Lettre à Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Arnaud Montebourg, Jean Luc Mélanchon
Vendredi 1er juillet 2005, par // Le Blog de DDN
Nous publions ici la lettre que Luc Tinseau, ancien député d’Evreux, vient de faire parvenir aux dirigeants socialistes partisans du NON, et, au premier chef, d’autant qu’on est en Haute-Normandie, à Laurent Fabius.
Cette lettre traduit très exactement l’état d’esprit de très nombreux militants et sympathisants du Parti Socialiste. Espérons que cet appel comme (les dizaines d’autres, allant dans le même sens, qui circulent sur internet) sera entendu.
Monsieur Laurent FABIUS
Mairie 1 esplanade Tony Larue 76120 Le Grand Quevilly
Cher camarade, Le 29 mai, la majorité du peuple français a dit NON ! NON à quoi ? NON à qui ? L’analyse est plus délicate. La quasi totalité des partis politiques dits de gouvernement, les médias dans leur ensemble, y compris les émissions de « variétés », les élites de la nation appelaient à voter OUI, mais le peuple, dans son impertinence a dit MERDE à tous ces gens-là. Le peuple en a tout simplement marre d’être méprisé. La secousse du résultat passée - environ 1 à 2 minutes - les leaders de ces grands partis politiques ont expliqué que le peuple s’était trompé. « C’est une erreur grossière » , reprenaient-ils en chœur , et de reprendre leurs arguments de campagne !...
Dans les jours qui suivirent, les décisions tombèrent : un nouveau gouvernement à deux têtes et un programme : la lutte pour l’emploi . A gauche, enfin au PS, décision historique : on liquide Fabius et on repart comme avant avec le même thème que Villepin mais un peu plus lentement : 200 jours et je gagne mon congrès devant les militants rassemblés et euphoriques !
Ai-je caricaturé les événements de ces dernières semaines ? Je ne le pense pas et les gens de la rue pensent ce que je viens d’écrire ci-dessus mais en pire ! Pour les gens de la rue, c’est le rejet de toute la classe politique...
ATTENTION DANGER. Certes, j’ai oublié tous ceux qui ont milité pour la victoire du NON. Ce NON de gauche qui a tout fait basculer. Ces petits comités locaux, ces messages, ces documents, ces débats via-internet ont joué un rôle considérable. Bien sûr que j’ai conscience de tout cela, mais là n’est pas mon propos.
Arnaud Montebourg, Henri Emmanuelli, Laurent Fabius, Jean-Luc Melanchon, vous avez, chacun à sa manière, favorisé la victoire du NON de gauche, Du NON socialiste . Vous êtes maintenant face à vos responsabilités et elles sont grandes,... pas grandes... immenses, si ce n’est historiques.
Le parti socialiste est en pleine décomposition, la haine dans les sections est atroce, des amis de toujours cessent toutes relations... Le parti socialiste n’est que le reflet de la société, c’est dire dans quel état est notre société.
Les amis de François Hollande vont s’unir pour proposer leur motion, une seule, au congrès de la mi-novembre.
Et vous, qu’allez-vous faire ? Vous compter ?
Nouveau Parti Socialiste : 15% Nouveau Monde : 15% Amis de Fabius : 15% Total : 45%
A quelques décimales près, vous avez ci-dessus le résultat du vote des militants écoeurés, fatigués... Les militants, ceux du NON et ceux qui sont hostiles aux méthodes de la direction actuelle, hostiles aux propos scandaleux tenus pendant et après la campagne contre tel ou tel d’entre vous, ceux-là attendent une motion, pas deux ou trois ou plus, ceux-là attendent une motion d’espoir.
Votre union, mes chers camarades, est indispensable si vous voulez voir triompher l’espoir du 29 mai. C’est à partir d’un PS recomposé, un PS clairement à gauche que pourront se bâtir un projet et un espoir de victoire en 2007. C’est à partir de cette victoire que nous pourrons rebâtir une Europe sociale, humaine et solidaire.
Si vous ne vous unissez pas, chers camarades, Hollande, Ségolène et consorts gagneront le congrès. Les électeurs de gauche du 29 mai ne se retrouveront pas sur le candidat socialiste, nous vivrons un autre 21 avril , et Sarkozy sera Président de la République. Un Sarkozy dangereux, bien plus dangereux que Le Pen, parce qu’intelligent et disposant d’un parti à sa botte et d’un MEDEF qui l’appuiera.
Ne me dites pas, chers camarades, que c’est un peu plus compliqué que cela. Je le sais. Mais ce que je sais aussi, c’est que si vous -ensemble— ne commencez pas par cette étape, vous désespèrerez à jamais militants et citoyens qui verront qu’une fois de plus on les prend pour des cons. La France sera alors mûre pour un fascisme rampant.
Rencontrez-vous vite, et dites dès le mois de septembre que vous travaillez la main dans la main.
Plus de petits jeux politiques, Plus d’atermoiements, Plus de tergiversations, UNISSEZ-VOUS.
Vous pouvez même vous rencontrer dans ce beau département de l’Eure, en toute discrétion, il suffit de demander. Chers camarades, chers amis, je me suis permis cette supplique parce que j’ai le socialisme vrillé au corps :
·Membre de la Convention des Institutions républicaines
·Campagne de François Mitterrand en 1965 (nous étions 8 dans l’Eure)
·1er secrétaire du PS de 1973 à 1979
·Député de l’Eure de 1981 à 1986
·1er adjoint de la ville d’Evreux de 1983 à 2001
·Exclu du PS parce que trop unitaire et trop à gauche.
J’ai envie de mener d’autres batailles pour mes convictions socialistes, pour que l’homme soit au centre d’un projet social , pour que : LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE signifient encore quelque chose dans ce pays.
Je compte sur vous... sans quoi comme beaucoup je me retirerai sagement en regardant l’agitation stérile de quelques élites.
Restant à ton entière disposition, je te prie de croire, cher camarade, en l’assurance de mes amitiés socialistes.