Et pourtant Oui
Jeudi 12 mai 2005, par // Le Blog de DDN
Et pourtant : OUI
Sur quel critère poser son option de vote ?
En sondant le texte (j’ai favorisé cette possibilité en créant un site permettant la recherche textuelle et le rapprochement entre les articles interdépendants, voir http://noriaweb.free.fr) et en le comparant aux traités en vigueur ?
Il faut le reconnaître, le TCE contient des avancées par rapport au Traité de Nice et autres textes qui régissent actuellement l’Europe.
Opposer que le TCE n’a pas été rédigé par "une assemblée constituante élue" ne suffit pas : le TCE existe, il a été rédigé sur la base de négociations menées entre de nombreux partenaires comprenant des élus et différents organes représentatifs de différentes tendances des différents pays impliqués dans la dynamique européenne.
Difficile, probablement, de mener une telle négociation de façon PARFAITEMENT DÉMOCRATIQUE AUX YEUX DE TOUS : la perfection est-elle de ce monde ?
Chacun estime les insuffisances du TCE selon sa conscience, et je ne suis pas le dernier à lui en trouver.
De la même manière chacun pourra juger qu’il encadre des aspects qui devraient échapper à un texte constitutionnel, et qu’il est trop fortement focalisé sur les aspects de "libre marché - libre concurrence".
Et certains d’entre nous déploreront, en dépit du paragraphe 3 de l’article I-3 (L’Union œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique.), que la dimension environnementale ne soit pas prioritaire, et nettement affichée comme telle, sur les aspects de croissance, de concurrence.
Certains partisans du vote négatif semblent penser qu’il pourrait y avoir une renégociation de TCE, à une échéance proche.
J’en doute fortement, et il me semble, de façon très nette, que seul un mouvement très fort, touchant simultanément un très grand nombre de citoyens de tous les pays impliqués, serait susceptible de susciter une révision (plus ou moins rapide) du TCE.
Et l’on ne voit pas que ce mouvement serait aujourd’hui en marche, ceci pour une raison simple : le TCE représente pour un grand nombre d’européens un progrès beaucoup plus important, un nouvel espoir de développement, que celui que nous en attendons peut-être en France.
Il sera donc extrêmement difficile aux partisans du "non" d’obtenir une renégociation.
La victoire du "non" initierait donc une période de stagnation qui pourrait durer et qui satisferait quelques puissances extérieures, or il y a des urgences et notamment de fortes urgences environnementales.
Il apparaît sur ce plan que l’application du TCE pourrait s’avérer efficace à améliorer les dispositions environnementales dans un certain nombre de pays, parmi lesquels on trouvera la France (voir à ce sujet : L’environnement et le projet de Constitution Européenne, http://www.actu-environnement.com/a...).
La nécessité d’une Europe forte et unie me semble primordiale dans beaucoup de domaines, en particulier pour l’environnement, et lorsque l’Europe "parle d’une seule voix" elle obtient des résultats, même si on les juge encore insuffisants (voir par exemple : Réchauffement climatique : progrès lors des discussions UE - Etats-Unis,http://www.euractiv.com/Article ?tcmuri=tcm:28-138424-16&type=News).
Il y a l’Europe qui s’ausculte et interroge son nombril, autour il y a le Monde, un Monde qui, lui, a peut-être un grand besoin d’une Europe forte et unie afin qu’elle ait de plus grandes aptitudes à contribuer au règlement de problèmes graves (allez, j’en ajoute un à ma liste : La grippe du poulet menace l’homme, http://www.ouest-france.fr/ofinfosg... ?idDOC=214985&idCLA=3636).
Et nous venons d’assister à la démonstration de ce que donne une coopération forte avec l’envol du dernier Airbus, un succès européen.
Il me faut bien admettre que le TCE n’apportera pas d’un coup tous les "progrès" que je souhaiterais.
Comment approuver un traité que l’on estime très imparfait ?
Sans satisfaction majeure et après avoir tenté de mettre en balance les conséquences de la ratification face à celles du refus.
Cette évaluation conduit à accepter des inconvénients dans l’objectif de bénéficier (ce ne sera pas, dans le cas présent, pour un bénéfice personnel direct) de certains avantages.
Et quelle que soit la question étudiée on risque vite de s’apercevoir qu’il sera plus bénéfique à tous, européens ou non, que l’Europe soit fortement unie même si les conditions de cette union ne sont pas parfaites, même si certains points sont fortement criticables.
En général un traité résulte d’une négociation sur des points de vue opposés et consigne un compromis : c’est donc une solution qui satisfait a minima, et ne répond pas à toutes les attentes initiales de tous les partenaires.
Il apporte donc des satisfactions partielles, des solutions bancales mais plus équilibrées que celles régnant avant sa ratification.
Face à la grande quantité de questions cruciales qui se posent au monde aujourd’hui, des questions difficiles dans des domaines variés, j’estime qu’il importe que nous ne perdions pas de temps ou d’énergie en repoussant la date d’émergence d’une union forte et affirmée.
Voilà un critère fort pour un vote positif : ne pas perdre de temps afin de mieux affronter de graves dangers, même "si nous laissons quelques plumes" dans l’opération, sans nécessairement savoir lesquelles.
En effet ce traité prévoit des dispositions conformes à une vision relativement linéaire d’une histoire qui pourrait bien connaître quelques ruptures importantes.
Quelles seront, par exemple, les conclusions de "ASPO 2005 : 4ème conférence internationale sur le déclin de la production pétrolière les 19 et 20 mai 2005." ? (Voir : http://www.clean-auto.com/article.php3 ?id_article=3878).
Que devons-nous craindre le plus, un renchérissement rapide du prix du pétrole pour cause de pénurie (avec des conséquences dramatiques sur nos modes de vie en l’absence de toute préparation) ou une croissance importante des émissions de gaz à effet de serre due à un pétrole encore abondant et abordable (avec des conséquences dramatiques sur nos modes de vie pour cause de modifications de climat, déjà à l’oeuvre) ?
S’il est certain que le TCE est imparfait il est également certain que nous devons répondre à des urgences, que nous devons être unis et forts afin de le faire avec les plus grandes chances de succès : trop d’événements "désagréables" nous menacent ...
Je voterai donc "OUI".