Rien ne sert de marier, il faut pacser à point !

Mardi 11 mai 2004, par Denis Quinqueton et Jean-Paul Pouliquen // Le mariage des homosexuels

Le maire de Bègle vient d’annoncer qu’il allait célébrer un mariage homosexuel. On l’aura mal renseigné. Les brèves de prétoire ne sont pas forcément de bonnes sources d’inspiration en politique et cette fois-ci, l’histoire est écrite d’avance. En 1998 déjà, un maire d’arrondissement de Paris a été saisi d’une demande de mariage homosexuel. Comme ce maire fait partie des gens qui considèrent à juste titre que nos lois communes ne sont pas un sujet de plaisanterie, il a interrogé l’autorité de tutelle qui lui a répondu que seuls les mariages entre des personnes de sexe différent sont légalement autorisés. Et pour cause, la loi, dans son état actuel, ne laisse guère de place à l’ambiguité : l’article 75 du Code civil fait explicitement référence au "mari" et à la "femme". Mais il nous est également loisible de consulter quelques arrêts de jurisprudence voire même de ne pas négliger la coutume qui, comme chaque juriste averti ne l’ignore point, peut avoir force de loi. A ces approximations juridiques, ajoutons des doutes sur la méthode qui consiste à mépriser le mouvement social : la plupart des associations lesbiennes, gaies, bi et trans n’ont pas été consultées, pas plus que les mouvements de femmes ou le Collectif qui s’est battu pendant un dizaine d’année pour faire naître le pacs.

Il ne faudrait pas confondre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels et lesbiens avec le "pot belge" : la France ne l’adoptera pas à l’insu de son plein gré ! Si on veut faire de la politique, c’est à dire prendre part à l’organisation de la vie de la société, on peut se souvenir que sur ce genre de question, encore aujourd’hui chargée de clichés dévastateurs et de carricatures meurtrières, la décision vaut autant que le débat public qui la précède. Car le débat sert de pédagogie et on ne peut pas faire comme si l’homosexualité masculine ou féminine allait de soi dans "Le plus beau pays du monde". L’homophobie et la lesbophobie existent parfois sous des formes extrêment violentes. On l’a vu récemment avec l’agression dont a été victime Sébastien Nouchet. Les discriminations à l’embauche, sur le lieu de travail ou d’études, dans la vie quotidienne sont encore courantes. N’est-il pas toujours de bon ton de demander dans un rire hoquetant et rougeaud qui fait la femme et qui fait l’homme dans un couple homosexuel. Pire, nombre d’individus se demandent encore plus bêtement ce que deux femmes peuvent bien faire entre elles Dans ce contexte, il n’y a rien à gagner à prendre une décision en catimini au fond d’un palais de justice. Outre que ce n’est pas le cadre rêvé pour le débat démocratique, le "mariage" qui en résulterait pourrait bien s’avérer un redoutable piège discriminatoire.

Il ne faut pas confondre non plus progrès social et ordre social. Militants, on peut tenter un pari, démocratique celui-là, résolument progressiste autour du pacs et de son amélioration (Successions, imposition, pension de réversion, droit de séjour...). Contrairement à ce qu’on nous avait asséné le pacs a laissé la planète tourner dans le même sens. Les progrès législatifs quant aux conséquences du pacs ne devraient pas, cette fois-ci, occuper ou préoccuper le Parlement plus que quelques heures.

L’adoption du pacte civil de solidarité en octobre 1999 a marqué un double progrès social. Le plus évident fut sans doute l’entrée incontestable des couples homosexuels dans la réalité légale de notre pays. Par paresse ou excès de conformisme, on souligna moins l’autre progrès qu’a marqué la création du pacs : il s’agit pourtant de l’invention d’un nouveau moyen d’organiser la vie d’un couple. Et ce moyen présente quelques différences conceptuelle fondamentales avec le mariage. Ainsi, la loi sur le pacs ne préjuge pas du type de relation qui unit les deux membres du couple. Elle ne supporte pas l’héritage de pratiques qui prédéterminaient - avec quelle injustice ! - le rôle de chacun dans le couple. Le pacte civil de solidarité permet au couple de discuter du contenu de l’union et d’en faire, via la convention de pacs, une affaire réellement personnelle et, pourquoi pas, unique. En effet, les termes du contrat doivent obligatoirement être établis par les intéressé-e-s. Il ne s’agit pas de se fondre dans une sorte de moule mais de façonner à sa guise ce que l’un et l’autre s’interdisent et s’autorisent ; qu’il s’agisse des liens économiques ou sexuels, Le pacs, enfin, prévoit des conditions de rupture mêlant simplicité et protection systématique du plus faible. Dès lors, faut-il renoncer à ces progrès réels pour s’insérer à toute force et à tout prix dans un ordre social suranné qui peine à se réformer ?

