsquo;est pas&lt;/em&gt;. De ce qui est occult&#233;, pass&#233; sous silence. L&amp;rsquo;activit&#233; m&#233;diatique repose sur une dichotomie : seul existe dans l&amp;rsquo;esprit du public ce qui existe &#224; travers les m&#233;dias. Leur puissance fondamentale r&#233;side alors dans leur facult&#233; d&amp;rsquo;occulter, de masquer, de vouer &#224; l&amp;rsquo;inexistence publique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La n&#233;cessit&#233; d&amp;rsquo;exister m&#233;diatiquement pour exister politiquement induit une relation organique au langage m&#233;diatique, que l&amp;rsquo;on trouve aussi bien &#224; la t&#233;l&#233;vision qu&amp;rsquo;&#224; la radio, dans la presse &#233;crite ou sur Internet. Les m&#233;dias utilisent un sabir sp&#233;cifique, certes pas un dialecte autonome, mais quelque chose du genre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le message m&#233;diatique le plus simple et le plus puissant est l&amp;rsquo;image. Et le message imag&#233; le plus simple reste le visage. Il y a un lien organique entre la m&#233;diatisation de la politique, la personnalisation des m&#233;dias et la personnalisation de la politique. Lorsque l&amp;rsquo;on bascule dans une vie politique bas&#233;e sur les querelles de personnes et d&amp;rsquo;images et sur les manipulations m&#233;diatiques, les programmes perdent leur importance puisque personne ne s&amp;rsquo;y r&#233;f&#232;re et que les citoyens ne leur accordent plus d&amp;rsquo;attention (probablement avec raison d&amp;rsquo;ailleurs).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le triomphe de la politique &#171; personnalis&#233;e &#187; implique que la forme la plus convaincante de combat id&#233;ologique soit l&amp;rsquo;attaque contre la personne qui incarne un message. La diffamation et la rumeur deviennent l&amp;rsquo;art dominant en politique : un message n&#233;gatif est cinq fois plus efficace qu&amp;rsquo;un message positif. Tous les partis s&amp;rsquo;engagent dans cette br&#232;che, manipulent ou fabriquent les informations. Et cela sans initiative des m&#233;dias. C&amp;rsquo;est plut&#244;t l&amp;rsquo;affaire d&amp;rsquo;interm&#233;diaires, de bo&#238;tes sp&#233;cialis&#233;es, d&amp;rsquo;&#171; officines &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en r&#233;sulte une connexion directe entre la m&#233;diatisation de la politique, sa personnalisation et la diffamation ou la pratique du scandale politique dont la g&#233;n&#233;ralisation a d&#233;bouch&#233;, ces quinze derni&#232;res ann&#233;es, sur des assassinats d&amp;rsquo;&#233;lus, des crises de gouvernement, voire de r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela nous ram&#232;ne &#224; la crise actuelle, profonde, de la l&#233;gitimit&#233; politique &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle mondiale. Car il y a un lien &#233;vident et fort, m&#234;me s&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;est pas exclusif, entre la pratique du scandale, la m&#233;diatisation exacerb&#233;e de la sc&#232;ne publique et le manque de confiance des citoyens dans le syst&#232;me. Cette d&#233;fiance a trouv&#233; son illustration dans un sondage r&#233;alis&#233; par les services de l&amp;rsquo;Organisation des Nations unies (ONU), selon lequel les deux tiers des habitants de la plan&#232;te ne s&amp;rsquo;estiment pas repr&#233;sent&#233;s par leurs gouvernants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C&amp;rsquo;est donc bien d&amp;rsquo;une crise de l&#233;gitimit&#233; qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit. Mais, alors que le monde dit ne plus faire confiance aux gouvernements, aux responsables politiques et aux partis, une majorit&#233; de la population persiste n&#233;anmoins &#224; croire qu&amp;rsquo;elle peut influencer ceux qui parlent en son nom. Elle estime aussi pouvoir agir sur le monde, &#224; travers sa volont&#233; et ses moyens propres. Elle est peut-&#234;tre en train d&amp;rsquo;introduire, dans la sph&#232;re de la communication, les d&#233;veloppements extraordinaires de ce que j&amp;rsquo;appelle la &lt;em&gt;Mass Self Communication&lt;/em&gt; (la communication de masse individuelle).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Techniquement, cette communication de masse individuelle participe d&amp;rsquo;Internet, mais aussi du d&#233;veloppement des t&#233;l&#233;phones portables. Il y aurait &#224; ce jour plus d&amp;rsquo;un milliard d&amp;rsquo;utilisateurs de la Toile et pr&#232;s de deux milliards d&amp;rsquo;abonn&#233;s au t&#233;l&#233;phone mobile. Les deux tiers des habitants de la plan&#232;te peuvent communiquer gr&#226;ce &#224; un portable, y compris l&#224; o&#249; il n&amp;rsquo;y a ni &#233;lectricit&#233; ni lignes de t&#233;l&#233;phone fixe. En tr&#232;s peu de temps, les nouvelles formes de communication ont explos&#233;. Les gens ont d&#233;velopp&#233; leurs propres syst&#232;mes : SMS, blogs, skype... Le peer-to-peer (en fran&#231;ais, &#171; poste &#224; poste &#187;) ou P2P (&lt;a id=&quot;nh2&quot; rel=&quot;footnote&quot; name=&quot;nh2&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nb2&quot; title=&quot;(2) NDLR. P2P d&#233;signe un mod&#232;le de r&#233;seau informatique o&#249; les &#233;l&#233;ments (les (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) rend possible le transfert de n&amp;rsquo;importe quelle donn&#233;e num&#233;ris&#233;e. En mai 2006, il y avait trente-sept millions de blogs (pour vingt-six millions en janvier). En moyenne, un blog est cr&#233;&#233; chaque seconde dans le monde, soit plus de trente millions par an... Trois mois apr&#232;s l&amp;rsquo;avoir ouvert, 55 % des blogueurs alimentent encore leur blog. Le nombre de blogueurs est soixante fois plus important qu&amp;rsquo;il y six ans. Et il double tous les six mois...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors que l&amp;rsquo;anglais &#233;tait au d&#233;part la langue dominante sur Internet, il compte aujourd&amp;rsquo;hui pour moins d&amp;rsquo;un tiers des sites. Le chinois s&amp;rsquo;est ensuite impos&#233;, suivi par le japonais, l&amp;rsquo;espagnol, le russe, le fran&#231;ais, le portugais et le cor&#233;en... Ce qui importe ici n&amp;rsquo;est pas tant l&amp;rsquo;existence de tous ces blogs que les liens qui existent entre eux, et ceux qu&amp;rsquo;ils nouent et entretiennent avec la totalit&#233; des interfaces communicationnelles (ce que permet la technologie RSS (&lt;a id=&quot;nh3&quot; rel=&quot;footnote&quot; name=&quot;nh3&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nb3&quot; title=&quot;(3) NDLR. Un flux RSS ou fil RSS (RSS feed, en anglais), sigle de Really (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne constitue ainsi une nouvelle forme sociale de communication certes massive, mais pourtant produite, re&#231;ue et ressentie individuellement. Partout dans le monde, elle a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e par les mouvements sociaux. Mais ils ne sont en aucun cas les seuls &#224; utiliser ce nouvel outil de mobilisation et d&amp;rsquo;organisation. A leur tour, les m&#233;dias traditionnels tentent de s&amp;rsquo;arrimer &#224; ce mouvement, et, en utilisant leur puissance commerciale et m&#233;diatique, ils sont en train de cr&#233;er un maximum de blogs possible autour d&amp;rsquo;eux. Il n&amp;rsquo;en reste pas moins que, &#224; travers la communication de masse individuelle, les mouvements sociaux comme les individus en r&#233;bellion sont en mesure d&amp;rsquo;agir sur les grands m&#233;dias, de contr&#244;ler les informations, de les d&#233;mentir le cas &#233;ch&#233;ant, ou m&#234;me d&amp;rsquo;en produire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le mouvement altermondialiste contre le capitalisme global, dans toute sa diversit&#233;, utilise depuis plusieurs ann&#233;es Internet et toutes les ressources de la communication non seulement comme instrument organisationnel mais encore comme lieu de d&#233;bats et d&amp;rsquo;interventions. Il a aussi d&#233;velopp&#233; par ce biais une capacit&#233; d&amp;rsquo;influence sur les m&#233;dias dominants, en passant par Indymedia ou une s&#233;rie d&amp;rsquo;autres r&#233;seaux associatifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La constitution de r&#233;seaux autonomes de communication touche aussi les m&#233;dias plus traditionnels. Les t&#233;l&#233;visions de rue ou les radios comme Orfeo TV &#224; Bologne, Zalea TV &#224; Paris, Occupen las Ondas &#224; Barcelone, TV Piquetera &#224; Buenos Aires, ainsi qu&amp;rsquo;une multitude de m&#233;dias alternatifs, reli&#233;s en r&#233;seaux, forment un v&#233;ritable nouveau syst&#232;me d&amp;rsquo;information.