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Les dangers des OGM

mardi 8 juin 2004, par Greenpeace

I - Dangers liés à la rupture de la barrière d’espèces

Qu’est-ce que la barrière d’espèces
La fabrication de plantes transgéniques n’est pas, contrairement à ce qu’affirment ses défenseurs, la simple poursuite des procédés d’amélioration des plantes cultivées, utilisés et perfectionnés par les paysans depuis que l’agriculture existe.

Jusqu’à l’avènement du génie génétique, l’amélioration des plantes, qui est en soit quelque chose de tout à fait légitime, respectait ce que nous appelons « l’ordre de la nature », puisqu’elle était contrainte par la reproduction sexuée des plantes et par la notion d’espèce.
La manipulation génétique n’a en ce sens rien à voir avec un simple croisement, elle représente un saut qualitatif radical puisqu’elle permet de s’affranchir de la « barrière d’espèces », laquelle empêche par exemple un cheval de se croiser avec un chat.
Les OGM sont des produits vivants manufacturés par l’homme. Grâce au génie génétique, nous avons construits des organismes qui n’auraient jamais existé dans la nature et dont le comportement est imprévisible.

Risque de disparition de la notion d’espèce
Les manipulations génétiques permettent de prendre un ou plusieurs gènes d’une espèce quelconque et de les introduire dans une autre espèce. On peut ainsi, comme dans un Lego, prendre des pièces dans différentes espèces, et les assembler pour créer de nouvelles espèces. A la vitesse à laquelle évoluent ces sciences, qui jouent avec les mécanismes fondamentaux de la vie, il est à craindre que l’on obtienne dans un avenir proche des Frankenstein mi-animaux mi-végétaux. Le risque est donc de voir disparaître la notion même d’espèce. On ne parlera plus de colza ou de maïs, mais d’organisme producteur de telle ou telle molécule.

Perte de spécificité du monde agricole
L’agriculture intensive produit déjà des légumes ayant de moins en moins de goût, car les critères de sélection des espèces sont dictés par des impératifs industriels : arrivée prévisible à maturité, aspect, durée de conservation, résistance aux chocs pour les transports...
Il y a fort à craindre que les manipulations génétiques ne donnent un formidable coup d’accélérateur à ce processus. Dans un avenir proche, les légumes seront peut-être produits (et non plus cultivés) dans des usines, en l’absence de toute terre, ce qui commence déjà à se faire. La différence entre paysan et ouvrier va s’estomper, l’agriculteur devenant un « moléculteur », un ouvrier spécialisé dans la production de substances nutritives ou pharmaceutiques. Outre le fait que les aliments produits auront moins de qualités gustatives, c’est tout le savoir-faire des paysans que l’on risque de perdre, basé sur des décennies d’observations et transmis au fil des générations.

Les problèmes d’éthique
La conception des OGM pose de plus un grave problème d’éthique. Que, selon ses propres convictions ou sa culture, l’on se réfère à la volonté divine, à l’intangibilité des lois naturelles, au sens moral ou au simple bon sens, avons-nous le droit d’interférer avec les mécanismes de la vie ? Consentirions-nous à manger une salade contenant des gènes humains ?
Ce problème est quelque part similaire à celui du clonage. Certains chercheurs, lorsqu’ils ont commencé à entrevoir les mécanismes qui leurs permettraient de cloner les êtres humains, ont préféré pour des problèmes d’éthique stopper leurs recherches et ont demandé un débat public sur la bioéthique. D’autres chercheurs semblaient beaucoup plus préoccupés par les profits qu’ils pouvaient retirer de leurs travaux que par ces considérations philosophiques.

II - Les risques écologiques

Une pollution accrue de l’environnement
Dans le soja transgénique de la société américaine Monsanto, un gène introduit rend la plante tolérante à un herbicide dit total (car il tue toutes les plantes, bonnes ou mauvaises), le Roundup, commercialisé par la même société. Dans une culture naturelle, l’utilisation d’herbicides totaux est limitée car la plante cultivée en souffre également. Le soja étant rendu tolérant à l’herbicide Roundup, il est possible d’augmenter considérablement les doses, entraînant alors une pollution accrue des sols et des nappes phréatiques.
Il faut signaler que les agriculteurs utilisant le soja de Monsanto ont l’obligation de n’utiliser que son désherbant, le Roundup. Ainsi, Monsanto vend ses semences transgéniques et augmente fortement ses ventes d’herbicide, ceci traduisant le souci de rentabilité des firmes agrochimiques au détriment de l’environnement et de la santé humaine.

