Le mariage homo, vite !
Mardi 11 mai 2004, par // Le mariage des homosexuels
Le maire (Verts) du 2ème arrondissement de Paris, Jacques Boutault, s’est en effet déclaré prêt à célébrer des mariages entre personnes de même sexe. Malgré l’impression de couac d’abord laissée par cette initiative lancée entre les deux tours des élections régionales, d’autres élus de cet attelage que l’on nomme "l’équipe de Bertrand Delanoë" (Christophe Girard, l’adjoint à la culture du maire de Paris, Clémentine Autain, la néo-féministe branchée chargée de la jeunesse, Khadija Bourcart, adjoint à l’intégration et aux étrangers non-communautaires) et quelques ténors nationaux comme Noël Mamère ou Patrick Braouezec se sont engagés à célébrer le plus tôt possible des "mariages gays".
Tout est prêt pour lancer le débat. Le camp du bien et de la modernité est mobilisé pour cette nouvelle croisade. Il ne manque plus que les méchants s’opposant aux "citoyens de seconde zone" qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits afin que le tableau soit complet.
Au risque de décevoir ces spadassins prêts à en découdre, je crois sincèrement qu’il ne faut pas croiser le fer avec eux et qu’il faut au contraire souhaiter qu’ils aient rapidement gain de cause.
Pourquoi ?
Les raisons sont nombreuses.
Tout d’abord, parce que, en l’état actuel du rapport de forces , il n’y a aucune possibilité de s’y opposer. Les rôles ont déjà été distribués. Les jeux sont faits. Les contradicteurs ont été disqualifiés par avance dès lors que le mariage n’est envisagé que comme un droit, le moyen de mettre fin à une pratique discriminatoire. A la rigueur, peut-être y a-t-il une place pour une pasionaria papiste et gentiment ringarde à la Christine Boutin, histoire de donner le change. Après l’expérience du PACS -dont il faut aujourd’hui se déclarer un chaud partisan pour mériter d’être rangé dans la catégorie des bons et ne pas risquer d’être traîné dans la boue comme ceux qui avaient tenté de s’y opposer-, il est cependant peu probable que les candidates soient nombreuses.
D’ailleurs, si la gauche chuchote discrètement quelques hourras pour saluer l’avènement prochain du mariage homosexuel, la droite est encore plus discrète pour marquer une quelconque désapprobation. Indifférente, la classe politique n’est ni bouleversée ni divisée par l’offensive des Khmers roses parisiens. Ceux qui espéraient une belle joute parlementaire en seront pour leurs frais...
En outre, il faut se réjouir de la célébration prochaine de mariages homosexuels car elle remédiera au caractère bancal du PACS. En effet, le pacte civil de solidarité, fort décrié par les spécialistes du droit, présentait l’inconvénient d’offrir à ses souscripteurs des droits non assortis de devoirs, établissant de facto une conception biaisée du couple et de l’engagement. Au contraire, le mariage est contraignant en ce qu’il suppose un devoir de fidélité et parce que sa dissolution entraîne souvent le versement d’une pension alimentaire, qui prendrait tout son sens en ces temps propices à "l’homoparentalité". On sait que le PACS n’a pas enthousiasmé les homosexuels : si, comme on l’estime, il y a environ 100.000 homosexuels pacsés, cela signifie aussi qu’il y a autour de 4 millions d’homosexuels non pacsés. Aussi est-il peu probable que le mariage gay provoque des encombrements à l’entrée des mairies.
Certes, on peut sourire en constatant que les héritiers de mai 68, qui n’ont eu de cesse d’exalter les vertus de l’union libre depuis plus de trente ans, réclament à cor et à cri de pouvoir se marier de toute urgence. L’église catholique se lamente du recul du mariage en France... le mouvement gay lui apporte un soutien aussi inattendu que déterminé. C’est plutôt comique.
Mais, s’il faut espérer que les homosexuels obtiennent vite gain de cause et puissent se marier, c’est surtout pour ne plus s’épuiser dans une querelle dont l’issue est écrite. Après le PACS, le mouvement gay veut une loi punissant l’homophobie : Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy l’ont promise aux associations communautaires avant l’été. L’étape suivante est donc le mariage, sans doute pour bientôt, annonçant celle, plus critique, de l’adoption qui, malgré une forte réticente de l’opinion publique, ne résistera pas davantage à la conjugaison d’une forte pression médiatique et de l’atonie de toute pensée critique.
Qu’on en finisse. Vite. Ensuite, seulement, on pourra peut-être enfin réfléchir sérieusement sur l’homosexualité et évaluer sereinement la pertinence des discours communautaires sur la question. Ceux-ci promettent en effet des jours meilleurs aux homosexuels en France dès lors que "l’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels" sera parfaitement accomplie. Puisque, paraît-il, les homosexuels sont mal dans leur peau à cause de l’homophobie de la société et du statut inférieur que leur attribue le droit français, alors réjouissons-nous que cette situation inique prenne fin prochainement.
Après, enfin, les homosexuels n’iront plus voir les psys, ils délaisseront les anti-dépresseurs, ils ne se suicideront plus. Ce sera le bonheur de ceux qui ne demandent qu’à s’aimer, à s’unir pour la vie, à élever des enfants, à faire des barbecues entre voisins dans le jardin... Ce dont ils ont toujours rêvé et que la société leur refusait. On verra alors sans doute qu’être homosexuel, c’est pareil qu’être hétérosexuel, que la question n’était finalement que celle de l’égalité des droits. Les homosexuels ont déjà connu le pire dans une France homophobe, ils auront enfin le meilleur.
Oui, vivement que les homos puissent se marier !