Décembre 2004 : L’Europe doit dire non à l’entrée de la Turquie dans l’Union

Mercredi 29 septembre 2004, par Jacques Cordonnier // La Turquie, bientôt dans l’Europe ?

Le 17 décembre 2004, le Conseil européen devra prendre une décision cruciale dont dépendra l’avenir de l’Europe et de la France. Les chefs d’État et de gouvernement des États membres de l’Union européenne décideront à cette date s’il faut ou non ouvrir les négociations d’adhésion avec la Turquie. Le problème, c’est qu’ils doivent prendre leur décision sur la base d’un rapport et d’une recommandation de la Commission, attendue pour le 6 octobre, et le risque existe de voir les peuples d’Europe écartés du processus de décision. Un cercle d’hommes politiques européens, se conformant aux voeux des États-Unis, veulent faire entrer la Turquie dans l’Union européenne. Les peuples ne le veulent pas. Nous pensons que les peuples ont raison. La Turquie n’est pas européenne. Ce texte analyse les raisons pour lesquelles il faut s’opposer à l’admission de la Turquie et démonte les mauvais arguments des partisans de l’adhésion.

Le sommet européen de Copenhague en décembre 2002 s’est achevé sur une sombre perspective : l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Les responsables européens, en n’osant pas dire non aux dirigeants turcs et en leur donnant rendez-vous à fin 2004 pour entamer les négociations d’adhésion, ont porté un mauvais coup à l’Europe. Car contrairement à ce que disent Jacques Chirac, Michel Barnier et Dominique de Villepin, Silvio Berlusconi, Tony Blair et certains autres, la Turquie n’est pas européenne.

Elle n’est européenne ni par sa géographie, ni par son histoire, ni par sa culture, ni par sa population. Rappelons ici quelques vérités.

Ouvrez n’importe quel Atlas, vous y lirez que ce pays est en Asie Mineure. Parce qu’un tout petit morceau du territoire turc - 4 % - se trouve à l’ouest du Bosphore, les partisans de l’adhésion voudraient donc repousser les frontières de l’Europe plus à l’Est. Les nouvelles limites de l’Europe seraient alors les frontières avec l’Iran, l’Irak et la Syrie ! L’Europe serait alors limitrophe des plus dangereuses poudrières du globe, et l’insoluble problème kurde deviendrait notre problème. Quelle absurdité ! Tous les empires qui ont négligé la géographie en sont morts. C’est la géographie qui organise le monde, dicte les frontières et définit les États. L’ignorer serait fatal à l’Europe.

La civilisation ottomane n’a rien de commun avec la civilisation européenne

Tout le passé de la Turquie démontre qu’elle n’est pas européenne. L’historien Alain Besançon a raison de rappeler que le monde turc est étranger à toutes les grandes expériences qui ont fondé l’Europe en tant que civilisation : l’héritage de l’empire romain, la conversion au christianisme latin, les innovations du moyen âge, la Renaissance, la Réforme, la Contre-réforme, les Lumières, le romantisme. Notre patrimoine, c’est Charlemagne, et non Soliman le Magnifique. Ce n’est pas faire offense à la Turquie que de rappeler que si la civilisation ottomane a été brillante, elle n’en est pas moins différente. Quiconque a vécu a Erzurum, à Ankara ou à Istanbul n’a jamais eu l’impression de vivre dans une ville européenne.

Culturellement, le fossé est grand qui sépare l’Europe de la Turquie. Malgré la laïcisation forcée opérée par Mustapha Kemal au début du siècle, la société turque est toute imprégnée d’islam. La prise du pouvoir par les islamistes en 2002 n’en est pas la cause mais l’aboutissement ; c’est l’expression la plus achevée du rôle de l’islam dans le fonctionnement de la société turque. Aujourd’hui, l’armée turque reste le seul et dernier rempart contre la vague d’islamisation qui déferle dans ce pays. Et paradoxalement, c’est l’Union Européenne qui fait pression sur Ankara pour qu’elle réforme ses institutions et se débarrasse de la tutelle des militaires. Autrement dit, c’est l’Europe qui pose comme condition à l’adhésion que la Turquie fasse tomber le dernier obstacle qui se dresse encore devant l’AKP, le parti islamiste de Tayyip Erdogan, et cela au nom de la démocratie et des droits de l’homme ! On croit rêver !