Implantation d’une plante en dehors de son écosystème naturel
Les mécanismes naturels de l’évolution ont amené chaque espèce a évoluer dans un écosystème particulier, c’est-à-dire en interaction avec une flore et une faune déterminées, dans des contextes géologiques et climatiques donnés. Implanter une espèce en dehors de son contexte originel conduit très souvent à des catastrophes écologiques. Ainsi, la Caulerpa taxifolia, dont quelques plants se sont retrouvés par erreur en Méditerranée, est en train de coloniser celle-ci. Elle supplante toutes les autres algues, provoquant la disparition de nombreuses espèces animales et végétales. Les risques sont similaires avec les OGM et spécialement les plantes transgéniques, car elles n’ont pas de passé évolutif, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas évolué dans un écosystème donné, au milieu de leurs prédateurs naturels. Les plantes transgéniques ont pour but de mieux résister aux prédateurs ou aux parasites naturels, ce qui leur confère un avantage comparatif par rapport aux variétés naturelles locales et risque de conduire à la disparition de ces dernières et donc à un appauvrissement de la biodiversité. Cela est particulièrement grave, car ce sont ces variétés locales qui fournissent les ressources génétiques nécessaires pour améliorer les plantes cultivées, qui deviendraient par exemple victimes de nouvelles maladies. Signalons enfin le danger économique que représenterait la dépendance du monde agricole vis-à-vis d’une multinationale unique pour son approvisionnement en semences de maïs ou de colza.

Extensions aux espèces voisines
On sait aujourd’hui que les plantes cultivées échangent, par croisements spontanés, leurs gènes avec les espèces sauvages apparentées, qui sont souvent de mauvaises herbes. On appelle cela le flux de gènes. En France, des études récentes menées à l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) ont montré que le gène de résistance à un herbicide implanté dans le colza pouvait se retrouver dans une mauvaise herbe apparentée, la ravenelle. Celle-ci devient alors fertile et insensible aux herbicides, une super mauvaise herbe.
Ce flux de gène génère une « pollution génétique » qui, à l’inverse de la pollution chimique ou radioactive, est totalement irréversible. On ne pourra jamais rapporter au laboratoire un gène qui se serait échappé de la plante génétiquement modifiée.

Acquisition d’une résistance par les insectes
Les maïs transgéniques dont la culture est aujourd’hui autorisée en France contiennent un gène de la bactérie du sol Bacillus thuringiensis qui synthétise dans la plante une toxine, dite Bt, qui lui permet de se défendre contre un insecte : la pyrale du maïs.
Contrairement à un insecticide classique, que l’on utilise à des moments précis, la plante transgénique produit la toxine en continu. L’insecte, étant au contact de cet insecticide d’une façon quasi permanente, va très vraisemblablement y devenir progressivement résistant. La toxine Bt sera alors inefficace à moyen terme et l’on devra de nouveau recourir aux insecticides toxiques que ces maïs devaient nous permettre d’éviter, augmentant ainsi la pollution des sols et des eaux, ou à de nouveaux maïs transgéniques. A moyen terme, ce processus recommencera et cette escalade aura pour seul résultat une pollution accrue de l’environnement.
Parallèlement, le maïs transgénique conduira à la perte de l’agriculture biologique car la toxine Bt d’origine bactérienne est un des seuls insecticides autorisés dans les cahiers des charges de l’agriculture biologique.

Les OGM en tant que vaccins
On parle actuellement beaucoup de manipuler génétiquement des plantes pour y introduire des vaccins. Le principe est assez simple : on introduit dans une plante un gène qui va produire une substance permettant de vacciner contre une maladie spécifique celui qui mange la plante.
Ce principe est séduisant, mais si des plantes contenant ces vaccins sont disséminées dans la nature et transmettent leurs gènes à d’autres plantes ou animaux, des quantités très importantes de ces vaccins peuvent se retrouver dans la nature. On ne sait pas comment y réagiront certains organismes, et il est à craindre que ces vaccins, présents en trop grandes quantités dans la nature, deviennent inopérants (ce qui se passe actuellement avec les antibiotiques).

III - Les risques alimentaires

Les risques alimentaires sont peu connus car ils n’ont été que très peu étudiés. C’est donc le principe de précaution qui doit s’imposer.