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me l&amp;rsquo;ex-vice-pr&#233;sident des Etats-Unis, M. Albert Gore, s&amp;rsquo;y est mis, montant son propre r&#233;seau de t&#233;l&#233;vision, dont le contenu &#224; ce jour est aliment&#233; &#224; 40 % par les t&#233;l&#233;spectateurs. Les campagnes pr&#233;sidentielles ont &#233;galement subi l&amp;rsquo;influence de ce nouveau m&#233;dia. Ainsi, en 2003-2004, la candidature de M. Howard Dean ne prit son envol que gr&#226;ce &#224; sa capacit&#233; de mobilisation par Internet (&lt;a id=&quot;nh4&quot; rel=&quot;footnote&quot; name=&quot;nh4&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nb4&quot; title=&quot;(4) NDLR. Donn&#233; favori dans la course &#224; l&amp;#39;investiture du Parti d&#233;mocrate en (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vient ensuite la &#171; mobilisation politique instantan&#233;e &#187; par t&#233;l&#233;phone portable, devenue depuis deux ans un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;cisif (&lt;a id=&quot;nh5&quot; rel=&quot;footnote&quot; name=&quot;nh5&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nb5&quot; title=&quot;(5) Manuel Castells, Jack Linchuan Qui, Mireia Fern&#225;ndez-Ard&#232;vol et Araba (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;). Cette lame de fond mobilisatrice, appuy&#233;e par des r&#233;seaux de communications entre portables, a eu des effets remarquables en Cor&#233;e du Sud, aux Philippines, en Ukraine, en Tha&#239;lande, au N&#233;pal, en Equateur, en France... Parfois avec un effet imm&#233;diat, comme, en avril dernier en Tha&#239;lande, la destitution du premier ministre Thaksin Shinawatra par le roi Bhumibol Adulyadej. Ou, en Espagne, lors de la d&#233;faite aux &#233;lections l&#233;gislatives de mars 2004 du Parti populaire de M. Jos&#233; Maria Aznar. Soup&#231;onnant une manipulation de l&amp;rsquo;information par les autorit&#233;s, alors soucieuses d&amp;rsquo;imputer la responsabilit&#233; des attentats de Madrid &#224; l&amp;rsquo;ETA, une infinit&#233; de messages circula par t&#233;l&#233;phones portables et permit l&amp;rsquo;organisation d&amp;rsquo;une immense manifestation de protestation un jour o&#249;, th&#233;oriquement, sous l&amp;rsquo;effet du choc et du deuil, il semblait impossible d&amp;rsquo;exprimer quoi que ce soit de politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne signifie pas qu&amp;rsquo;il y ait, d&amp;rsquo;un c&#244;t&#233; les m&#233;dias assimil&#233;s au pouvoir et, de l&amp;rsquo;autre, les m&#233;dias de masse individuels, associ&#233;s aux mouvements sociaux. Chacun op&#232;re sur la double plate-forme technologique. Mais l&amp;rsquo;existence et le d&#233;veloppement des r&#233;seaux &#233;lectroniques offrent &#224; la soci&#233;t&#233; une plus grande facult&#233; de contr&#244;le, d&amp;rsquo;intervention. Et une capacit&#233; sup&#233;rieure d&amp;rsquo;organisation politique &#224; ceux qui se tiennent en dehors du syst&#232;me traditionnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors que la d&#233;mocratie formelle et guind&#233;e est fondamentalement en crise, que les citoyens ne croient plus dans leurs institutions d&#233;mocratiques, ce qui se d&#233;roule sous nos yeux avec cette explosion des communications de masse individuelles ressemble &#224; la reconstruction de nouvelles formes politiques. Il est encore malais&#233; de dire o&#249; elles aboutiront.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais on peut &#234;tre certain d&amp;rsquo;une chose : le sort de la bataille se jouera dans le champ de la communication et tiendra compte de la diversit&#233; nouvelle des moyens technologiques. En d&#233;finitive, cette bataille est la plus ancienne de l&amp;rsquo;histoire humaine. Depuis toujours, elle a pour enjeu la lib&#233;ration de nos esprits.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em&gt;(Ce texte, relu et corrig&#233; par l&amp;rsquo;auteur, est tir&#233; de son intervention au s&#233;minaire &#171; Les m&#233;dias entre les citoyens et le pouvoir &#187;, organis&#233; par le World Political Forum et la province de Venise &#224; San Servolo, Italie, les 23 et 24 juin 2006.)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a rev=&quot;footnote&quot; name=&quot;nb1&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nh1&quot; title=&quot;Notes 1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;(1&lt;/a&gt;) NDLR. Selon une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par l&amp;rsquo;universit&#233; du Maryland en octobre 2003, 60 % des Am&#233;ricains &#8211; et 80 % de ceux qui regardaient Fox News &#8211; croyaient au moins une de ces trois contrev&#233;rit&#233;s : 1. On a d&#233;couvert des armes de destruction massive en Irak ; 2. Il existe des preuves d&amp;rsquo;une alliance entre l&amp;rsquo;Irak et Al-Qaida ; 3. L&amp;rsquo;opinion publique mondiale soutient l&amp;rsquo;intervention militaire am&#233;ricaine en Irak. Lire Eric Klinenberg, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/KLINENBERG/11103&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Contestation de l&amp;rsquo;ordre m&#233;diatique am&#233;ricain&lt;/a&gt; &#187;, &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;, avril 2004.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;a rev=&quot;footnote&quot; name=&quot;nb2&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nh2&quot; title=&quot;Notes 2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) NDLR. P2P d&#233;signe un mod&#232;le de r&#233;seau informatique o&#249; les &#233;l&#233;ments (les &lt;em&gt;n&#339;uds&lt;/em&gt;) ne jouent pas exclusivement les r&#244;les de client ou de serveur mais fonctionnent des deux fa&#231;ons, en &#233;tant &#224; la fois clients et serveurs des autres n&#339;uds de ces r&#233;seaux, contrairement aux syst&#232;mes de type client-serveur, au sens habituel du terme. &lt;em&gt;Cf.&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/P2p&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://fr.wikipedia.org/w iki/P2p&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;a rev=&quot;footnote&quot; name=&quot;nb3&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nh3&quot; title=&quot;Notes 3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) NDLR. Un flux RSS ou fil RSS (&lt;em&gt;RSS feed,&lt;/em&gt; en anglais), sigle de Really Simple Syndication (syndication vraiment simple), ou de Rich Site Summary (sommaire d&amp;rsquo;un site enrichi) est un format de syndication de contenu Web. Ce syst&#232;me permet de diffuser les nouvelles des sites d&amp;rsquo;information ou des blogs, ce qui permet de rapidement consulter ces derni&#232;res sans visiter les sites. &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Rich_Site_Summary&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://fr.wikipedia.org/w iki/Rich_S...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;a rev=&quot;footnote&quot; name=&quot;nb4&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nh4&quot; title=&quot;Notes 4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) NDLR. Donn&#233; favori dans la course &#224; l&amp;rsquo;investiture du Parti d&#233;mocrate en 2004, M. Dean a finalement &#233;t&#233; battu par M. John Kerry.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&lt;a rev=&quot;footnote&quot; name=&quot;nb5&quot; href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/CASTELLS/13744#nh5&quot; title=&quot;Notes 5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) Manuel Castells, Jack Linchuan Qui, Mireia Fern&#225;ndez-Ard&#232;vol et Araba Sey, &lt;em&gt;Mobile Communication and Society. A Global Perspective&lt;/em&gt;, MIT Press, Boston, 2006, 392 pages, 25,01 euros.&lt;/p&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Qui obtient quoi, quand, et comment ?</title>
		<link>http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article1052</link>
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		<dc:date>2008-04-07T14:59:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Verdier</dc:creator>

<category domain="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97">Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent</category>

		<dc:subject>Point de vue</dc:subject>

		<description>Une synth&#232;se claire sur la sociologie de l'action publique. Un peu pointu mais passionnant pour ceux qui veulent d&#233;couvrir les rouages du spectacle politique.