68 millions de musulmans de plus en Europe ?

Et la démographie ? Elle serait un grand facteur de déséquilibre en cas d’adhésion. L’entrée de la Turquie signifierait l’arrivée de 68 millions de musulmans dans un ensemble européen de 350 millions d’habitants. La population de Turquie est jeune, son taux de natalité très élevé. Le revenu par habitant y est trois fois plus bas qu’en France, l’économie y est instable. Pour longtemps encore, la Turquie a vocation à l’émigration. N’oublions jamais que le premier principe des Traités Européens est la libre circulation des personnes. Mais ce n’est pas tout ! Au nom d’une idéologie pantouranienne (union de tous les peuples turcs), la Turquie accorde la nationalité turque à tous les ressortissants des pays turcophones de l’ex-URSS qui la demandent. Ce sont donc 100 autres millions de turcophones qui jetteraient leur regard sur l’Europe.

L’Union européenne ou l’Organisation de la Conférence Islamique ?

La presse rappelle rarement que la Turquie est membre de l’Organisation de la Conférence Islamique. L’OCI, crée en mai 1971 à l’initiative de l’Aarabie Saoudite, regroupe 45 États appartenant tous au monde musulman. Édifiante est la lecture de la Déclaration du Caire sur les droits de l’homme en islam adoptée par l’OCI en 1990. Cette déclaration n’est pas compatible avec la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Mais quelle idée se font de l’Europe ces dirigeants occidentaux qui trouvent normal que l’on puisse appartenir en même temps à l’Union européenne et à l’OCI ?

Pas d’arguments en faveur de l’admission

Voyons maintenant les arguments déployés par les partisans de l’adhésion de la Turquie, et l’on verra combien ces arguments sonnent creux et faux.

Le premier argument, c’est qu’on aurait promis à la Turquie de l’accueillir. Mais qui ça, ON ? Assurément pas les peuples. Tous les sondages réalisés ces dernières années dans tous les pays de l’Union le prouvent : les peuples sont hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’Union. En Alsace, la proportion des gens qui refusent l’entrée de la Turquie atteint 92 %, ainsi que l’a montré le sondage DNA / Iserco réalisé le 16 octobre 2001. Et cependant, depuis 40 ans, de nombreux dirigeants politiques européens, pour complaire aux États-Unis, et terrorisés à l’idée d’être taxés d’islamophobie, n’ont cessé d’œuvrer en faveur de l’accueil de la Turquie sans se soucier des intérêts des Européens. Le 23 avril 1972, Pompidou a interrogé les Français par référendum sur l’admission de la Grande Bretagne dans le Marché Commun. Alors pourquoi Chirac n’organise-t-il pas un référendum sur l’adhésion de la Turquie ?

Deuxième argument que l’on entend souvent dans la bouche des technocrates : la Turquie a vocation à intégrer l’Union Européenne car elle est déjà membre du Conseil de l’Europe, de l’OSCE, de l’OTAN et membre associé de l’UEO. Et alors ? Ces organismes ont leurs propres finalités et leur propre utilité. Il n’a jamais été inscrit dans leurs statuts qu’ils devaient uniquement servir d’antichambre aux candidats à l’entrée dans l’Union Européenne. À ce compte-là, on pourrait aussi faire adhérer l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan ! La participation de la Turquie à ces différents organismes montre bien que l’on peut efficacement coopérer avec elle et contribuer à son développement sans pour autant en faire un membre de l’Union Européenne.

Ces européens qui aiment tant l’islam

Argument numéro trois : Certaines personnes, comme Pierre Moscovici au PS, Francis Wurtz, député européen communiste, ou Guy Sorman à droite, affirment que l’Union Européenne ne doit pas être un « club chrétien ». Mais il y a bien longtemps que l’Europe ne l’est plus ! Nous vivons dans une société multi-religieuse. En revanche, la Turquie est, elle, devenue un « club musulman » où ne subsiste qu’une infime minorité d’Arméniens, de Grecs, de Latins. N’inversons pas les rôles. La réalité, c’est que les Chrétiens sont aujourd’hui moins nombreux dans toute la Turquie que ne le sont les musulmans dans la seule Alsace.