Alors, l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, pourquoi pas ? Mais l’exigence d’égalité des droits nous présente d’autres chantiers autrement plus urgents. L’amélioration du pacs, bien sûr, mais aussi son exportation dans les pays de l’Europe des 25 qui ne disposent pas d’une telle législation. La parentalité aussi qui, même en Belgique, n’est pas permise aux couples homosexuels Quelle sera l’attitude, dans l’immédiat des 51 présidents de gauche de Conseils généraux qui, dans le cadre de la loi actuelle, accordent l’agrément d’adoption ? Et puis les équivalences internationales entre toutes ces législations ou futures législations progressistes pour assurer, au moins au niveau de l’Europe, une réelle et concrète liberté de circulation et d’installation des personnes. Tous ces chantiers, qui sont immenses, ne sont pas de la compétence exclusive des juges, des avocats ou des maires. Ce sont les centaines de millions de citoyens des pays européens et leurs milliers de parlementaires qui doivent s’en saisir et trancher. Démocratiquement.

Ce débat sur l’ouverture par effraction du mariage aux couples homosexuels et lesbiens est une belle occasion offerte aux réactionnaires de tous poils de se mobiliser facilement sur leurs terrains favoris : le jugement péremptoire et la carricature. Pour les homosexuels, mais aussi pour les femmes et les hommes qui ne le sont pas, nous préférons, encore aujourd’hui, la réalité qui n’est pas toujours drôle et que nous voulons, avec tant d’autres, améliorer. A toute force et à tout prix. Au grand jour, après un débat mobilisant l’ensemble des défenseurs des droits et des devoirs des uns, des unes et des autres pour faire avancer la réflexion de la société toute entière.

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5 Messages de forum

  • Mariage (définition du petit ROBERT) : Union légitime d’un homme et d’une femme. Le "mariage" homosexuel est donc par définition une ineptie.

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    • L’ineptie vient plutôt de ce message ! Je sais que la liberté d’opinion existe mais comment peut-on lire des idioties pareilles ! Pourquoi les homosexuel(le)s n’auraient pas le droit de se marier ?

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      • bonjour,

        je réponds à votre interrogation, attention je ne suis pas homophobe, je précise...
        Ce qui est dérangeant dans "le mariage" homosexuel sont les obligations ; surtout pour les enfants.
        Des parents, ce sont un père et une mère.
        Avez vous pensé à la vie de l’enfant ayant des parents homosexuels ?
        Tout le monde connait la cruauté des enfants dans les cours d’écoles, déjà lorsqu’un enfant porte un appareil dentaire, on l’appelle "l’édenté", les lunettes "binoclare" et j’en passe.
        Cet enfant va se retrouver avec une étiquette de "fils ou fille de pédé" (pardonnez mon expression), exclu dans les cours d’école et les parents homophobes qui interdiront leurs enfants de fréquenter le pestiféré...
        Bien que je suis persuadée qu’un enfant élévé dans l’amour au féminin ou masculin peut se développer mais au sein du cocon familial.
        Mais cet enfant ira à l’école et que mettra t il sur les fiches à remplir père et mère ?
        Le pacs est un bon compromis qui permet la reconnaissance et la protection pour les couples homosexuels.
        Voilà, j’espère ne pas vous avoir choquée.
        qui suis je ? une femme étudiante en Droit, présidente d’une association pour protéger les enfants victimes de pédophilie mais qui respecte la sexualité de chaque adulte car j’ai moi même des amis homosexuels.
        Je pense seulement aux enfants..... bonne journée Sacha

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  • Le propre d’une langue et de la société qui l’emploie, c’est d’évoluer. Il me semble un peu réducteur de se retrancher derrière une seule définiton.

    Mais les mots doivent bien avoir un sens me direz-vous ! Oui, ils ont le sens qu’à un moment donné une majorité veut bien leur accorder. C’est pour ça que les dictionnaires sont réédités chaque année.

    L’argument de la tradition et du "on a toujours fait comme ça" était le favori des anti-vote des femmes dans les années 40 et des anti-avortement dans les années 70.

    Cordialement,

    Loic,
    WebMaster - Fondateur
    http://www.homotextuel.com

    Voir en ligne : Homotextuel.com - Portail gay interactif & gratuit

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  • Les définitions du dictionnaire ne sont pas figées, c’est bien pour cela qu’il y a de nouvelles éditions régulièrement. Vivement une nouvelle définition du mariage, qui ne parlerait que de 2 personnes qui s’aiment !

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