De nouvelles allergies
Les allergies alimentaires sont provoquées par les protéines, qui sont le produit d’expression des gènes. Introduire de nouveaux gènes dans un organisme, donc de nouvelles protéines, va accroître les risques d’allergies.
Les risques sont aggravés du fait de l’adjonction de gènes en provenance d’organismes n’entrant pas dans la consommation alimentaire usuelle. Si l’exemple de l’introduction d’un gène de banane dans une tomate, pris souvent en exemple par les défenseurs des OGM, semble présenter des risques limités, il n’en est pas de même si le gène provient d’un scorpion ou d’un pétunia. Les scientifiques nous ont assuré que les risques étaient infimes, du fait des gènes utilisés. Cela a malheureusement déjà été contredit, malgré le caractère récent des manipulations génétiques. La société Pioneer, première compagnie semencière mondiale, a produit un soja plus riche en méthionine, acide aminé essentiel qui n’est pas produit naturellement par l’homme. Pour ce faire, elle a rajouté à ce soja un gène en provenance de la noix du Brésil. Des tests en laboratoire ont été faits pour vérifier que ce nouveau soja ne présentait pas de caractère allergène particulier, ils ont tous été négatifs. La noix du Brésil étant connue pour son puissant caractère allergène, des tests plus poussés ont été effectués, à partir du sérum sanguin de personnes présentant cette allergie. On s’est alors rendu compte que les personnes allergiques à la noix du Brésil étaient également allergiques à ce soja manipulé. Il n’a donc jamais été commercialisé. Cela démontre cependant le peu de fiabilité des tests faits en laboratoire. Or, pour la majorité des manipulations génétiques, ces tests en laboratoire sont les seuls faisables, simplement parce qu’on ne connaît pas de consommateurs allergiques au scorpion ou au pétunia. Le public servira donc de cobaye malgré les risques encourus. Chaque jour, on découvre de nouvelles allergies à de nouveaux produits.
On sait relativement peu de choses sur ces allergies, les causes et les circonstances de leur apparition. Il serait dans cette optique prudent de ne pas en augmenter inutilement les risques.

Présence d’antibiotiques dans les OGM
Parmi les gènes introduits dans le maïs transgénique de Novartis, autorisé à la culture en France, se trouve un gène de résistance à un antibiotique commun, l’ampicilline. Ce gène est un marqueur, c’est-à-dire qu’il permet d’identifier les plantes ayant intégré les gènes d’intérêt (de synthèse de la toxine Bt dans le cas du maïs). Ce gène n’a ensuite plus aucune fonction, mais Novartis n’a pas jugé utile de l’extraire des plantes transgéniques.
Les études menées par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) sur les antibiotiques montrent que ceux-ci deviennent de moins en moins efficaces, les bactéries qui y sont soumises devenant insensibles au bout d’un certain temps. De nombreux scientifiques craignent que la dissémination de gènes de résistance aux antibiotiques à partir des plantes génétiquement manipulées n’accélère ce processus entraînant l’apparition de bactéries pathogènes contre lesquels les antibiotiques seraient impuissants. Il faut souligner que les antibiotiques sont les seules armes efficaces que nous possédons contre elles, que la recherche peine à trouver de nouvelles molécules efficaces et que les maladies hospitalières liées aux résistances aux antibiotiques tuent 10 000 personnes par an.

IV - Le manque de recul

Les dangers représentés par les OGM doivent s’apprécier en tenant compte du caractère très récent des développements de la transgénèse. Ce que la nature a mis plusieurs milliards d’années à construire, des hommes sont prêts à le contrarier en quelques années. La structure de l’ADN, support moléculaire de l’hérédité, n’est connue que depuis 1953. Les enzymes de restriction, ces sortes de ciseaux chimiques permettant de couper des portions d’ADN et de les insérer dans l’ADN d’un autre organisme, n’ont été découvertes que dans les années 70.
La première plante transgénique, un tabac résistant à un antibiotique, a été créée il y a quinze ans seulement, et la première commercialisation d’une plante transgénique date de 1994, sans qu’il y ait eu de recul par rapport à des phénomènes qui peuvent avoir des conséquences écologiques, économiques, sociales et éthiques considérables.
La transgénèse s’apparente aujourd’hui à une espèce de bricolage, où l’on « essaie et on voit ensuite ». On connaît encore relativement peu de choses sur l’ADN, sur le rôle et le fonctionnement des gènes, leurs interactions, et surtout sur les introns, des gènes aux fonctions inconnues et qui représentent environ 80% de l’ADN.
Malgré l’imperfection des connaissances en génie moléculaire, malgré l’impact potentiel des disséminations de ces plantes manipulées, dans aucune autre discipline les applications commerciales ne suivent d’aussi près les découvertes scientifiques, qui deviennent le baromètre de la santé des multinationales à la bourse