Une quatrième raison d’accueillir la Turquie en Europe serait que l’adhésion permettrait de faire progresser la démocratie sur les rives du Bosphore. C’est ce que disent entre autres Michèle Alliot-Marie, actuelle ministre de la Défense, Noël Mamère, député Vert, ou encore Mgr Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux. Mais quoi ! L’Europe ne se définit pas comme un cercle de démocraties méritantes. La démocratie, c’est avant tout l’affaire des Turcs eux-mêmes ! Taiwan, le Japon ou le Chili n’ont pas eu besoin de l’Europe pour se démocratiser.

Le chantage à l’intégrisme

La cinquième invocation des zélateurs de la Turquie européenne relève carrément du chantage : Si nous n’intégrons pas la Turquie, alors celle-ci se détournera de l’Ouest et se repliera sur un islamisme intégriste et violent et pourrait même devenir un adversaire de l’Europe. À entendre Michel Rocard et le clan des défaitistes, accueillir la Turquie « est une assurance-vie pour l’Europe ». Quand on pense qu’il a été un jour Premier ministre... !

La Turquie proclame aujourd’hui son ambition de concilier islam et modernité. Soit. Mais il n’appartient pas à l’Europe de réformer le monde musulman. Si la civilisation islamique doit se réformer un jour, ce devra être l’œuvre des musulmans eux-mêmes, pas la nôtre. Croire que l’Europe peut aider à réformer l’islam témoigne d’une incroyable naïveté. La France a occupé l’Algérie pendant des décennies ; où en est-on aujourd’hui dans ce pays ? Une guerre sanglante oppose l’armée aux islamistes du FIS et du GIA et ce sont des femmes et des enfants qu’on égorge au nom d’Allah.

Europe zone de libre-échange ou Europe-puissance ?

En réalité, voici la vraie question : Quelle Europe voulons-nous ? Une simple zone de libre-échange vassale des États-Unis, ou une Europe-puissance, capable de jouer son propre rôle sur la scène internationale ? La réponse à cette question sera décisive. Car nous sommes encore à l’heure zéro de l’Europe politique, celle où tous les choix sont possibles, y compris celui de tuer dans l’œuf cet embryon de grande puissance capable de faire pièce aux États-Unis et d’œuvrer à sa propre manière en faveur de la paix dans le monde. L’adhésion de la Turquie est un cheval de Troie déposé par les États-Unis au cœur du projet de souveraineté paneuropéenne pour la faire avorter. Entre l’adhésion et rien, il y a la place pour tout : Il faut développer les accords de coopération avec la Turquie, l’aider dans son développement économique, l’accompagner dans sa marche vers la démocratie. Mais il ne faut pas l’intégrer à l’Union Européenne. Heureusement, les voix du bon sens commencent à se faire entendre un peu partout en Europe, et même en France. Valéry Giscard d’Estaing et Edmund Stoiber ont dit et répété, chacun à leur manière, que la Turquie n’est pas européenne.

Addendum (22/09/2004) : Le piège grossier tendu par les dirigeants turcs vient de se refermer sur un grand nombre d’hommes politiques européens : 1er temps : Le parlement turc, dans son projet de réforme du code pénal, prévoit de criminaliser l’adultère en Turquie, conformément à la tradition islamique, mais en contradiction avec les codes de l’ensemble des pays de l’Union européenne. 2è temps : Cris d’orfraie d’une grande partie de la classe politique européenne, relayés par une presse complaisante - ou même complice : "Amis Turcs, ne faites pas cela !" s’indigne-t-on à Bruxelles et dans les chancelleries européennes. "Si vous mettez votre projet à exécution, nous ne pourrons pas vous accueillir au sein de l’Union européenne". 3è temps : Erdogan et son gouvernement répondent immédiatement, quelques jours plus tard : "Soit. Nous renonçons à criminaliser l’adultère dans notre pays. Plus rien ne faisant obstacle à notre adhésion à l’Union, donnez-nous une date de début des dégociations pour l’adhésion."

Et le tour est joué ! Les commissaires européens se trouvent coïncés par leur propre discours.

