Pour sortir de la crise du logement à Paris
Mardi 4 octobre 2005, par // La crise du logement
Les événements dramatiques de la dernière période ont mis en lumière l’intolérable crise du logement à Paris et dans le pays.
Nous subissons de plein fouet la politique menée par l’État depuis des dizaines d’années en matière de logement. Aujourd’hui encore les dispositifs annoncés par le gouvernement, tout comme le projet de loi sur « l’habitat pour tous » ne répondent pas aux enjeux et aux défis posés.
À Paris, cette politique initiée par la droite à la fin des années soixante-dix a été relayée par MM. Chirac et Tiberi, qui avaient une vision précise de la ville qu’ils voulaient. Alors que la capitale comptait en 1954, 65 % d’habitants de catégorie modeste et 35 % de cadres moyens et supérieurs, cette réalité est aujourd’hui inversée. La spéculation immobilière est effrénée.
Ce qui est en question aujourd’hui c’est bien plus largement le droit à vivre où l’on veut, dans la ville que l’on veut. Le poids du marché, le renforcement de la spéculation immobilière pourraient produire une ville où coexisteraient riches et très pauvres, mais où cette coexistence ne serait pas synonyme de mélange, de mixité sociale. Le seul rempart contre ce scénario catastrophe réside bien dans une mobilisation publique pour la création de logements sociaux et très sociaux et plus globalement de logements publics en général.
Face à cela, une prise de conscience nationale est impérative. La situation de Paris a illustré tragiquement une situation que connaissent nombre de villes de notre pays et en particulier du coeur de l’Île-de-France. Il faut que les outils d’action publique nationaux, régionaux et municipaux soient à la hauteur de la situation. Ce n’est pas le cas.
Les premières exigences s’adressent à l’État qui doit prendre ses responsabilités. D’abord mobiliser le foncier disponible. L’État est propriétaire de milliers d’hectares, qu’il doit aujourd’hui céder pour l’euro symbolique afin de permettre des aménagements urbains comprenant des logements publics de qualité accessibles à tous.
La création de logements d’urgence doit, elle aussi, faire l’objet d’une répartition solidaire et nous demandons que l’État applique la loi de réquisition et mobilise tout le parc des appartements vides des institutionnels pour loger d’urgence les personnes et les familles qui vivent dans des logements insalubres.
Par ailleurs, il faut appliquer la loi SRU qui devrait garantir une proportion de 20 % de logements sociaux dans chaque commune. Aujourd’hui, vu la faiblesse des pénalités, des villes comme Neuilly qui compte 2,7 % de logements sociaux, Le Raincy (4,3 %) ou Ville-d’Avray (3,1 %) ont vite fait leur choix.
Il faut aussi mobiliser d’urgence des moyens exceptionnels (l’épargne populaire, retrouver le taux de 1 % des employeurs, taxation des plus-values immobilières) pour lancer la construction de 600 000 logements sociaux en France sur cinq ans.
C’est bien de la création d’un véritable service public du logement qu’il est question, ce qui implique une remise en cause complète des orientations du gouvernement en ce domaine. Il est temps de mesurer que le champ de l’intervention publique ne peut éternellement se réduire. Il convient au contraire d’interdire la vente à la découpe, empêcher la vente du parc immobilier des « institutionnels » (banques, assurances), bloquer les loyers dans le parc privé. La situation actuelle du logement démontre une fois de plus que les vertus régulatrices du marché s’arrêtent là où commence l’espérance du premier euro de profit.
L’État doit enfin coordonner une démarche spécifique à la région Île-de-France, créer une conférence régionale permanente sur ce thème s’appuyant la mise en place effective d’une agence foncière régionale, véritable pôle financier public au service du logement social et de la lutte contre la spéculation.
Dans ce contexte, la Ville de Paris doit également renforcer son action. Les élus communistes sont pleinement investis dans ces enjeux, participant à l’exécutif municipal, prenant leurs responsabilités et poussant leurs propositions. Certaines d’entre elles ont été reprises, permettant notamment de porter l’effort de production annuelle de logements sociaux à 4 000, alors même qu’il était inférieur à 1 500 dans la période Tibéri. Nous avons également soutenu l’effort massif en faveur de la résorption de l’habitat insalubre.
Mais il faut aller plus loin. La Ville pourrait ainsi se donner pour objectif de produire 5 000 logements sociaux par an. Nous défendons l’idée de mobiliser des moyens qui pourraient alimenter l’agence foncière régionale, en utilisant notamment une partie des ressources qui proviennent des taxes que perçoit la Ville sur la spéculation, qui devraient s’élever à 700 millions d’euros en 2005.
Enfin, la crise actuelle nécessite certainement de poser en de nouveaux termes le débat qui a eu lieu il y a quelques mois sur le Plan local d’urbanisme. Il est impératif d’affirmer plus fortement que la ville que nous voulons se fonde et se ressource dans sa diversité, qu’elle a tout à gagner du mélange des fonctions urbaines et des habitants. Nous craignons que certains aspects du projet actuel de PLU, dans une telle situation, soient trop réducteurs, handicapant de fait un développement harmonieux et complémentaire entre logements, équipements, espaces verts et espaces publics. Le débat inachevé sur la densité doit être mené à terme. Par bien des aspects, la ville dense est aujourd’hui la ville la plus durable, garantissant une qualité de vie et une économie de l’espace indispensables. De nombreux pays européens ont en ce sens expérimenté des formes architecturales nouvelles qui permettent d’apporter des réponses à cette équation apparemment insoluble. En tout état de cause, il faut garantir la liberté de conception et de création dans les espaces de la couronne de Paris, qui ouvre encore aujourd’hui de très grandes possibilités sur le plan urbain.