&lt;br /&gt;Article initialement publi&#233; par Nonfiction (11/01/2008)

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&lt;a href="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97" rel="directory"&gt;Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Point de vue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.dossiersdunet.com/IMG/arton1052.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;75&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La politique se r&#233;sume souvent, pour les m&#233;dias, les citoyens et m&#234;me certains militants, &#224; une &#233;pop&#233;e th&#233;&#226;trale. Affrontements id&#233;ologiques, aventures personnelles de &quot;grands hommes&quot;, d&#233;cisions courageuses. Parall&#232;lement, nous sollicitons tous, au quotidien, aux services de nombreuses formes d&amp;rsquo;action publiques : administrations, politiques de sant&#233;, &#233;ducation, justice&amp;hellip; mais il n&amp;rsquo;est pas toujours facile de faire le lien entre les deux&amp;hellip;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce clivage s&amp;rsquo;est probablement accentu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es avec les progr&#232;s de la communication politique, du &quot;&lt;a href=&quot;http://www.nonfiction.fr/article-308-une_storytelling_a_la_francaise.htm&quot;&gt;storytelling&lt;/a&gt;&quot; et avec peopolisation de la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cevipof.msh-paris.fr/chercheurs/chercheurs_fiches/lascoumes.html&quot;&gt;Pierre Lascoumes&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;javascript:// Montrer la note&quot; title=&quot;Cliquez pour en savoir plus...&quot; class=&quot;overlaycall&quot; onclick=&quot;return overlay(this, &amp;#39;overlayblock_1&amp;#39;, &amp;#39;bottom&amp;#39;)&quot;&gt; &lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.cevipof.msh-paris.fr/chercheurs/chercheurs_fiches/legales.html&quot;&gt;Patrick Le Gal&#232;s&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;javascript:// Montrer la note&quot; title=&quot;Cliquez pour en savoir plus...&quot; class=&quot;overlaycall&quot; onclick=&quot;return overlay(this, &amp;#39;overlayblock_2&amp;#39;, &amp;#39;bottom&amp;#39;)&quot;&gt; &lt;/a&gt;, tous deux directeurs de recherche au CNRS&lt;a href=&quot;javascript:// Montrer la note&quot; title=&quot;Cliquez pour en savoir plus...&quot; class=&quot;overlaycall&quot; onclick=&quot;return overlay(this, &amp;#39;overlayblock_3&amp;#39;, &amp;#39;bottom&amp;#39;)&quot;&gt; &lt;/a&gt;/ CEVIPOF&lt;a href=&quot;javascript:// Montrer la note&quot; title=&quot;Cliquez pour en savoir plus...&quot; class=&quot;overlaycall&quot; onclick=&quot;return overlay(this, &amp;#39;overlayblock_4&amp;#39;, &amp;#39;bottom&amp;#39;)&quot;&gt; &lt;/a&gt;, s&amp;rsquo;int&#233;ressent &#224; l&amp;rsquo;autre volet de l&amp;rsquo;action publique. Aux coulisses et aux m&#233;canismes, en quelque sorte, de ce th&#233;&#226;tre. &quot;Qu&amp;rsquo;est-ce qui se passe ?&quot;, &quot;Comment &#231;a marche ?&quot;, &quot;Pourquoi les acteurs prennent-ils ces positions ?&quot;, &quot;Recherchent-ils r&#233;ellement les effets qu&amp;rsquo;ils disent &#8211;ou qu&amp;rsquo;ils pensent &#8211; rechercher ?&quot;&amp;hellip; telles sont les questions d&amp;rsquo;un domaine de recherche dont le programme fut tr&#232;s simplement fix&#233; en 1936 par &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Harold_Dwight_Lasswell&quot;&gt;Harold Laswell&lt;/a&gt; : &quot;&lt;span style=&quot;font-style: italic&quot;&gt;Who get what, when and how &lt;/span&gt; ?&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui obtient quoi, quand, et comment ? Ce petit ouvrage, simple et &#233;l&#233;gant pr&#233;sente avec finesse les r&#233;sultats de ces soixante-dix ans de recherche.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Suivant la familiarit&#233; du lecteur avec ces travaux, c&amp;rsquo;est un livre &#224; double entr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold&quot;&gt;La d&#233;construction du spectacle politique&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le lecteur peu familier de cette mani&#232;re de se poser les probl&#232;mes pourra trouver dans ce travail une excellente introduction &#224; cette mani&#232;re d&amp;rsquo;aborder la sociologie politique. Mais il devra s&amp;rsquo;accrocher, car chaque page le contraindra &#224; rejeter des habitudes de pens&#233;e, des repr&#233;sentations spontan&#233;es et de fausses &#233;vidences.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour prendre un exemple &#233;voqu&#233; dans l&amp;rsquo;ouvrage, imaginons un sondage disant que la majorit&#233; des Fran&#231;ais approuve l&amp;rsquo;interdiction de fumer dans les lieux publics. Un discours m&#233;diatique commentera longuement les aspects psychologiques de la relation fumeurs/non fumeurs, saluera le courage des hommes politiques qui ont soutenu cette interdiction, interrogera &#233;ventuellement ses effets sur la sant&#233; publique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les questions, pour un Lascoumes ou un Le Gal&#232;s, seront toutes autres : Comment la question du tabac est-elle devenue un enjeu de sant&#233; publique ? Pourquoi a-t-elle pris un tour tellement diff&#233;rent de &#8211;par exemple &#8211; la question de l&amp;rsquo;alcool ? Quels concepts et quelles &#233;volutions ont permis qu&amp;rsquo;il soit jug&#233; l&#233;gitime que l&amp;rsquo;Etat intervienne en cette mati&#232;re ? Quels sont les int&#233;r&#234;ts pr&#233;serv&#233;s et quels sont ceux qui sont l&#233;s&#233;s ? Pourquoi a-t-on opt&#233; pour l&amp;rsquo;interdiction dans les lieux publics et non pas pour la taxation, voire l&amp;rsquo;interdiction, de la vente ? Quels sont les agents de l&amp;rsquo;Etat qui ont obtenu de prendre en charge cette question ? Quelles ont &#233;t&#233; leurs strat&#233;gies, leurs ressources, leurs alli&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la plupart des aspects qui impactent notre quotidien, ce petit ouvrage montre ainsi comment affiner le regard. Apprendre &#224; voir, derri&#232;re les grandes d&#233;clarations, le patient cheminement de la construction des probl&#232;mes, de leur inscription sur l&amp;rsquo;agenda, de la d&#233;signation des acteurs comp&#233;tents, des strat&#233;gies des diff&#233;rents acteurs, des diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts qui sont l&#233;gitim&#233;s ou sacrifi&#233;s, des multiples niveaux de strat&#233;gies des acteurs. A la fin de cette lecture, on ne parlera plus jamais d&amp;rsquo;une politique publique &quot;qui marche&quot; ou &quot;qui &#233;choue&quot;, mais on se demandera &quot;que font vraiment les acteurs ?