Mais vraiment, quelle pitoyable comédie ! Les Turcs sont tout sauf des niais. Ils savaient très bien que leur projet de code pénal n’était pas compatible avec les critères d’admission au sein de l’Europe. Ils ne cherchaient qu’à piéger les commissaires européens. Ils y ont réussi.

Addendum (28/09/2004) : Après Juppé, après Sarkozy, c’est au tour de Michel Barnier de se renier. Notre ministre des Affaires étrangères, du temps - pas si lointain - où il était commissaire européen, a été l’un des plus farouches partisans de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Après le cuisant échec des élections régionales puis sénatoriales de 2004, et avant le référendum sur la constitution européenne, les dirigeants de l’UMP semblent pris de panique, au point de faire volte face les uns après les autres sur le sujet crucial de la candidature turque. Il est vraiment difficile de croire à leur sincérité. Le seul espoir, c’est que la pression des Français les mettent dans l’obligation absolue d’organiser un autre référendum sur la question turque.

Répondre à cet article

1 Message

  • je ne suis pas un partisant de l’alsace d’abord mais je voudrai m’exprimer sur la cohésion de la turquie à l’Europe. Dans un premier temps, je voudrais faire comprendre à tous les lecteurs de mon opignon concernant la vrai face de la turquie pour envisager ensuite ma position par rapport à sa cohésion.

    Depuis plusieurs années la turquie s’efforce de faire des efforts "considerable" afin de rentrer dans l’Union Européenne, certe toute fois ce n’est pas en abolissant la peine de mort qui fait le grand pas dans la cohésion. Le problème majeur de la turquie est sa difficulté d’écouter le peuple. Je pense que rentrer dans l’union Européenne suppose le respect de la personne et de sa vie privé. La turquie est loin de là. Je ne suis pas un opposant de la turquie, moi-même je suis d’origine turque et je peut vous dire que le respect des autorités turque envers ces concitoyens n’est pas connus de ce pays. Ouvrir les frontière de l’Europe à la turquie mérite mûre réflexion et une tolérance ZERO. Selon moi elle ne devrai pas ce faire. Pourquoi ?La force de la turquie réside dans sa puissance militaire. Puissance arbitraire et indépendant de tout autre pouvoir politique. Un état régissant avec le pouvoir militaire est selon moi une monarchie qui va mener au chaos total. Alors lorque je vois sur les formulaires turque "REPULIQUE DE TURQUIE" je trouve ceci contradictoire par rapport à la réalité des faits. Je vais vous donnez une annecdote me concernant : Mon beau-père était fonctionnaire en turquie et c’est fait abattre comme un sanglier dans la forêt par les militaires turque. Pour masquer leur histoire il nous propose de ne pas porter pleinte auprès de la commission de sauvegarde des droits de l’homme en échange il nous achéte notre silence pour une modique somme. Ceci est le civisme en turquie. Le fonctionnaire qui a travaillé presque la moitié de sa vie pour l’état c’est fait tué par l’état.C’est l’ironie du sort. On a pas la liberté d’expression.En effet, la fondation de la turquie élaboré par KEMAL ATATURK a été baffoué par les militaires ainsi que les politiciens. La Turquie ; et cette fois je l’utilise avec un "T" majuscule ; de ATATURK : "Les jeunes et la démocratie". Aujourd’hui les jeunes se reunissent en association ; souvent censuré par les autorités ; pour défendre le droit des libertés. Les mobilisations sont interrompu et parfoit les jeunes sont tués par les militaires sous motif d’atteinte à l’Etat. Quelle paradoxe n’est-ce pas ? Maintenant vous pensez ce que vous voulez car ce qui est bien dans ce pays c’est la liberté d’expression et que je ne risque pas d’aller en prison ou de me faire tué.
    En conclusion, je voudrai dire de ne pas adhérer la turquie dans l’Europe sous peine d’anarchie après l’ouverture des frontières. Méditez beaucoup sur la question : POURQUOI LES TURQUES REFUSENT L’ENTREE DES BATEAUX CHYPRIENS DANS LEURS FRONTIERES ?, LES PROBLEMES POLITIQUE ET SOCIAUX et aussi sur le statut de tous les polititiens de toutes la droite et de la gauche. Ce qu’il faudrai ce serai un changement radical dans les institutions de la turquie.

    Répondre à ce message