Du mariage homosexuel en France (1/2)
Lundi 17 mai 2004, par // Le mariage des homosexuels
Tout a commencé le 24 mars avec l’annonce par le maire (Verts) du 2ème arrondissement de Paris, Jacques Boutault, de la célébration de mariages homosexuels. Cette initiative était une tentative d’importation du débat qui faisait alors rage aux Etats-Unis, où le nouveau gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, était mis devant le fait accompli par le maire de San Francisco. Très vite relayée par les médias, avec notamment la publication le 16 mars dans Le Monde d’un "manifeste pour l’égalité des droits", l’idée de marier en France des personnes de même sexe était appuyée par des juristes engagés dans le mouvement homosexuel (Daniel Borrillo, Caroline Mécary) qui soutenaient que le Code civil ne précisait nulle part que le mariage était réservé à des couples de sexe différent et que, dès lors, rien ne s’opposait sur le plan juridique à la célébration de mariages gay.
Le débat retomba cependant comme un soufflet : intervenant entre les deux tours des régionales, l’annonce de Jacques Boutault inquiétait alors le PS qui n’était pas certain de gagner la région Ile-de-France et il fallut que Bertrand Delanoë rappelât à l’ordre ses adjoints et les maires d’arrondissement de la capitale.
Ce recul tactique offrit à Noël Mamère une fenêtre idéale pour s’incruster dans ce pataquès et se livrer à l’exercice préféré des Verts, la surenchère médiatique. Se souvenant opportunément qu’il est aussi de temps en temps maire de Bègles (Gironde), le député écolo annonçait le 22 avril qu’il célèbrerait le mariage de deux hommes le 5 juin.
En posant un ultimatum, Noël Mamère faisait prendre un tournant à la polémique en soumettant la classe politique à un véritable compte à rebours. Sur le fond, cette décision d’un élu local de tordre le poignet à la loi était de même nature que la tentative de Catherine Mégret, alors maire de Vitrolles, de réserver une allocation municipale pour la naissance du premier enfant aux seules familles françaises de souche et qui avait alors soulevé à juste titre un tollé avant d’être déclarée illégale : un abus de pouvoir d’un maire démagogue peu soucieux malgré son mandat parlementaire du respect de la légalité républicaine.
Parallèlement, quelques esprits curieux et une poignée de spécialistes firent valoir que la presse et les partisans du mariage gay étaient dans l’erreur en parlant d’un vide juridique et attirèrent l’attention du gouvernement, qui observait jusqu’ici un mutisme étonnant, sur l’article 75 du Code civil qui dispose que le mariage aboutit à "se prendre comme mari et femme" et sur la jurisprudence qui a toujours rappelé le caractère hétérosexuel de cette institution. C’est d’ailleurs ce qu’avaient souligné les promoteurs du PACS il n’y a pas si longtemps...
Cette assurance juridique, qui avait visiblement échappé aux nombreux députés-maires de l’UMP, ragaillardit enfin le gouvernement qui, par la voix de Dominique Perben, fit connaître le 28 avril son hostilité au projet de Noël Mamère. Néanmoins, au lieu d’affirmer simplement un principe de droit et une conception traditionnelle du mariage républicain, le gouvernement, qui craignait sans doute de voir sabotés deux ans de boulot de drague des organes communautaires homosexuels et de se faire traiter de ringard par Libération et Le Nouvel Observateur, précisa qu’il allait néanmoins satisfaire une autre revendication du mouvement gay en faisant voter avant l’été une loi anti-homophobie. Quel rapport entre le mariage et l’homophobie ? Allez comprendre. Plus révélatrice encore du désarroi gouvernemental fut l’annonce par Jean-Pierre Raffarin d’une "amélioration du PACS" -que la droite avait violemment combattu dans son principe cinq ans auparavant- plutôt que l’instauration du mariage. En maniant la langue de bois pour dire qu’il était "ouvert au débat", le Président de la République n’offrit pas plus de résistance et se refusa à pallier, par un rappel clair et net à la règle de droit, l’absence d’autorité de son Premier ministre. Il faut dire que la position molle de la droite était sabotée de l’intérieur par les mouvements gay qui se sont constitués au sein de l’UMP avec la bénédiction d’Alain Juppé et de Claude Chirac, Gay Lib (madelinistes) et On est là ! (chiraquiens rassemblés autour de Jean-Luc Roméro, le gay officiel de la droite parlementaire) qui ont toujours affiché sur les questions de société les même principes que les Verts ou la LCR et qui, dès le début, ont soutenu l’idée du mariage gay.
Se frottant les yeux tellement ils n’escomptaient pas une telle débandade de la part du gouvernement, les socialistes comprirent alors que le piège qu’ils n’avaient pas osé actionner eux-mêmes, laissant les Verts se mettre en première ligne, s’était refermé sur "la droite la plus bête du monde". Alors qu’ils avaient jusqu’alors observé une relative prudence sur le thème du mariage gay, les éléphants du PS balayèrent à coups de trompe les seconds couteaux écologistes pour s’imposer lourdement au coeur du débat qui prenait chaque jour davantage d’ampleur. Galvanisé par un sondage indiquant que 64% des Français étaient favorables au mariage homosexuel, Dominique Strauss-Kahn souscrit alors explicitement à toutes les revendications communautaires (mariage, adoption, répression de l’homophobie), immédiatement suivi pas son rival dans la course à la présidentielle, Laurent Fabius.
S’ils doivent inviter tous leurs nouveaux amis de la classe politique à leur mariage, les mariés de Bègles vont devoir sérieusement réévaluer leur budget traiteur...
En tout cas, ce débat burlesque offre aux partis de gouvernement, et en particulier à la gauche, une belle occasion de mettre en sourdine la campagne des élections européennes. Cette diversion est notamment une véritable aubaine pour les socialistes, jusqu’ici incapables de se prononcer pour ou contre la Constitution Européenne, pour ou contre l’adhésion de la Turquie.
C’est à se demander s’il s’agit vraiment d’une coïncidence...