&quot;, &quot;Qu&amp;rsquo;est-ce qu&amp;rsquo;ils produisent&quot;, &quot;Pourquoi est-ce que ca se stabilise de cette mani&#232;re ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne pr&#233;tend pas que l&amp;rsquo;ouvrage est facile : cette pens&#233;e est ardue. Il faut y entrer. Ce n&amp;rsquo;est pas &quot;&#233;vident&quot;, justement, puisque, comme toute science, elle prend l&amp;rsquo;opinion &#224; rebours et qu&amp;rsquo;ici l&amp;rsquo;opinion c&amp;rsquo;est le sens commun et une bonne partie de la soci&#233;t&#233; du spectacle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-weight: bold&quot;&gt;Un petit bijou de synth&#232;se et de p&#233;dagogie&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour les &#233;tudiants ou les chercheurs, en revanche, cette d&#233;prise et cette d&#233;construction sont &#8211; ou devraient &#234;tre &#8211; un pain quotidien. L&amp;rsquo;ouvrage de Pierre Lascoumes et Patrick Le Gal&#232;s ne sera pas leur chemin de Damas. Mais il leur r&#233;serve une autre bonne surprise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec une r&#233;elle &#233;l&#233;gance et une grande simplicit&#233;, on trouvera ici un petit abr&#233;g&#233; de sociologie de l&amp;rsquo;action publique, extr&#234;mement clair, articul&#233; en cinq grands chapitres : &lt;br /&gt;- la d&#233;finition de l&amp;rsquo;action publique (pas si facile dans un monde o&#249; l&amp;rsquo;Etat nation a consid&#233;rablement &#233;tendu ses pr&#233;rogatives, au risque de s&amp;rsquo;opposer &#224; des formes nouvelles et puissantes de contre-pouvoir qui l&amp;rsquo;obligent &#224; multiplier ses formes d&amp;rsquo;action, et o&#249; les niveaux de r&#233;gulation, du plus local au transnational, ne cessent de se multiplier),&lt;br /&gt;- l&amp;rsquo;analyse de la &quot;mise en &#339;uvre&quot;, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire des actions concr&#232;tes des acteurs, qui peut r&#233;v&#233;ler bien des surprises quant aux r&#233;elles motivations ou aux effets concrets ;&lt;br /&gt;- L&amp;rsquo;analyse de l&amp;rsquo;action de l&amp;rsquo;Etat, qui rompt d&#233;sormais avec les traditions respectueuses du droit et de la haute administration et mobilise des &quot;boucles &#233;tranges&quot;, des repr&#233;sentations et de nombreux ph&#233;nom&#232;nes sociaux ;&lt;br /&gt;- La construction des probl&#232;mes publics : l&amp;rsquo;&#233;mergence des probl&#232;mes et des solutions acceptables, la construction et l&amp;rsquo;affrontement des int&#233;r&#234;ts, la mise sur agenda, la d&#233;signation des autorit&#233;s l&#233;gitimes et comp&#233;tentes ;&lt;br /&gt;- Et enfin les institutions, normes et instruments, vues comme de patientes constructions et comme des ressources entre les mains des acteurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La force de l&amp;rsquo;ouvrage ne tient pas seulement &#224; la clart&#233; de cette pr&#233;sentation mais surtout au nombre d&amp;rsquo;auteurs, de travaux et de traditions sociologiques (y compris, il faut le saluer, venant de l&amp;rsquo;&#233;tranger) qui sont mobilis&#233;s, cit&#233;s, analys&#233;s et surtout articul&#233;s entre eux. Pour qui conna&#238;t un peu le secteur, voir ainsi toutes ces chapelles trouver une coh&#233;rence, se ranger sagement dans un discours d&amp;rsquo;explicitation des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, produire du sens, participer &#224; l&amp;rsquo;&#233;mergence d&amp;rsquo;un v&#233;ritable discours scientifique est un vrai plaisir. Et lire ceci sans jargon, sans pseudo-scientificit&#233;, sans argument d&amp;rsquo;autorit&#233; mais avec le simple d&#233;sir de comprendre et d&amp;rsquo;expliquer touche cette fois-ci au bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(article publi&#233; sous licence Creative Commons) &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Sarkozy et les m&#233;dias, les m&#233;dias face &#224; Sarkozy</title>
		<link>http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article1054</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article1054</guid>
		<dc:date>2008-04-07T14:59:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Rzepski </dc:creator>

<category domain="http://www.dossiersdunet.com/spip.php?rubrique97">Sarkozy, ou le coup d'Etat m&#233;diatique permanent</category>

		<dc:subject>Point de vue</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, ce qu'avec d'autres nous ne cessons de contester depuis plus de 10 ans, et qui nous a valu les remontrances outrag&#233;es des princes &#171; ind&#233;pendants &#187; du journalisme, des experts en feinte complexit&#233; et de quelques porte-voix du mouvement altermondialiste, serait devenu subitement vrai avec l'ascension de Nicolas Sarkozy et son accession &#224; la Pr&#233;sidence de la R&#233;publique : la d&#233;f&#233;rence de journalistes &#224; l'&#233;gard du pouvoir, les liens personnels des ces journalistes et des propri&#233;taires des m&#233;dias, les rapports complaisants qui se nouent au sein du microcosme des pr&#233;tendues &#171; &#233;lites &#187; menaceraient l'ind&#233;pendance de la presse. Pourtant ce n'est pas exactement ce que nous n'avons cess&#233; de dire...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment en effet ne pas trouver simplistes toutes ces soudaines prises de conscience qui attribuent les effets d' interd&#233;pendances structurelles aux seuls liens personnels qui ne sont que les r&#233;v&#233;lateurs et les porteurs de cette interd&#233;pendance ?
