Réchauffement climatique : pas de mesures concrètes du Conseil de l’Arctique

Jeudi 27 janvier 2005, par Véronique Smée // Coût et conséquences du réchauffement climatique

Le 8 novembre dernier, une étude détaillée, réalisée par 250 chercheurs, concluait que l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres gaz à effet de serre devraient augmenter la température de 4 à 7 degrés d’ici à 2100, tandis que les glaces pourraient fondre totalement en période estivale, et mettre, par conséquent, l’éco-système et la biodiversité en danger. Selon l’étude, le réchauffement élèvera "le niveau des mers d’un mètre d’ici à la fin du siècle" et "mettra un terme au Gulf Stream", courant marin qui donne à l’Europe son climat tempéré. L’ACIA (Arctic Climate Impact Assessment) a en outre révélé que les changements climatiques de l’Arctique compteront parmi les plus importants, au niveau mondial. La fonte complète de la calotte glaciaire du Groenland entraînerait une élévation du niveau des océans de sept mètres après quelques centaines d’années, or 17 millions de personnes vivent à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer dans des régions comme la Floride et la Louisiane et dans des villes comme Bangkok, Calcutta, Dhaka et Manille.

Absence de clauses contraignantes

Si le Conseil de l’Arctique, -qui regroupe le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Russie et la Suède- affirme avoir tenu compte de cette étude lors de sa réunion du 24 novembre, aucune clause contraignante visant à réduire les émissions de GES n’a pourtant été adoptée. Les Etats-Unis, qui, rappelons le, refusent de signer le Protocole de Kyoto et minimisent depuis plusieurs années les impacts des émissions de GES, se sont opposés à l’adoption de tout système contraignant. Peu enclins à collaborer avec les autres pays du Conseil de l’Arctique, ils ont été accusés d’avoir retardé la parution de l’étude jusqu’aux élections, et d’avoir freiné la rédaction du document politique présenté aux membres du Conseil le 24 novembre. "Les nations arctiques disposaient d’une occasion de montrer vraiment la voie (...) et de soutenir une réduction accrue des rejets de CO2", a déclaré Samantha Smith, directrice du programme arctique de WWF. "Tous les pays arctiques, sauf les Etats-Unis, ont déjà ratifié le protocole de Kyoto (...) Nous les mettons au défi d’aller plus loin afin de sauver l’Arctique", a ajouté l’ONG. La réélection de Georges Bush constitue un autre obstacle à la préservation de la région : depuis quatre ans, les tentatives de l’administration Bush d’ouvrir la zone côtière du parc naturel d’Alaska à l’exploitation pétrolière et gazière ont certes échoué au Congrès, mais elles pourraient désormais aboutir avec le renforcement du poids du parti républicain dans les deux chambres.

Des conséquences sur la vie des populations

Les impacts du réchauffement affectent directement les communautés de la région arctique. Environ 3,5 millions de personnes vivent dans l’Arctique même dont environ un demi-million sont des autochtones. Les conditions socio-économiques dans la région, le droit des peuples à la terre et le besoin de protéger les ressources naturelles et l’environnement ont incité les peuples autochtones de l’Arctique à se réunir et à former des groupes de pression. Après la publication du rapport, six organisations de peuples autochtones ont ainsi appelé la communauté internationale à agir de toute urgence pour lutter contre le réchauffement de l’Arctique. " Il n’y a plus aucun doute sur le fait que le changement climatique est en cours dans l’Arctique et qu’il affecte la vie des peuples autochtones menaçant leur culture et leurs modes de vie " ont-elles indiqué dans un communiqué. Dénonçant l’attitude de l’administration Bush, Sheila Watt-Cloutier, la présidente de la Conférence circumpolaire des Inuits, a rappelé que " la politique économique à court terme d’un pays ne devrait pas mettre en cause la survie d’un peuple". "Les changements climatiques, ce n’est pas seulement une question de météo ou de conditions de la banquise (...), c’est une lutte pour préserver un mode de vie. Nos peuples ne font pas que survivre sur la glace, ils y prospèrent." a -t-elle souligné. La chasse et la pêche, deux activités centrales pour ces sociétés, sont aujourd’hui menacées par le réchauffement. Les glaces, sur lesquelles ils chassent le phoque, l’ours polaire ou le morse, apparaissent en effet de plus en plus tard et se retirent de plus en plus tôt, réduisant considérablement la saison de la chasse.

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