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Point de vue

7. Les éoliennes offrent de sérieux atouts qui séduisent les élus

vendredi 10 octobre 2003, par I. Flutre

"L’objectif fixé à la France à l’horizon 2010 vise à produire 21% de sa consommation électrique à partir des sources énergétiques renouvelables", note l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise d’Énergie (ADEME). Parmi ces énergies, les éoliennes couvrent une part importante. Enregistrant des vents favorables, les côtes de la Manche intéressent les sociétés spécialisées. C’est le cas d’Énergieteam, une société d’origine allemande basée à Oust-Marest et qui a , comme d’autres entreprises, pris contact avec les élus et les propriétaires terriens afin de mener à bien cet ambitieux projet.

Du 26 août au 4 septembre se tenait à Johannesburg (Afrique du Sud), le Sommet Mondial pour le Développement Durable. Au coeur des débats le recours aux énergies renouvelables afin de limiter l’émission massive de polluants dans l’atmosphère. Les éoliennes sont parmi les solutions les plus intéressantes. Or, les côtes de la Manche sont propices à l’installation de ses moulins à vent du XXIe siècle de part la vitesse et la régularité des courants d’air, mais aussi en raison des distances entre les différents lieux d’habitation et la proximité du réseau électrique. Les élus locaux et les propriétaires terriens sont régulièrement contactés par des sociétés spécialisées dans l’énergie éolienne et se laissent peu à peu convaincre par le bien fondé de cette énergie propre.

Dans un premier temps, les entreprises doivent consacrer leur énergie à informer et rassurer. Et à moyen terme à convaincre. Pour cela elles proposent de multiples rencontres mais aussi des visites de parcs éoliens. Ce fut le cas dernièrement d’Énergieteam qui a convié une vingtaine d’élus à se rendre sur le site de Lichtenau au centre de l’Allemagne. Premier constat :

les éoliennes ne sont pas bruyantes

Tandis que les grandes puissances mondiales planchaient sur l’avenir de la planète à Johannesburg, des élus de la Vallée de l’Yères, de la partie occidentale du Vimeu et des communautés de communes du Petit Caux et de Gros Jacques se rendaient en Rhénanie du Nord-Westphalie pour y découvrir des éoliennes en fonctionnement.

L’objectif de ce voyage, selon l’équipe d’Énergieteam, Ralf Grass, Jean-Baptiste Godmet et Nicolas Blais, était de faire tomber les a priori sur le bruit émis par les éoliennes. Pari tenu. Jean-Jacques Laboulais, adjoint au maire de Saint-Quentin-Lamotte, et Jean-Marie Brocail, maire de Tocqueville-sur-Eu, interrogés à leur retour s’accordent en effet pour dire que le bruit ne peut être considéré comme une nuisance.

Au cours des dix dernières années les émissions sonores des éoliennes ont été réduites grâce aux innovations technologiques à tel point que les éoliennes modernes présentent en fait des niveaux sonores difficilement perceptibles à quelques centaines de mètres. L’installation des éoliennes à une distance minimale de 500 mètres des habitations diminue d’autant les nuisances éventuelles. Reste l’impact visuel.

Les Dons Quichotte de la Manche, en guerre perpétuelle contre les moulins à vent, qu’ils soient du XVIIe ou du XXIe siècle, ne manqueront pas de se plaindre de la pollution visuelle imposée par les éoliennes. Le risque de voir celles-ci dénaturer le paysage peut être un argument à l’encontre de leur installation. "Prévoir l’impact des éoliennes dans le paysage fait partie intégrante du projet", souligne Jean-Baptiste Godmet, responsable de projet pour Énergieteam, "nous pouvons jouer avec l’habitat et la végétation pour masquer au maximum les pylones, mais dans tous les cas nous devons rester vigilants et attentifs aux remarques des riverains car c’est un inconvénient contre lequel nous ne pouvons rien, à la différence du bruit".

"L’impact visuel sur le paysage est réel", constate Jean-Jacques Laboulais "mais ce n’est pas plus désagréable que des lignes à haute tension. Je ne dirai pas que c’est beau, mais une éolienne, au moins, ça vit". "La notion de beau est très subjective", remarque pour sa part Jean-Marie Brocail "il est certain que tout le monde ne va pas être favorable mais en même temps il faut penser que les éoliennes ne polluent pas, elles ne produisent aucun déchet et quand on les retire le sol retrouve son état initial".

4 à 5 ans pour monter le projet

Bien que les élus soient amenés à se pencher sur la question des éoliennes depuis un à deux ans, il faudra attendre encore un minimum de trois ans avant de voir s’élever les premiers mâts. De longues démarches administratives et des discussions sont à prévoir à court et moyen terme.

Parmi les quinze communes représentées lors du voyage d’étude à Lichtenau, toutes ne sont pas au même stade. À Tocqueville-sur-Eu, par exemple, le conseil municipal a émis un avis favorable pour l’installation d’une ferme éolienne de six éléments. Parallèlement, les propriétaires ont signé un bail avec la société Énergieteam, porteuse du projet. "Nous devons rencontrer pléthore d’institutions pour discuter de la révision du plan local d’urbanisme (PLU)", explique le maire qui informait en outre qu’une réunion avec la population de Tocqueville-sur-Eu serait organisée à la mi-octobre, afin de répondre aux questions éventuelles (sur le bruit, le paysage, etc.).

À Saint-Quentin-Lamotte les démarches sont un peu moins avancées. "À titre personnel, je souhaite que M. Marcan-Dumesnil (maire de la commune, NDLR), prenne une décision rapidement qu’elle soit favorable ou non", souligne M. Laboulais. "Si le maire donne son accord nous organiserons une rencontre avec les propriétaires avant de discuter du projet en conseil municipal. Si le projet passe alors nous nous engagerons dans les formalités administratives, à savoir la révision du PLU". L’adjoint au maire ne cache pas qu’il pense le plus grand bien des éoliennes. Le site de Lichtenau étant situé dans la région de Paderborn, village jumelé avec la commune croisienne, Jean-Jacques Laboulais avait déjà eu l’occasion de visiter le parc éolien et de discuter avec des riverains allemands. Il en était revenu conquis. Le voyage avec Énergieteam n’a fait que le conforter dans son opinion.

Si le projet ne coûte rien à la commune, la société se chargeant elle-même de trouver les investisseurs, elle pourra en revanche toucher une taxe professionnelle. Aspect non négligeable pour les communes rurales. "Ce projet présente de sérieux avantages pour l’environnement et pour la taxe professionnelle sans apporter de nuisances particulières, alors pourquoi pas ?", lance par défi Jean-Marie Brocail, qui note cependant que "si le projet se monte trop vite, il y a risque de la bâcler et s’il se monte trop lentement le risque est de râter une belle occasion".

Devant l’ampleur des tâches administratives et la nécessité de mobiliser tous les acteurs concernés (institutions et population), le projet ne devrait pas aboutir avant un minimum de trois ans. Ce laps de temps sera sans nul doute mis à profit par les responsables du projet pour tenter de convaincre le plus de monde possible en informant encore et encore.