&lt;br /&gt;Article initialement publi&#233; sur Acrimed (04/06/2007)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.dossiersdunet.com/IMG/arton1054.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;75&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;article_texte&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s septembre 2006, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt; publiait &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/09/BENILDE/13928&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; M. Sarkozy d&#233;j&#224; couronn&#233; par les oligarques des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt; [&lt;a id=&quot;nh1&quot; name=&quot;nh1&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb1&quot; title=&quot;[1] Nous en avons publi&#233; des extraits ici m&#234;me.&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] de Marie B&#233;nilde. Les articles qui ont suivi se sont en g&#233;n&#233;ral born&#233;s &#224; le reprendre ou &#224; l&amp;rsquo;actualiser, mais en optant pour des explications qui font diversion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un sujet recycl&#233;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, on a pu lire, entre autres : &#171; Nicolas Sarkozy, vingt-cinq ans d&amp;rsquo;investissement dans les m&#233;dias &#187; dans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/em&gt; (le 19 f&#233;vrier 2007) ou, annonc&#233; en &#171; une &#187; des &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/em&gt; le 27 mars 2007, un article - &#171; Comment Sarkozy manipule les m&#233;dias &#187; - tr&#232;s inspir&#233; par celui du &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Monde diplomatique&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh2&quot; name=&quot;nh2&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb2&quot; title=&quot;[2] Lire ici m&#234;me : &#171; Les Inrockuptibles imitateurs &#171; branch&#233;s &#187; sur Le Monde (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]. Vous avez dit &#171; manipulation &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me des sommit&#233;s, qui d&amp;rsquo;ordinaire clament haut et fort leur ind&#233;pendance et se portent garants de celle des autres, se sont &#233;mues. Dans son &#233;ditorial du 4 mai 2007 appelant &#224; voter pour S&#233;gol&#232;ne Royal, Jean-Marie Colombani soulignait ainsi : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; la qualit&#233; de la relation que Nicolas Sarkozy entretient avec Martin Bouygues, Arnaud Lagard&#232;re ou Serge Dassault est la marque d&amp;rsquo;une puissance potentielle dans les m&#233;dias qui appelle une vigilance de tous les instants. &#187; &lt;/em&gt;Le 2 mai 2007, son homologue de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Lib&#233;ration&lt;/em&gt;, Laurent Joffrin, avait critiqu&#233; (lui aussi dans son &#233;ditorial) un candidat UMP &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; allergique &#224; trop de libert&#233; dans les m&#233;dias &#187;&lt;/em&gt;. Tout s&amp;rsquo;expliquerait donc par le r&#244;le d&amp;rsquo;un individu et par ses relations personnelles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Derni&#232;re en date de ces enqu&#234;tes qui recyclent ce qui est d&#233;sormais largement connu : &#171; Sarkozy tient-il les m&#233;dias ? &#187;. Sous ce titre, le 31 mai 2007, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;Express&lt;/em&gt; s&amp;rsquo;interroge en &#171; une &#187; et consacre un long article de 7 pages &#224; cette interrogation. &#192; une telle question qui attribue un pouvoir disproportionn&#233; au seul Nicolas Sarkozy, la r&#233;ponse ne peut &#234;tre que n&#233;gative tant qu&amp;rsquo;elle sert &#224; masquer les v&#233;ritables explications de l&amp;rsquo;influence ind&#233;niable dont dispose le nouveau Pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment expliquer ce soudain engouement pour des questions que l&amp;rsquo;on s&amp;rsquo;&#233;tait employ&#233; &#224; &#233;luder pendant des ann&#233;es ? Par un effet de mode ou de circulation circulaire de l&amp;rsquo;information ? Pas uniquement. Dans le cas de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;Express&lt;/em&gt;, un dossier mettant en &#233;vidence les relations de courtoisie entretenus par Nicolas Sarkozy avec certains propri&#233;taires de m&#233;dias fran&#231;ais est sans doute d&amp;rsquo;autant plus simple &#224; publier que l&amp;rsquo;hebdomadaire n&amp;rsquo;appartient plus &#224; Serge Dassault (proche du nouveau Pr&#233;sident et parlementaire UMP) mais au groupe belge Roularta [&lt;a id=&quot;nh3&quot; name=&quot;nh3&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb3&quot; title=&quot;[3] Lire ici m&#234;me L&amp;#39;actualit&#233; des m&#233;dias n&#176;51 (12 mai - 28 juin (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quels qu&amp;rsquo;en soient les raisons et les motifs [&lt;a id=&quot;nh4&quot; name=&quot;nh4&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb4&quot; title=&quot;[4] On peut aussi y voir la marque d&amp;#39;un positionnement &#233;ditorial sur le (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;], la &#171; une &#187; de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;Express&lt;/em&gt; intervient apr&#232;s une s&#233;rie de faits qui ont mis en &#233;vidence les liens du nouveau Pr&#233;sident de la R&#233;publique avec les oligarques des m&#233;dias, ses relations particuli&#232;res aux journalistes ou les pressions qui s&amp;rsquo;exerceraient &#224; son avantage sur telle ou telle r&#233;daction.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Une s&#233;rie &#233;difiante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le soir de son &#233;lection, Nicolas Sarkozy f&#234;te sa victoire au Fouquet&amp;rsquo;s avec la fine fleur du patronat m&#233;diatique (Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault, Alain Minc, Fran&#231;ois Pinault ou Albert Fr&#232;re, actionnaire de M6 [&lt;a id=&quot;nh5&quot; name=&quot;nh5&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb5&quot; title=&quot;[5] D&amp;#39;apr&#232;s L&amp;#39;Express du 31 mai 2007.&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]...) ; dans la semaine qui suit, il part se reposer sur le yacht de Vincent Bollor&#233; propri&#233;taire d&amp;rsquo;une t&#233;l&#233;vision et d&amp;rsquo;un journal gratuit [&lt;a id=&quot;nh6&quot; name=&quot;nh6&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb6&quot; title=&quot;[6] Lire ici m&#234;me &#171; Vincent Bollor&#233; &#224; l&amp;#39;assaut des m&#233;dias &#187;. Bollor&#233; a &#233;galement (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] ; il revient ensuite en France pour composer un gouvernement dont deux ministres sont mari&#233;s &#224; des journalistes vedettes de la t&#233;l&#233;vision publique ; le 13 mai, comme le r&#233;sume la Soci&#233;t&#233; des journalistes du &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;JDD&lt;/em&gt; dans une tribune parue la semaine suivante, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; un tr&#232;s court article r&#233;v&#233;lant que C&#233;cilia Sarkozy n&amp;rsquo;avait pas vot&#233; au second tour de l&amp;rsquo;&#233;lection pr&#233;sidentielle n&amp;rsquo;est pas paru dans &lt;/em&gt;Le Journal du Dimanche&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;. Suite &#224; une intervention du propri&#233;taire du &lt;/em&gt;JDD [Arnaud Lagard&#232;re]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;, qu&amp;rsquo;il nie, le directeur de la r&#233;daction a finalement d&#233;cid&#233; de ne pas publier cette information &#187; &lt;/em&gt; ; le 16 mai, Georges-Marc Benamou, &#233;ditorialiste &#224; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Nice-Matin&lt;/em&gt;, est nomm&#233; conseiller pour la culture et l&amp;rsquo;audiovisuel du nouveau chef de l&amp;rsquo;Etat ; au m&#234;me moment, Catherine P&#233;gard du &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Point&lt;/em&gt; est &#233;galement nomm&#233;e &#224; l&amp;rsquo;Elys&#233;e et Myriam L&#233;vy, qui a suivi la campagne de S&#233;gol&#232;ne Royal au &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Figaro&lt;/em&gt;, l&amp;rsquo;est &#224; Matignon ; en sens contraire, Laurent Solly, tr&#232;s proche conseiller, quitte l&amp;rsquo;&#233;quipe de Nicolas Sarkozy pour rejoindre le groupe Bouygues afin de prendre, &#224; terme, un poste &#224; la direction de TF1. Ce &#171; transfert &#187; est, de surcro&#238;t, annonc&#233; par un porte-parole de la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mise en s&#233;rie est &#233;loquente. Mais qui pourrait s&amp;rsquo;&#233;tonner - &#224; moins de vivre dans une improbable soci&#233;t&#233; sans rapports de pouvoir - que les m&#233;dias et les journalistes soient l&amp;rsquo;enjeu de luttes d&amp;rsquo;influence, de tentatives de pressions et de relations de connivence [&lt;a id=&quot;nh7&quot; name=&quot;nh7&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb7&quot; title=&quot;[7] Ainsi, quand, dans l&amp;#39;&#233;mission &#171; Questions d&amp;#39;info &#187; sur &#171; La Cha&#238;ne (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] ? La question est moins de savoir si elles existent que de comprendre ce qui les rend possible et ce qui les rend efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Des explications en trompe l&amp;rsquo;&#339;il.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La toute-puissance de Sarkozy lui-m&#234;me comme le sugg&#232;re tant de descriptions qui, sans &#234;tre infond&#233;es, s&amp;rsquo;en tiennent &#224; son comportement et &#224; ses liaisons amicales ? Ainsi de l&amp;rsquo;article de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;Express&lt;/em&gt;, enti&#232;rement focalis&#233; sur le personnage du Pr&#233;sident, sur ses rapports aux journalistes (&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; il y a aussi, chez &amp;lsquo;&amp;lsquo; Sarko &amp;rsquo;&amp;rsquo;, la volont&#233; permanente d&amp;rsquo;instaurer une relation complice avec les journalistes &#187; &lt;/em&gt; ; &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; s&amp;rsquo;il sature l&amp;rsquo;espace m&#233;diatique, c&amp;rsquo;est aussi, et d&amp;rsquo;abord, un formidable &amp;lsquo;&amp;lsquo; client &amp;rsquo;&amp;rsquo;&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a id=&quot;nh8&quot; name=&quot;nh8&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb8&quot; title=&quot;[8] Suffit-il, dans ces conditions, pour se convaincre de l&amp;#39;ind&#233;pendance des (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;]) ou sur &#224; ses relations personnelles avec certains oligarques &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;(&#171; Pour Serge Dassault, il r&#233;gla la succession de son p&#232;re, Marcel. Pour Arnaud Lagard&#232;re, il alla n&#233;gocier &#224; l&amp;rsquo;Elys&#233;e, en f&#233;vrier 2004, avec Jacques Chirac : le r&#232;glement de la succession de son p&#232;re, Jean-Luc, &#233;tait conditionn&#233; par la nomination de No&#235;l Forgeard &#224; la pr&#233;sidence d&amp;rsquo;EADS. Enfin, il fut l&amp;rsquo;un des conseils de Martin Bouygues lors du raid sur TF 1, en 1998, de... Vincent Bollor&#233; ! &#187;&lt;/em&gt;) ? Mais qu&amp;rsquo;est-ce qui nourrit de telles relations et les transforment en rapports d&amp;rsquo;influence ? Sans doute - il faudra y revenir - la conception que Sarkozy se fait de l&amp;rsquo;action politique en lui appliquant les formes de mise en sc&#232;ne import&#233;es de la t&#233;l&#233;vision avant de lui &#234;tre appliqu&#233;e n&amp;rsquo;est-elle pas sans effet [&lt;a id=&quot;nh9&quot; name=&quot;nh9&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb9&quot; title=&quot;[9] Pierre Musso, dans Berlusconi, le nouveau Prince (Ed. de l&amp;#39;Aube) propose (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;]. Mais encore ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Des convergences structurelles&lt;br /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les m&#233;dias et les journalistes qui travaillent dans ces m&#233;dias ne sont pas en apesanteur. Comme toutes les entreprises, comme tous les salari&#233;s, ils sont la proie et les acteurs de rapports de force politiques, &#233;conomiques, sociaux, voire culturels... Des connivences, des interventions ? Certes. Mais les connivences personnelles reposent sur des connivences structurelles et les interventions ne sont d&#233;terminantes que parce qu&amp;rsquo;elles d&#233;pendent de convergences d&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t, consubstantielles &#224; l&amp;rsquo;ordre m&#233;diatique existant. Reste donc &#224; comprendre l&amp;rsquo;efficacit&#233; des interventions et des pressions, autrement dit les effets de la convergence d&amp;rsquo;int&#233;r&#234;ts bien compris - cette connivence, voire cette alliance, politico-&#233;conomique - entre le courant de la droite qui vient de s&amp;rsquo;emparer du pouvoir et le capital qui d&#233;tient les entreprises m&#233;diatiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celles-ci sont, en effet, des propagandistes de la financiarisation et de la mondialisation capitalistes dont elles b&#233;n&#233;ficient ou dont elles cherchent &#224; tirer les b&#233;n&#233;fices [&lt;a id=&quot;nh10&quot; name=&quot;nh10&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb10&quot; title=&quot;[10] Sur ce probl&#232;me et sur les propositions qu&amp;#39;il peut inspirer &#224; Acrimed, (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;10&lt;/a&gt;]. Pour elles, le programme lib&#233;ral de Nicolas Sarkozy en fait l&amp;rsquo;homme de la situation. Il est le porte-parole de leurs int&#233;r&#234;ts. Elles sont le relais de ses projets. Rappelons qu&amp;rsquo;&#224; la fin de l&amp;rsquo;ann&#233;e 2000, la capitalisation cumul&#233;e en bourse de TF1, Canal + et M6 &#233;tait sup&#233;rieure &#224; celle des groupes automobiles fran&#231;ais [&lt;a id=&quot;nh11&quot; name=&quot;nh11&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb11&quot; title=&quot;[11] D&amp;#39;apr&#232;s Pierre Rimbert, intervention au FRAP, le 17 mai 2007. Par (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;11&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les vis&#233;es de Sarkozy pour le secteur des m&#233;dias&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette convergence r&#233;sulte, en partie, de la financiarisation de l&amp;rsquo;&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral et de celle du secteur des m&#233;dias en particulier. Une tendance qui favorise &#224; son tour la concentration. Mais, pour Nicolas Sarkozy, il n&amp;rsquo;y a pas de probl&#232;me de concentration en France. Sur France Inter, le 18 avril 2007, il d&#233;clare : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si vous regardez aujourd&amp;rsquo;hui la presse fran&#231;aise, dire qu&amp;rsquo;il y a une concentration entre quelques grands groupes c&amp;rsquo;est tout simplement le contraire de la v&#233;rit&#233;. Il y a un service public (...). Qui peut dire que ce service public n&amp;rsquo;est pas ind&#233;pendant ? Vous avez Bouygues qui est propri&#233;taire de TF1, Lagard&#232;re qui est propri&#233;taire de [inaudible], le groupe Pierson pour &lt;/em&gt;Les Echos&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;, Bernard Arnault pour &lt;/em&gt;La Tribune&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;, la totalit&#233; de la presse quotidienne r&#233;gionale qui appartient &#224; d&amp;rsquo;autres familles que ceux-ci... &#187; &lt;/em&gt;Le secteur des m&#233;dias ne serait donc pas excessivement concentr&#233;. En revanche, les entreprises de presse &#233;crite seraient peut-&#234;tre insuffisamment financiaris&#233;es : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; le probl&#232;me (...) de la presse aujourd&amp;rsquo;hui, c&amp;rsquo;est absolument pas un probl&#232;me de concentration, c&amp;rsquo;est un probl&#232;me de sous-capitalisation. (...) y&amp;rsquo; a pas assez de capitaux pour d&#233;velopper les grands journaux, ils font des tirages trop petits&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh12&quot; name=&quot;nh12&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb12&quot; title=&quot;[12] Transcription d&amp;#39;Anita.&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;. &#187;&lt;/em&gt; Plus g&#233;n&#233;ralement, pour celui qui n&amp;rsquo;&#233;tait alors que le candidat de l&amp;rsquo;UMP : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Notre industrie des m&#233;dias a besoin d&amp;rsquo;avoir des groupes solides qui la structurent et la renforcent. C&amp;rsquo;est pourquoi l&amp;rsquo;&#233;quilibre doit viser en permanence &#224; conforter le d&#233;veloppement des groupes fran&#231;ais, tout en pr&#233;servant le pluralisme et l&amp;rsquo;ind&#233;pendance du secteur&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh13&quot; name=&quot;nh13&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb13&quot; title=&quot;[13] Dans L&amp;#39;Express, le 15 f&#233;vrier 2007. Cit&#233; par Serge Halimi dans &#171; Bon (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pr&#233;server le pluralisme en laissant le secteur des m&#233;dias sous l&amp;rsquo;emprise des concentrations financiaris&#233;es ? On ne peut le croire possible qu&amp;rsquo;&#224; condition de confondre pluralit&#233; mercantile et pluralisme et de faire abstraction des int&#233;r&#234;ts politiques et &#233;conomiques que servent les concentrations. Possible enfin, et surtout, si l&amp;rsquo;on consid&#232;re, comme Alain Lancelot - auteur en 2005 d&amp;rsquo;un rapport sur &#171; Les probl&#232;mes de concentration dans le domaine des m&#233;dias &#187;, rapport lib&#233;ral [&lt;a id=&quot;nh14&quot; name=&quot;nh14&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb14&quot; title=&quot;[14] Lire ici m&#234;me &#171; Pour garantir le pluralisme, contre la concentration et (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;14&lt;/a&gt;] auquel Nicolas Sarkozy se r&#233;f&#232;re - que la presse n&amp;rsquo;est &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; pas un fournisseur d&amp;rsquo;informations, ce sont des supports de publicit&#233; ! Et elle ne vit que comme support de publicit&#233;&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh15&quot; name=&quot;nh15&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb15&quot; title=&quot;[15] Lire ici m&#234;me &#171; Les extases lib&#233;rales d&amp;#39;Alain Lancelot sur France Culture (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; ! &#187; &lt;br /&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Organiser le laisser-faire et le laisser-aller&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cons&#233;quent et coh&#233;rent, le nouveau Pr&#233;sident souhaite que la politique organise le laisser faire et le laisser aller qui n&amp;rsquo;existeraient pas sans elle. Il explique ainsi au &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Point&lt;/em&gt; le 18 avril : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; il existe des lois et des instances de contr&#244;le qui limitent la concentration dans les m&#233;dias et s&amp;rsquo;assurent de leur ind&#233;pendance. Je tiens &#224; pr&#233;ciser par ailleurs que jamais la l&#233;gislation sur les march&#233;s publics n&amp;rsquo;a &#233;t&#233; aussi stricte et aussi v&#233;rifi&#233;e qu&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui. &#187; &lt;/em&gt;Cette approche lib&#233;rale pr&#233;vaut aussi pour l&amp;rsquo;audiovisuel public. Dans le m&#234;me entretien, il explique : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J&amp;rsquo;ai une conception exigeante du service public audiovisuel, et je veux renforcer les obligations culturelles et &#233;ducatives qui p&#232;sent sur les cha&#238;nes. Pour disposer des ressources n&#233;cessaires, je ne propose effectivement pas une augmentation de la redevance, car il y a d&#233;j&#224; trop de pr&#233;l&#232;vements obligatoires dans notre pays. Je pense qu&amp;rsquo;une augmentation des ressources publicitaires et des ressources tir&#233;es des produits d&#233;riv&#233;s est possible, et qu&amp;rsquo;elle ne d&#233;nature pas le service public audiovisuel. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Trop de pr&#233;l&#232;vements obligatoires dans notre pays &#187; ? Peut-&#234;tre. Mais, en l&amp;rsquo;esp&#232;ce, le credo lib&#233;ral va &#224; l&amp;rsquo;encontre d&amp;rsquo;une &#171; conception exigeante du service public audiovisuel &#187;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/em&gt;dans la mesure o&#249; celui-ci est, &#224; l&amp;rsquo;&#233;vidence, sous-financ&#233;. Comme l&amp;rsquo;explique le syndicaliste Fernando Malverde : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La comparaison avec les moyens des t&#233;l&#233;visions publiques d&amp;rsquo;autres grands pays europ&#233;ens est &#233;clairante. En France, le montant de la redevance s&amp;rsquo;&#233;l&#232;ve &#224; 116 euros par an alors qu&amp;rsquo;elle atteint 205 euros en Allemagne, 175 euros en Angleterre et 184 euros en moyenne en Europe. En 1998, les recettes globales (redevance et publicit&#233;) de la t&#233;l&#233;vision publique fran&#231;aise ont &#233;t&#233; de 25 milliards de Francs alors que les ressources totales des t&#233;l&#233;visons publiques allemandes approchaient les 50 milliards de Francs ! En 2003, malgr&#233; une audience comparable, les ressources de France T&#233;l&#233;visions se sont &#233;lev&#233;es &#224; 2,37 Milliards d&amp;rsquo;euros contre 3,2 Milliards pour la BBC&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh16&quot; name=&quot;nh16&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb16&quot; title=&quot;[16] Lire ici m&#234;me &#171; Pour une refondation de l&amp;#39;audiovisuel public - La (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &#187;.&lt;br /&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sous-financement mais aussi mal-financement que les projets de Nicolas Sarkozy (&#171; une augmentation des ressources publicitaires et des ressources tir&#233;es des produits d&#233;riv&#233;s &#187;)&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/em&gt;aggraveraient. Dans une lettre ouverte de 1999 impuls&#233;e notamment par Acrimed et adress&#233;e aux parlementaires, il &#233;tait d&#233;j&#224; expliqu&#233; : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il faut choisir : une t&#233;l&#233;vision publique financ&#233;e pour moiti&#233; par des recettes commerciales et pour le reste par l&amp;rsquo;argent de la redevance (ou du budget) est condamn&#233;e &#224; maintenir l&amp;rsquo;ambigu&#239;t&#233; des contenus et &#224; perdre sur tous les tableaux : sans parvenir &#224; enrayer la mont&#233;e en puissance financi&#232;re des cha&#238;nes priv&#233;es, elle continuera &#224; renoncer &#224; ses vocations sp&#233;cifiques (informer, &#233;duquer, distraire) pour s&amp;rsquo;aligner sur les recettes des t&#233;l&#233;visions commerciales (tunnels de publicit&#233;, vari&#233;t&#233;s interchangeables, s&#233;ries st&#233;r&#233;otyp&#233;es etc.)&lt;/em&gt; [&lt;a id=&quot;nh17&quot; name=&quot;nh17&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb17&quot; title=&quot;[17] Lire ici m&#234;me &#171; Dis-moi qui te paie, je te dirai qui tu es (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lib&#233;ralisme &#233;conomique favorable aux oligarques en g&#233;n&#233;ral et aux oligarques des m&#233;dias en particulier, accompagnement des concentrations financiaris&#233;es et de la d&#233;t&#233;rioration du pluralisme qui en r&#233;sulte, d&#233;gradation de l&amp;rsquo;audiovisuel public, d&#233;ni du tiers secteur m&#233;diatique [&lt;a id=&quot;nh18&quot; name=&quot;nh18&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nb18&quot; title=&quot;[18] Lire, par exemple, ici m&#234;me &#171; Lettre ouverte de Zalea TV : &amp;lsquo;&amp;lsquo; Ch&#232;res (...)&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;18&lt;/a&gt;] : &#171; la France d&amp;rsquo;apr&#232;s &#187; ne sera pas celle de la remise en cause de l&amp;rsquo;ordre m&#233;diatique existant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pr&#233;senter le rapport du nouveau pouvoir aux m&#233;dias dans les termes de la &#171; mainmise &#187; ou du &#171; contr&#244;le &#187;, d&amp;rsquo;interventions intempestives ou de pressions est r&#233;ducteur et risque de masquer l&amp;rsquo;essentiel. La r&#233;alit&#233; du rapport rel&#232;ve sans doute de l&amp;rsquo;&#233;change de bons proc&#233;d&#233;s. Mais celui-ci repose d&amp;rsquo;abord sur la convergence d&amp;rsquo;int&#233;r&#234;ts politico-&#233;conomiques, voire sur leur intrication. Dans la mesure o&#249; il ne se r&#233;sume pas &#224; Nicolas Sarkozy (qui &#171; tiendrait &#187; ou non les m&#233;dias), le probl&#232;me est ainsi plus profond et ne sera pas r&#233;solu par de simples cris d&amp;rsquo;indignation. La r&#233;ponse qu&amp;rsquo;il appelle ? La contestation, la mobilisation et l&amp;rsquo;&#233;laboration de propositions alternatives dans le cadre d&amp;rsquo;un nouveau rapport de force autoris&#233; par une autre convergence ; la convergence de tous ceux qui luttent contre l&amp;rsquo;ordre m&#233;diatique existant : syndicats de salari&#233;s des m&#233;dias et des m&#233;tiers de la culture, tiers secteur m&#233;diatique, association de critique des m&#233;dias, mais aussi l&amp;rsquo;ensemble des mouvements de contestation de l&amp;rsquo;ordre lib&#233;ral. Chiche ?&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt;&lt;div class=&quot;article_notes&quot;&gt;&lt;br /&gt;_________________________________________________
&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb1&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh1&quot; title=&quot;Notes 1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Nous en avons publi&#233; des extraits &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2487.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;ici m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb2&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh2&quot; title=&quot;Notes 2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Lire ici m&#234;me : &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2592.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; Les &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Inrockuptibles&lt;/em&gt; imitateurs &#171; branch&#233;s &#187; sur &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt; &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb3&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh3&quot; title=&quot;Notes 3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Lire ici m&#234;me &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2397.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;L&amp;rsquo;actualit&#233; des m&#233;dias n&#176;51 (12 mai - 28 juin 2006)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb4&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh4&quot; title=&quot;Notes 4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] On peut aussi y voir la marque d&amp;rsquo;un positionnement &#233;ditorial sur le march&#233; concurrentiel des &#171; news magazines &#187;. Quand &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Point&lt;/em&gt; serait l&amp;rsquo;hebdomadaire du sarkozisme, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/em&gt; celui de la &#171; gauche moderne &#187; et &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Marianne&lt;/em&gt; syst&#233;matiquement &#171; critique &#187;, le magazine de Christophe Barbier ferait le choix d&amp;rsquo;un journalisme d&amp;rsquo;enqu&#234;te &#171; ind&#233;pendant &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb5&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh5&quot; title=&quot;Notes 5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] D&amp;rsquo;apr&#232;s &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;L&amp;rsquo;Express&lt;/em&gt; du 31 mai 2007.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb6&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh6&quot; title=&quot;Notes 6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Lire ici m&#234;me &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2630.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; Vincent Bollor&#233; &#224; l&amp;rsquo;assaut des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;. Bollor&#233; a &#233;galement f&#234;t&#233; la victoire de Nicolas Sarkozy au Fouquet&amp;rsquo;s le soir du 6 mai.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb7&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh7&quot; title=&quot;Notes 7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Ainsi, quand, dans l&amp;rsquo;&#233;mission &#171; Questions d&amp;rsquo;info &#187; sur &#171; La Cha&#238;ne parlementaire (&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;LCP)&lt;/em&gt;, le 23 mai 2007, Fran&#231;ois Hollande d&#233;nonce, au sujet de cette derni&#232;re nomination, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; une relation consanguine entre le pouvoir politique et le pouvoir m&#233;diatique &#187;&lt;/em&gt;, on peut s&amp;rsquo;&#233;tonner du vocabulaire utilis&#233;, mais surtout de la soudaine lucidit&#233; et de l&amp;rsquo;apparente candeur du premier secr&#233;taire socialiste. Par ailleurs, le programme socialiste pour l&amp;rsquo;&#233;lection pr&#233;sidentielle ne remettait pas vraiment en cause ce &#171; pouvoir m&#233;diatique &#187;. A ce sujet, lire ici m&#234;me &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2384.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; &amp;lsquo;&amp;lsquo; Demandez le programme &amp;rsquo;&amp;rsquo; : le projet du Parti socialiste pour les m&#233;dias. &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb8&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh8&quot; title=&quot;Notes 8&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Suffit-il, dans ces conditions, pour se convaincre de l&amp;rsquo;ind&#233;pendance des journalistes, de constater qu&amp;rsquo;ils ne font pas tous &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;individuellement&lt;/em&gt; l&amp;rsquo;objet de ces pressions et qu&amp;rsquo;ils savent souvent y r&#233;sister ? Suffit-il pour prot&#233;ger leur d&#233;pendance &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;collective&lt;/em&gt; de s&amp;rsquo;en remettre &#224; leur vertu et &#224; quelques r&#232;gles d&#233;ontologiques ? La r&#233;ponse, &#224; l&amp;rsquo;&#233;vidence est n&#233;gative.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb9&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh9&quot; title=&quot;Notes 9&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] Pierre Musso, dans &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Berlusconi, le nouveau Prince&lt;/em&gt; (Ed. de l&amp;rsquo;Aube) propose une analyse qui peut &#234;tre une source de r&#233;flexion quand il montre que ce n&amp;rsquo;est pas de son seul &#171; contr&#244;le &#187; que Berlusconi a escompt&#233; les succ&#232;s qu&amp;rsquo;il a remport&#233;, avant d&amp;rsquo;&#233;chouer r&#233;cemment. Lire ici m&#234;me &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2003.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; La derni&#232;re le&#231;on du berlusconisme &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb10&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh10&quot; title=&quot;Notes 10&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Sur ce probl&#232;me et sur les propositions qu&amp;rsquo;il peut inspirer &#224; Acrimed, lire ici m&#234;me &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article2364.html&quot; target=&quot;_blank&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; Pour garantir le pluralisme, contre la concentration et la financiarisation des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a name=&quot;nb11&quot; href=&quot;http://www.acrimed.org/article2640.html#nh11&quot; title=&quot;Notes 11&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] D&amp;rsquo;apr&#232;s Pierre Rimbert, intervention au FRAP, le 17 mai 2007. Par erreur, nous avions d&amp;rsquo;abord &#233;crit que la capitalisation des groupes de t&#233;l&#233;vision &#233;tait aujourd&amp;rsquo;hui sup&#233;rieure &#224; celle des groupes automobiles (correction apport&#233;e le 5 juin).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip